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On a retrouvé le gardien qui avait mangé une tourte en plein match

Le 23 février dernier, tout le monde a pas mal ri quand Wayne Shaw s’est envoyé une tourte en plein match de FA Cup contre Arsenal. Lui aussi riait. Sauf que le deuxième gardien de Sutton United, connu pour son appétit dans le monde football semi-professionnel anglais, faisait l’objet d’un pari. Allait-il manger une tourte ou non ? Son quart d’heure de gloire à peine fini, la vie de Wayne Shaw se transforme en 7 mois de bad beat. Suspendu 2 mois par la FA, Wayne n’a pu reprendre une vie normale que le 6 novembre. Il raconte son année mouvementée.

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On va remonter au début de ton histoire. Fin années 1980, tu évoluais en tant que défenseur central à Southampton. Quels étaient tes rêves à ce moment-là ?
Je rêvais d’être professionnel. Faire carrière. J’étais à Southampton en même temps qu’Alan Shearer et Matt Le Tissier avec qui je suis toujours pote. Alan a commenté toute cette histoire en disant qu’il a poursuivi son rêve jusqu’à la Premier League, mais que mon rêve à moi m’a dirigé vers un stand à burgers. (Il rit) Après Southampton, j’étais à Reading. Ça n’a pas fonctionné, et en 1990, je suis allé en Non-League (soit le terme qui regroupe le monde amateur et semi-pro, ndlr) à Gosport. Je suis ensuite devenu gardien par hasard. À Bashley, on a eu un problème de gardien, et l’entraîneur m’avait vu dépanner en U15 à Southampton. « Alors prends tes gants, samedi tu es gardien. » On a gagné 1-0 et je n’ai plus changé.

Southampton t’a libéré de ton contrat parce que tu étais en surpoids...
(Il coupe en riant) Yeah ! Je pesais 94 kilos pour 1,87m. J’étais conscient que mon poids serait toujours un problème. Je me suis toujours battu contre ça, c’est probablement le facteur principal qui a fait que j’ai fini en Non-League. J’avais beau essayer, c’était toujours un problème. Nous n’étions pas éduqué là-dessus à l’époque. Aujourd’hui, les joueurs suivent un plan nutritionnel. Ça n’existait pas de mon temps.


Comment était l’atmosphère à Sutton avant ce match de coupe contre Arsenal ?
Pour le tirage au sort, on s’était tous réunis au club : 200 supporters devant la télé. On avait fait des tickets de tombola, les gens buvaient au bar et nous avons réussi à lever quelque chose comme 700 livres pour le club. C’était un tirage incroyable pour nous. Personnellement, j’avais commencé avec la réserve de Reading contre Arsenal, le jour où Alan Shearer marquait son triplé contre Arsenal au Dell. Il y avait cette petite histoire. Puis, avant le match, j’échauffais le gardien, pendant que les remplaçants d’Arsenal s’échauffaient de l’autre côté. Alexis Sánchez souriait et s’est approché pour dire : « Congratulations, big man. » Il a dit que c’était génial ce qu’on faisait. Je l’ai remercié et je lui ai dit que je lui paierais un demi si je le revoyais.

Passons désormais à ce que la presse a appelé le « pie-gate » . Tu savais que des gens avaient parié que tu allais manger une tourte ?
Tu sais, cette histoire, c’est arrivé juste comme ça. Je savais que dans le Sun, ça disait qu’il y avait un pari à 8 contre 1. Le jour du match, je crois. Mais ce n’est pas pour ça que je l’ai fait. Tous les remplaçants étaient rentrés, et les supporters d’Arsenal me chantaient « Who ate all the pies ? » (chant populaire chez les supporters anglais, « qui a mangé toutes les tourtes » , ndlr). Alors je me suis dit que j’allais m’amuser un peu. Je savais que je ne serais plus jamais au 5e tour de la FA Cup, je trouvais que c’était une belle sortie ! C’était spontané ! Je suis allé m’acheter cette tourte, je l’ai emballée dans mes gants et je suis allé la manger.


C’était quoi, exactement ?
C’était une pasty. (Cornish pasty, tourte de bœuf haché, pommes de terres, oignons et rutabaga, originaire des Cornouailles, ndlr.) C’était très bon, j’étais affamé et c’était un plaisir de manger ça après une journée sans manger. Ça a été prouvé par la FA que ce n’était rien de plus.

Quand as-tu pris conscience de l’ampleur que prenait ton geste ?
J’avais vu qu’il y avait quelques journalistes au stade. Après le match, je me préparais à rentrer chez moi avec ma femme et mes deux filles. Je n’avais eu qu’un jour de repos depuis trois semaines. Parmi nos supporters, nous avons un comédien qui s’appelle Tim Vine. Il était à Good Morning Britain la veille et ils avaient parlé de moi avec le présentateur, Piers Morgan. À 22h30, j’ai reçu un appel de son équipe pour m’inviter à l’émission du lendemain. Je ne voulais pas vraiment y aller. Je sentais qu’il se passait quelque chose. Mais j’ai fini par y aller, en ayant dormi qu’une heure. Après l’émission, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner.

Tu as été une improbable célébrité dès le lendemain. Ça devait être étrange pour toi.
C’était fou. Après l’interview, j’ai pris un taxi pour aller jusqu’à Sutton récupérer ma voiture et rentrer chez moi. À Southampton, je vais au pub du coin, The Old Farmhouse, pour manger un morceau en famille. Là, je reçois un appel du président et du manager. Ils me disent : « Si tu ne démissionnes pas, on te vire. » Je ne comprends pas. Je demande : « J’ai fait quoi, au juste ? » « Une histoire de paris. » Ils m’ont juste dit ça. Sans faire d’enquête. J’étais surpris. Me dire ça sans me demander une quelconque explication, c’était surprenant. Je n’ai même pas fini mon plat. Je n’ai plus mangé pendant 3 ou 4 jours. En se débarrassant de moi, ils m’ont fait apparaître comme coupable, pour quelque chose que je n’avais pas fait. Ils ont empiré la situation. Je n’avais jamais été viré de ma vie alors j’ai fait la chose à faire. À 14h le lendemain du match, je n’avais plus de travail. Le plus beau jour de ma vie se transformait en quelque chose qui ressemblait au pire jour de ma vie. Rapidement, les paparazzi squattaient devant ma porte d’entrée. Alors je dormais à l’hôtel. J’avais l’impression d’avoir tué quelqu’un, tout ça à cause de mon petit quart d’heure de célébrité.


Tu as eu des problèmes d’argent à cause de cette histoire ?
Bien sûr. J’ai perdu mon travail et on ne m’a pas filé de bonus. Ils m’ont payé mon salaire du mois, puis je devais trouver autre chose. J’ai gagné un peu d’argent en donnant des interviews. J’ai fait un concours de bouffe à Chimichanga (chaîne tex-mex présente au Royaume-Uni, ndlr). Trois membres du public devaient me défier et manger un gros plat en 20 minutes. Il y avait des ribs, des wings, un chili con carne, du poulet, servi avec des frites et du coleslaw. J’ai gagné. L’argent qu’ils m’ont payé m’a tenu deux mois. J’ai gagné un peu, mais ça ne compensait pas la perte de mon salaire.

Après tout ça, en septembre, la FA t’a suspendu deux mois. Comment as-tu réagi à ça ?
C’était étrange. C’était sept mois plus tard. Ma première accusation, c’était pour spot-fixing (pari illégal sur un aspect du jeu n’influençant pas le résultat, ndlr). Je n’ai jamais été arrêté de ma vie, jamais été dans un tribunal. Je leur ai tout donné : relevés bancaires, téléphoniques. J’ai vite été blanchi. Mais je n’étais pas bien et n’ai pas tout de suite trouvé de travail. Finalement, j’ai trouvé un nouvel emploi comme manager commercial au AFC Totton (petit club dans le Hampshire, ndlr). C’est là qu’ils ont ajouté une accusation : pour avoir influencé intentionnellement le marché du pari. En mangeant une tourte ! Personne n’avait jamais été accusé de ça ! Le pari, c’est sur le match, en principe. J’étais suspendu et ne pouvais plus prendre le boulot. J’ai dit que j’avais besoin d’un travail, que sinon je devrais mettre la maison en vente. Que j’avais du mal, que mes économies s’amenuisaient. J’ai appris que 72 personnes avaient parié dans le pays et que le maximum qu’ils pouvaient parier, c’était 5 livres. La compagnie de paris a dû payer 2600 livres à ces gens. Contre la publicité qu’ils ont reçue, ce n’est pas grand-chose... Le football est un sport divertissant et je trouve que le côté fun disparaît un peu. Ce n’était que ça, un peu de fun.


Tu as continué à jouer ou à t’entraîner malgré la suspension ?
Non, j’ai perdu tout intérêt pour le football. J’étais en dépression. Je ne voulais pas quitter la maison, j’étais sous cachet. Ça m’était déjà arrivé il y a quelques années. C’est juste revenu. J’ai traversé une période très noire. Puis je m’en suis sorti. Je viens d’avoir 47 ans, je ne pense plus vraiment à jouer. Au AFC Totton, qui m’a attendu, peut-être que je ferai comme à Sutton et que j’entraînerai à nouveau un jour. Et je continuerai à aller à des matchs de charité.


Tu cuisines des tourtes, toi-même ?
À vrai dire, j’ai quelque chose sur lequel je travaille. J’ai toujours fait un peu de catering. J’ai envie de lancer une séries de tourtes : la Premier tourte, la tourte Championship, la tourte Non-League. Je travaille sur ce genre de choses. Ma tourte, c’est : filet de bœuf, échalotes, oignons et évidemment une bonne gravy (sauce au jus de viande, ndlr). Tu manges ça avec une bière. Une bonne bière. Une Peroni, quelque chose comme ça.

Comprends-tu ce qui a tant passionné les gens dans cette histoire ?
(Il réfléchit et rigole.) Non, pas vraiment ! Je n’ai jamais trop réfléchi à ça. Je voulais juste faire rire les gens. Ça, ça a marché. Les gens me reconnaissent et sont sympas 99,9% du temps. Ils m’accostent au pub, une pinte à la main, en rigolant et me demandent une photo. Ce qui est peut-être fascinant, c’est que les autorités se soient impliquées et aient fait ça à un gars normal. Les gens ne peuvent pas croire qu’un mec normal se fasse descendre comme ça par la FA. Qu’un gars normal, qui ne gagne pas des millions de livres se fasse exclure de toute activité footballistique, soit empêcher de travailler et ne gagne pas un penny pendant deux mois, c’est étrange. Des gens ont dû m’aider, payer mes amendes. Tout le monde a été fantastique. Mais je peux enfin reprendre ma routine et faire ce que je sais faire. Je peux mettre tout ça derrière moi et en sourire.

Propos recueillis par Thomas Andrei
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