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On a vu un match dans la jungle

Le match-phare de la 22e journée du championnat brésilien opposait Fluminense aux Corinthians. Un club de Rio contre un club de São Paulo. On a préféré aller voir ça dans un bar de la jungle amazonienne.

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Manaus, Amazonas, Brésil. Deux millions de personnes plantées au milieu de la jungle, à 4000 bornes au nord de São Paulo. Comme on aime la facilité, c'est dans l'humidité de cette ville sortie de nulle part que nous sommes allés assister au duel au sommet du Brasileirão opposant le leader, le Fluminense de Fred et Deco, à son dauphin, le Corinthians de Ronaldo (pas dans le groupe ce soir) et Roberto Carlos. Pourquoi ici ? Parce qu'on pouvait, tout simplement.


Brahma et Free Fight


La Tulipa Negra est le bar de la torcida officiel du Corinthians à Manaus, où les supporters du Timão sont bien représentés en ville avec 100 000 personnes selon Carlos, le président du groupe local. On se dit qu'il se fout peut-être un peu de notre gueule mais l'absence de foot professionnel digne de ce nom dans une ville aussi peuplée et amoureuse de futebol nous laisse penser que le chiffre annoncé n'est peut-être pas si fantaisiste. Une demi-heure avant le match, pourtant, on ne compte qu'une trentaine de personnes dans le bar et on se dit que les Gaviões da Fiel (les “Aigles de la Fidélité”, surnom des fans du Corinthians) ne sont pas si nombreux qu'on veut nous le faire croire.


Cela nous donne au moins le temps d'observer l'architecture et le mobilier, tout aussi dépouillés l'une que l'autre. Pour faire court : du plancher, une mezzanine en bois, des posters de l'équipe chérie, des chaises en plastique, pas de tables et, planqué dans un coin, un bar minuscule qui distribue les cannettes de Brahma à tour de bras. Sur les écrans, on voit Cruzeiro enfiler un 4-2 à Guarani et passer devant les Corinthians au classement. Puis on voit du free fight (un sport aussi populaire au Brésil que dans la baraque de Jérémy Janot) sur fond de hip-hop américain. Puis le match commence et on s'aperçoit que le bistrot est finalement bondé. Comme on est au Brésil, beaucoup de filles sont dans l'assistance, dont une avec un bébé dans les bras...


Sueur et folie


Si les vingt premières minutes sont à l'avantage du Flu, l'ambiance est bien présente dans la Tulipa Negra. Avec une température à l'intérieur qui doit flirter avec les 45 degrés, les gouttes de sueur qui coulent sur notre visage sont au moins aussi nombreuses que les « filho da puta » proférés à l'encontre de l'arbitre ou de Deco. Le tambour tambourine, les torcedores chantent et on commence à penser que l'on a bien fait de venir. Mais c'est juste avant la mi-temps, quand Jucilei reprend de volée un service d'Elias pour crucifier le portier carioca et ouvrir le score pour les Corinthians que l'ambiance explose. Tout le bar se met à chanter “Aqui tem um bando de louco, Louco por ti Corinthians”, (“Ici, il y a une bande de fous, fous pour toi Corinthians”). Et en effet, la folie est un mot qui convient plutôt bien pour décrire ce qu'on voit à ce moment-là. La mezzanine menace de nous faire une Furiani.

On profite de la pause pour sortir prendre l'air et discuter avec Max, un mec à l'air un peu barré avec son immense drapeau à la main. Il nous raconte que quand il était gamin, le Corinthians était venu jouer au Vivaldão (le stade historique de Manaus, détruit il y a quelques semaines pour laisser place à la nouvelle enceinte qui accueillera le Mondial 2014), et il avait vendu la moitié de ses fringues pour se payer une place. Ses parents, tous deux flamenguistas, avaient moyennement goûté à ce mode de financement. Et quand on lui demande ce qu'il nous arriverait si on se pointait dans le bar avec la verte tunique du Palmeiras, l'ennemi juré, il nous regarde avec un regard d'effroi avant de lâcher un simple : « Nan, c'est pas possible, tu te ferais massacrer » . Notre interlocuteur suivant nous affirme pourtant qu'il n'y a jamais d'incidents dans le bar. Pas de bol, c'est à ce moment qu'un bus passe dans la rue d'en face et se prend une volée d'insultes. Une dizaine de personnes se mettent à courir après le véhicule en exigeant la sortie du chauffeur. On n'a pas vu la suite.


Mieux qu'un stade de Ligue 1


Juste le temps de rechoper une Brahma et la deuxième mi-temps commence. La rencontre devient franchement plaisante à regarder et le bar semble prêt a s'écrouler à chaque action. Le deuxième but des Corinthianos signé Iarley engendre effectivement un mini tremblement de terre dans notre boui-boui amazonien. Ça saute de joie, ça s'embrasse, ça crie, et surtout ça chante. La variété des chants et surtout la ferveur avec laquelle ils sont repris par les personnes présentes rendraient jaloux de nombreux kapos français. Pour dire vrai, on s'attend à voir un fumi s'allumer à tout moment tant l'ambiance est impressionnante, et même la réduction du score du Fluminense ne parvient pas à ternir l'atmosphère. Il faudra attendre plusieurs minutes après le coup de sifflet final pour que l'ambiance baisse d'un ton et que le bar se vide progressivement.


Le Corinthians fait donc une sacrée bonne affaire au classement en revenant à la hauteur du leader, mais Jucilei et Iarley sont loin d'imaginer la sympathique hystérie que leurs buts respectifs ont déclenché à 4000 bornes de là. Alors que l'on s'apprête à partir, un supporter nous alpague : « Bon, les Français, on va picoler maintenant ? » . La soirée n'est pas terminée.


Rémy Harbonnier et Thomas Pitrel

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