On était à l'entrainement des Portugais

Pas de Townships, pas de car-jackings, pas de vuvuzelas, pas de spectateurs, pas de bruit, pas de sourires, pas de soleil, pas de vendeurs à la sauvette, pas d'embrouilles... Petit road trip dans la campagne sud-africaine, loin de l'agitation de Jo'Burg pour aller observer l'entrainement des Portugais. Le bonheur est dans le pré.

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Il faut compter une heure de trajet en voiture depuis Johannesburg pour arriver à Magaliesburg. C'est dans ce Walnut Grove de la campagne du Gauteng, que les Portugais ont choisi de s'installer. Bienvenue dans un paysage de western, meublé exclusivement de ranchs immenses réservés à l'élevage d'impalas et de poulets. Ici, rien n'a vraiment changé depuis la fin de l'Apartheid. Les blancs sont toujours propriétaires des milliers d'hectares qui s'étendent à perte de vue, tandis que les noirs dépassent à peine le statut de “boys”. Salauds de boers. C'est donc là, dans l'Afrique du Sud profonde et rurale, que les “Navegadores” sont venus se terrer comme des chiens de prairie. Queiroz et la fédération peuvent être contents, il y a peu de risques que Ronaldo ou Miguel s'échappent de la concentration pour aller faire les cons dans le bush.

La présence de l'équipe portugaise fait la fierté des pionniers du coin. Des affichettes “Força Portugal”, et des drapeaux à la gloire du pays de Vasco de Gama sont placardés partout le long de la route à une seule voie. C'est dans une vallée, à l'écart du bled paumé de Magaliesburg, que se trouve la Bekker School. Le lycée agricole sert de terrain d'entrainement aux Portugais. L'entrée est tapissée de photos à la gloire du club de rugby de l'école. Tout semble vieillot et humide. Seule une photo de Bill Gates, affichée dans la cour, rappelle aux visiteurs que le monde agricole vit aujourd'hui connecté sur Internet. « Ne vous moquez pas des nerds, ils pourraient devenir plus tard vos patrons » lit-on sous la photo du président de Microsoft.

11H. Le bus des Portugais débarque. Eusebio, la panthère noire, descend le premier avec sa grosse doudoune. Les journalistes sont priés de ne pas le prendre en photo « pour des raisons de sécurité » , selon l'attachée de presse de la fédé. N'importe quoi... Une trentaine de grattes-papier sont présents sur les lieux pour admirer les arabesques de Ronaldo avec le ballon. Ils sont tous portugais et partagent une passion commune pour les chemises à carreaux, le pento et les blue jeans coupe large. Ambiance de daron. Ambiance délétère aussi, puisque les Auriverde de l'équipe, Deco, Liedson et Pepe sont les derniers à se présenter sur le terrain. Queiroz, trop occupé à contempler CR9, ne prend pas de notes. Après un discours de l'ancien adjoint de Ferguson, l'entrainement peut commencer par quelques taureaux lors desquels Pepe met deux petits ponts consécutifs à Liedson. Visiblement sa nouvelle coupe de cheveux improbable lui a donné des idées sur le terrain...

C'est tout ce qu'il y aura d'intéressant à se mettre sous la dent aujourd'hui pour les caméramen de RTP, SIC et Sport TV. Rui, un cadreur, craque : « On fait la même chose tous les jours. On filme 15 minutes d'entrainement qui ne servent à rien, et après on attend une heure une conférence de presse qui ne sert à rien. J'en ai marre » . Pour briser la routine, l'équipe de Sport TV s'envoie du rêve en matant sur un PC une compilation des plus belles supportrices de la coupe du monde. D'autres préfèrent s'occuper en faisant du Air ping-pong. Oui, c'est affligeant. Un peu comme la conf' de presse de Deco, venu s'expliquer après ses critiques contre Queiroz lors du premier match contre la Côte d'Ivoire. « Je n'ai pas de problème avec l'entraineur. Nous sommes une équipe et ça va continuer à être comme ça. Quand j'ai critiqué, j'étais énervé à cause du match nul. Mais je le regrette. Tant que je serai là, je ferai mon maximum pour aider la sélection. J'ai demandé pardon à Queiroz et à mes coéquipiers. Il faut maintenant passer à autre chose » . Il est midi et la Bekker school n'a rien trouvé d'autre que de proposer un menu spécial braconnier : du cerf avec des pommes cuites. “Saudade do bacalhau”...

Par Alexandre Gonzalez et Javier Prieto Santos à Magaliesburg

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