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On a vu tomber les Ticos à San José

Le Costa Rica s'est fait sortir par les Pays-Bas mais la défaite des Ticos réunit tous les ingrédients de leur folle épopée brésilienne : rigueur collective, solidarité, frissons et gardien héroïque. Récit de cette défaite vue du bled, à San José, la capitale, entre une sono de teknival et des litres de sueur.

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Chauds. Bouillants. Excités, mais stressés. Des milliers de Costariciens se plantent devant l'écran géant de la place centrale de San José, confiants et insouciants. Quand le capitaine Bryan Ruiz s'avance sur la pelouse, la foule bombe le torse et fanfaronne. Vu le tableau de chasse de la Sélé, il y a de bonnes raisons de croire que les Ticos peuvent continuer d'agiter la compétition. Le Costa Rica, c'est le Chucky du Mondial. Une gentille équipe en apparence inoffensive et mignonette qui, une fois sur le pré, se mue en tueuse de pays ambitieux. Après l'Italie, l'Uruguay et la Grèce, vont-ils croquer la bande à Robben ? Pas un poil de doute chez Alex, étudiant en aéronautique : « Peur de la Hollande ? Tu rigoles !? Leur pays est aussi petit que le nôtre. C'est tout moche, tout gris, y a pas de plage, pas de montagne, et pas de soleil. »

« Arbitre, épouse-moi ! »


Si la supériorité touristique du Costa Rica sur les Pays-Bas n'est plus à démontrer, elle n'est pourtant d'aucune utilité dans la conquête du ballon. À vrai dire, pendant les quarante-cinq premières minutes, le seul homme qui ambiance le public de San José, c'est l'arbitre de touche. À chaque fois qu'il agite son drapeau pour signaler un hors-jeu de Robin van Persie, des milliers de bras se lèvent et l'acclament devant l'écran géant. D'un simple mouvement de bras, il soulage tout un peuple qui redoute le face-à-face entre l'attaquant batave et son portier bien-aimé. Ce modeste juge de ligne, chauve et concentré sur l'alignement de la défense Ticas, devient la star de San José. Son drapeau fluo électrise tout un pays. «  Arbitre, épouse-moi ! » , entend-on quelque part dans un recoin de la place. À des milliers de kilomètres de là, le petit homme appliqué n'aura jamais vent de ce coup de foudre. C'est cruel, l'amour à distance.

Dernier hors-jeu néerlandais, et l'arbitre renvoie tout le monde aux vestiaires. Pendant la mi-temps, San José ne souffle pas. Un speaker maintient sous pression les milliers de supporters en beuglant au micro les paroles du dernier hit de cumbia local, craché par un mur d'enceintes : « On a la plage, la montagne et le soleil. Ici, il n'y a pas de guerre ni de terrorisme. » Refrain validé par le Guide du routard.

Vidéo

Le premier rang se déhanche. Des gobelets jetés en l'air déversent une pluie d'Imperial, la bière locale. Le maquillage des drapeaux costariciens peints sur les pommettes des jeunes filles dégouline sous l'effet de la chaleur, et de l'Imperial. Sur l'estrade, des animateurs sponsorisés par un opérateur de téléphonie mobile organisent un concours de jongles. Des T-shirts Western Union sont jetés dans le public. Pendant ce temps, il se murmure que le président de la République approche de la place pour accomplir son désormais traditionnel footing en mocassins. Le jour de la victoire contre la Grèce, le débonnaire Luis Guillermo Solis a fait tomber la cravate pour enfiler un maillot et trottiner en centre ville, au milieu des fans en liesse. Mais aujourd'hui, finalement, pas de jogging présidentiel.

Klaxons et sanglots


Seconde période. Jacobo croit à la victoire. Grâce aux trois premiers succès des Ticos, il s'est payé une paire de Ray Ban : « J'ai parié que le Costa Rica sortirait premier de son groupe. C'était un pari à grosse cote… Et j'ai gagné ! Aujourd'hui, rebelote, j'ai parié qu'on allait battre les Hollandais. Si je gagne, je m'achète une nouvelle bagnole.  » Il pense tenir son ticket gagnant. Les parades de Keylor Navas sont célébrées comme des buts d'anthologie. Pour ses fans, le portier devient une sorte de goleador inversé : on compte ses interventions décisives comme on additionnerait ses buts inscrits.


Les Hollandais touchent le poteau, puis la barre. À chaque fois, les supporters ticos refusent d'admettre qu'ils ont le cul bordé de nouilles, et préfèrent saluer le talent de Navas. Et puis, la cruelle séance de tirs au but. Un second pénalty arrêté et la foule se met à crier. Quelques yeux rouges, plusieurs sanglots et bien vite les klaxons recouvrent les traces de tristesse. Dans son taxi, Giancarlo Pérez hurle : « Gracias Sélé » . Le temps de se garer en double file, il affine son analyse : « Tomber contre les Pays-Bas, c'est une sortie idéale parce que les Mexicains ne peuvent pas nous chambrer. Depuis toujours, ils nous prennent pour des nains, des mauvais. Cette fois, on est allés plus loin qu'eux. On est les number one de la zone Concacaf  » , positive-t-il. Va falloir assumer...



Pierre-Philippe Berson
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