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On a retrouvé Ahmed, le fan qui avait fait un selfie avec CR7

De l’Afghanistan à l’Europe, d’un centre d’accueil pour migrants au stade Bernabéu à Madrid, parcours d’un jeune migrant clandestin prêt à tout pour rencontrer Cristiano Ronaldo.

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Sur le bord du terrain, Ahmed Noor prend un temps méticuleux à s’habiller pour l’entraînement. Une fois les chaussettes et le maillot du Real floqué Cristiano Ronaldo bien ajustés, Ahmed se lance sur le terrain pour jouer avec ses collègues migrants du Centre d’accueil et d’orientation (CAO) d’un village en Ardèche. D’ailleurs, au CAO, tout le monde l’appelle Cristiano et non pas Ahmed. Son téléphone sonne, c’est l’appel à la prière, il quitte l’échauffement, se met au bord du terrain et installe avec sa veste un petit tapis pour prier durant une dizaine de minutes, avant de reprendre l’entraînement, sous le regard halluciné de l’entraîneur et des badauds venus voir jouer les migrants.

Le jeune Afghan de 22, peut-être 23 ans, il ne sait pas vraiment, est arrivé en France par ses propres moyens en juin 2016. Quelques mois auparavant, il était encore dans son village natal, dans la région de Lashkar Gah au sud de l’Afghanistan, c’est la province où le pavot est le plus cultivé dans tout le pays. Le pavot, c’est la plante de base de l’opium, la morphine et l’héroïne et le père d’Ahmed en cultivait, jusqu’à ce qu’il se fasse enrôler par les talibans. C’est sans doute ce qui attendait le jeune migrant s’il ne s’était pas enfui sous la pression et les pleurs de sa mère. « Un mois après que les talibans ont ramené le corps de mon père, tué au combat, ils sont revenus chez moi. Heureusement, ma mère a dit que je n’étais pas à la maison à ce moment-là, en fait j’étais caché dans la cuisine. Ils ont dit à ma mère : "Noor doit venir avec nous et nous soutenir dans notre lutte armée", elle n’était pas d’accord, moi non plus, mais pour qu’ils partent, elle a menti et a dit que dès mon retour, je les rejoindrais. Alors on a pleuré, elle m’a donné 12 kilos d’opium pour payer le voyage et je suis parti. »

Un selfie avec Cristiano


Depuis, Ahmed n’a que très rarement des nouvelles de sa famille restée au pays, mais il ne souhaite qu’une seule chose : les faire venir en France, pour qu’ils soient tous en sécurité. En partant de son village, Ahmed ne connaissait rien du monde, il n’est jamais allé à l’école et ne parlait que le pachto, une des deux langues officielles du pays, parmi les 40 parlées. Il traverse à pied les montagnes iraniennes, en plein hiver. « On m’a dit d’aller en Turquie, mais moi je ne savais même pas ce que c’était la Turquie ! » Il y trouve un petit travail (à ramasser des ordures), se repose de la traversée, gagne un peu d’argent et découvre le football sur la Playstation. Et il découvre surtout Cristiano Ronaldo. Après quelques recherches sur Internet et des heures de visionnage de match, le jeune Afghan a considéré que la star portugaise était « une bonne personne  » . « J’aime beaucoup sa personnalité, je pense que c’est quelqu’un de très généreux, très gentil et il a un parcours qui me fait vraiment rêver. »


Puis, « on m’a dit d’aller en Europe, que ce serait plus simple pour moi » . Et c’est donc en juin 2016, durant l’Euro de football, qu’il débarque à Paris, sans argent, sans papier, mais avec un rêve. « Comme j’étais là en même temps que Cristiano, j’ai acheté un ticket 300 euros pour le voir au Parc des Princes (face à l'Autriche, ndlr), j’ai trouvé l’argent, je me suis débrouillé et une fois dans le stade j’ai couru sur le terrain pour prendre un selfie avec lui. » Durant tout le match, le jeune Afghan est sagement installé dans les tribunes, le match se termine sur un nul 0-0, alors Ahmed profite du calme relatif pour se faufiler sous les tribunes, se cacher et courir le plus vite possible vers son idole. « C’est vraiment quelqu’un de bien, même si on n’a pas vraiment eu le temps de discuter. Je l’ai embrassé, j’étais tellement heureux, j’ai pleuré puis la sécurité m’a attrapé. »

Vidéo

Les agents de sécurité lui font la morale, lui disent qu’il ne pourra plus remettre les pieds dans le stade et le menacent de prison. « Je savais que c’était interdit de faire ce que j’ai fait, mais j’ai vécu ce moment comme une grande chance dans ma vie. » Pour une fois, Ahmed se sent chanceux. En sortant du stade, il poste son selfie avec son idole sur les réseaux sociaux et ressent une grande joie quand ses amis (pour la plupart d’autres migrants afghans rencontrés sur sa route) postent des commentaires de félicitations.

De Paris à Madrid


Depuis, Ahmed ne jure plus que par le football et se métamorphose petit à petit en CR7 (coupe de cheveux, maillot, lunettes de soleil, chaque détail compte...) durant ses dix mois d’attente au CAO des Vans, un village situé au sud du département de l’Ardèche, où il a été envoyé le temps que sa demande d’asile soit traitée. Mais mis à part les entraînements de football et les quelques cours de français assurés par des bénévoles, Ahmed ne peut rien faire et l’attente le rend fou. Il regarde tous les matchs de Cristiano Ronaldo, joue à la console, apprend aussi quelques mots de portugais, mais il reste toujours sans nouvelles de sa demande d’asile.


Or, depuis un mois, plus de nouvelles d’Ahmed, il a disparu du CAO. C’est à cause d’un problème au Centre d’accueil avec un autre migrant qu’Ahmed est parti. Sa petite allocation pour demandeur d’asile en poche, environ 200 euros par mois, il prend donc le bus pour le sud de la France, puis se cache dans un train pour pouvoir aller jusqu’à Barcelone, puis Madrid. Il visite le stade Bernabéu pour analyser comment entrer sur la pelouse lors du prochain match. Il dépense ses derniers euros dans un ticket pour Real Madrid-Tottenham, disputé le 17 octobre. Match qu’il n’aura même pas vu, parce qu’à la vingtième minute, il profite d’un arrêt de jeu pour entrer sur le terrain et discuter avec Cristiano.


Le joueur portugais lui offrira finalement son maillot et un billet pour le prochain match, qu’il garde désormais précieusement dans son porte-feuille. Beau et touchant, même si cette présence à Madrid pose quelques questions, à une époque où un migrant sans papier n'est pas censé pouvoir se déplacer librement en Europe... Mais pour Cristiano, Ahmed a visiblement décidé de braver tous les interdits.

Par Domitille Piron
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