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On a oublié ce qu'était Diego Maradona

Lorsque l'on évoque Diego Maradona, on pense à des exploits, en Coupe du monde, avec Naples, la finale de 90 et des centaines de gestes de génie. Des événements ponctuels, des exploits, quoi. Mais Diego Maradona, ce n'était pas ça. Et si l'on se trompait à propos de l'héritage de Diego ? Et si l'on avait oublié l'essentiel ? Et si Leo Messi n'avait pas besoin de remporter une Coupe du monde pour égaler le Diez ?

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Finalement, qu'avons-nous retenu de Diego Maradona ? Le Mondial mexicain, en 1986, ses cinq buts et cinq passes décisives en sept matchs. Le parcours cabossé du Mondial italien. L'épopée napolitaine. Un coup franc impossible pour le Napoli contre la Juve de Platini. Un contrôle irréel contre le Milan. Des buts légendaires pour Boca Juniors, du milieu de terrain, sans équilibre, en volant, presque. Un beau but de la main, aussi. En tout et pour tout, des démonstrations ponctuelles d'un talent insurmontable. Maintenant, nous sommes dans les années 2010, et un « héritier » a enfin gravi la montagne. Il est gaucher, il est argentin, il est brun et il est petit. L'héritier parfait.

Diego le Blanc



Mais pour que tout soit parfait jusqu'au bout, Leo Messi s'est vu attribuer la quête ultime de remporter une Coupe du monde pour son pays, en occupant le rôle d'acteur principal. Pour les plus exigeants, il devrait même quitter le Barça, rejoindre une équipe « moyenne » et l'emmener tout seul vers les sommets. Il s'agirait d' « électrifier un club » , comme le dira Karl-Heinz Rumenigge à propos de l'époque napolitaine de Diego. En Espagne, les autres héritiers Aimar et Riquelme ont tenté leur chance à Valence et Villarreal, avec plus ou moins de succès (la saison 2004/05 de Román, quinze buts et dix-sept assists rien qu'en Liga, pour le « plus » ). Mais ce raisonnement est erroné.

Parce que Diego, peu importe sous quel maillot, c'était bien plus que des titres, des buts, des faits. Malheureusement, on n'a pas tous eu la chance de tout voir. En fait, presque personne n'a eu la chance de tout voir. Qui peut se permettre le luxe, autour d'une grillade, de raconter les plus beaux buts manqués par Diego sous les couleurs de chacun de ses clubs, d'Argentinos Juniors à Boca, du Barça au Napoli, tout en rappelant toutes les péripéties du Diez en éliminatoires pour l'Argentine ? Personne ou presque, parce que la télévision ne fournissait pas alors les possibilités de suivi et de précision des années 2000. Aujourd'hui, on n'a gardé que les plus beaux buts. Mais quelques chefs-d'œuvre ne peuvent représenter l'ensemble de « l'œuvre » d'un artiste, si ? Néanmoins, de façon sporadique, l'Argentine parvient à faire remonter à la surface des montages des exploits « hebdomadaires » de la carrière du numéro 10. Des images que personne n'a vues, ou que tout le monde a oubliées. Les fameux buts manqués.

Vidéo

Diego qui dribble une défense entière, puis tire à côté. Diego qui met des crochets pour le plaisir, sans aucun sens. Diego qui s'arrête, humilie un adversaire, revient pour l'humilier à nouveau, et repart en vainqueur, sans avoir marqué. Diego qui subit des tacles au genou, mais ne tombe jamais, ou se relève toujours. Sur ces images, il n'a pas besoin des autres, il veut même tout faire tout seul. Incontrôlable, il joue comme un chien avec son ballon. Mais un chien à l'habileté divine. On le voit là, seul, défiant des défenseurs armés jusqu'aux dents, insistant avec furie. Diego Maradona ne joue pas juste. D'ailleurs, il ne semble pas « jouer » , il semble en mission : Diego part à l'abordage comme si ses pieds le démangeaient. Il ne dribble pas par envie, mais par besoin, comme une drogue. Sur ces images, on repère aussi la nature du footballeur argentin par excellence : le dribbleur naturel, défiant la terre entière, mais sans le sens du spectacle des Brésiliens. Ronaldinho jouait avec le sourire, tandis que Maradona et Messi gardent le visage fermé du sauveur solitaire, même quand ils glissent un petit pont.

Sur ces images d'un autre siècle, on voit surtout un football individuel qu'on ne reconnaît pas vraiment. En fait, on y voit un esprit. Jouer avec l'esprit, c'est jouer au fil de ses pensées. Or, une pensée, ça n'est jamais juste. Ça vient, ça part. C'est comme une idée nouvelle : ça atterrit en force, sans demander la permission, souvent au mauvais moment. Comme le besoin de tenter un petit pont. Et quand on pense, on pense dans tous les sens. Et Maradona jouait comme il pensait. Guidé par ses gambetas. Dans tous les sens, mais toujours vers l'avant. Et en le voyant jouer ainsi, ce n'est d'ailleurs pas une surprise de le voir vivre de la sorte loin des terrains.

L'esprit de Leo


Lors du Mondial brésilien, Messi a subi des critiques à la suite de ses matchs contre les Pays-Bas et l'Allemagne. En Argentine, il ne s'agissait pas de lui reprocher une occasion manquée ou un mauvais choix, mais un manque d'esprit, de présence. Dans l'axe, au milieu et en pointe, Messi s'est oublié. Il a laissé filer le temps, malgré la seconde chance de la prolongation. À la fin, il s'en est voulu. Mais dès son retour à Barcelone, Messi est revenu à droite. Dans l'axe, sa vision du jeu de Messi est telle qu'il jouera toujours, ou presque toujours juste. Sur le côté, là où tout ballon reçu est la promesse de nouvelles envolées, les lignes de passes sont coupées. Le dribble n'est plus luxe, il est nécessité. Un dribble marque souvent plus les esprits qu'un but.



Par Markus Kaufmann
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Ce commentaire a été modifié.
Je te salue Markus (je me permets de te tutoyer, nous parlons de Maradona).

Ton article est très beau.

Nous en parlions hier avec d'autres commentateurs, Maradona dépasse le football. Il est devenu, au fil du temps, une figure révolutionnaire ou, à minima car le terme est peut-être un peu trop fort, le symbole de la résistance.

La résistance contre quoi ?

C'est assez confus, en fait.
Maradona se perd souvent dans des plaintes décousues et indéterminables. On a l'impression qu'il est l'ennemi de tous, de l'impérialisme, de la Fifa, des USA....
Alors les gens se moquent de lui, mais il est dans le vrai.
Ses paroles incarnent ce qu'il est : la résistance confuse dont nous faisons tous preuve pour rester en vie. La résistance confuse que nous allons tous chercher en plus profond de nous pour s'indigner contre l'injustice, quand il nous reste un cœur.

Je peux passer pour un "enculeur de mouches" (je déteste cette expression, je suis certain que Tesla en a sodomisé un paquet), mais il n'y a rien de hasardeux dans le fait que les amoureux de Maradona partagent le goût pour l'instinct.

Rien n'est hasard. (tiens, je remarque que mon correcteur orthographique ne connaît pas Maradona, quel ignorant).

J'avais dit un jour, alors que @Pelusa, @O Alegria et d'autres défendions El Pibe contre une horde de commentateurs souhaitant parfois jusqu'à sa mort rapide (!!!!!) que Maradona méritait au mieux notre admiration et notre amour et, au pire, notre indifférence bienveillante.

J'y crois.
Car toute autre option est négation de la faiblesse humaine.
Toute autre option est négation de la vie.
el.maestro Niveau : CFA
Les commentaires excessifs tiennent surtout à ce qu'est devenu Maradona: quelqu'un de terriblement aigri malheureusement. Peut-être as-tu eu la chance de pouvoir voir en live une bonne partie de la carrière de Diego (je t'envie si tel est le cas) et tu lui donnerais donc volontiers le bon dieu sans confession. Mais pour d'autres, Maradona est aujourd'hui à ranger dans la même catégorie que Pelé. C'est à dire celle des gens qui, ayant peur d'être oubliés (comment pourrait-on les oublier, et surtout Diego?) se permettent de sulfater à tout va et de donner leur avis sur tout et sur tout le monde. Au prétexte qu'il est l'un des plus grands (je déteste dire LE plus grand), Diego ne cesse de tacler, sa victime favorite étant Messi. Plus que de tomber dans l'oublie, on dirait que d'imaginer passer derrière un autre dans les mémoires collectives l'effraie à un point inimaginable. D'ailleurs au sujet de ce dernier: un coup il l'insulte, puis après le supplie de revenir, puis une fois qu'il est revenu le retacle ... En fait Maradona, ça me fait penser à cet élève surdoué qui, ayant eu 20/20 en cours se permet de dénigrer le mec qui a eu 19 ou 19.5 en disant qu'il sera toujours moins fort que lui (je sais c'est de la merde cette comparaison mais ça me parle).

C'est cette partie de sa personnalité qui dérange beaucoup, et qui perso m'agace profondément. Après, les réactions excessives sont tout autant stupides évidemment.

PS: je te suggère de faire comme moi pour lutter contre cet abruti de correcteur orthographique, tu cliques sur Maradona et tu fais "ajouter au dictionnaire". Comme ça ton correcteur ne te fera plus l'affront de souligner le nom de Diego
@el.maestro

Merci pour ta réponse qui est tout à fait pertinente, je trouve.

Je suis d'accord pour dire que les sorties de Maradona sont celles d'une personne aigrie. D'ailleurs, je parle souvent de son visage qui a pris les rides de l'aigreur.

Maradona est un petit enfant qui a peur qu'on lui vole son jouet.

Moi aussi, il m'agace. Il m'agace d'autant plus que j'ai grandi avec cette vision fantasmée du personnage.
Quand il dit aux journalistes de le "sucer" après cette qualification homérique contre le Pérou en 2009, je me dis que j'aurais préféré garder simplement l'image du chérubin qui profite du sol pour glisser sur le ventre, quelques minutes plus tôt.

Cela dit, il est important pour moi de ne pas tuer les idoles. C'est une manière de détester notre jeunesse aussi, quelque part. Les idoles méritent qu'on les aime ou qu'on les laisse tranquille, même si elles déconnent.
Quand je dis ça, je ne dis pas qu'il faut dire amen à tout. Je dis juste qu'il faut essayer de ne pas être trop accablant et, surtout, de prendre du plaisir à accabler.

Parce que tirer sur elles, c'est un peu tirer sur nous mêmes.

Voilà ma vision des choses, même si je suis en total accord avec ce que tu racontes par ailleurs.
el.maestro Niveau : CFA
En soi je vois que nous avons donc à peu prés la même vision des choses. Maradona n'étant pas mon idole de jeunesse, je suis donc moins tendre avec lui que toi, et de ce fait je comprend totalement ton point de vu. Du coup tiens, je t'offre mon +1 car je suis d'accord avec ce que tu dis (s'il veut bien passer)
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Note : 1
Vous le jugez sur la partie la plus faible qu'il vous offre. Jugez-le sur la partie la plus forte, la plus évidente.

Et puis putain, ne le jugeons pas !

On est des porcs qui crachent sur du caviar.
Ce commentaire a été modifié.
@ O Alegria

Je ne sais pas exactement où tu veux en venir, car si je juge, je le fais surtout pour dire que ses "défauts" ne me cacheront jamais ce qu'il nous a offert de meilleur.

Nous avons le droit de le juger, c'est le travail du passionné d'ailleurs. C'est en jugeant positivement ses performances que nous l'avons aimé. C'est en jugeant ses folies et sa théâtralité qu'il est entré dans l'Histoire.

Je pense juste qu'un jugement à charge est une entreprise inique. Et qu'il ne faut pas oublier de le juger avec la partie bienveillante de notre cœur.

Car c'est cette partie que son art appelle.

PS : c'est d'ailleurs avec ces jugements positifs qu'il apparaîtra que tout jugement de la personne est vain.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Note : 1
Je vais reposter ça là (je déteste ça, ces articles parallèles - ou transversaux ? - empêchent la liesse et la communion.



Il existe un motif secret au beau milieu de la tapisserie de San Diego, d'où l'on peut admirer l'étendue de ce qu'il a représenté, et de ce qu'il représentera à jamais.

C'est cet instant halluciné, à peine une poignée de minutes, où le Pibe de Oro est apparu et s'est mis à scander une manière de rhapsodie bohémienne face à des anglais statufiés comme les commandeurs d'une armée déjouée.

Entre la 51ème et la 54ème minute du quart contre l'Angleterre, on a assisté à ce qu'il faudra bien finir par appeler une transfiguration, le passage d'un corps opaque au corps de lumière. A la 51ème, Maradona, le gamin impulsif qui avait sabordé l'Albiceleste en 82, est devenu Diego, le vengeur de son peuple. A peine 3 minutes plus tard, le vengeur s'est démasqué pour révéler son vrai visage.

Un visage éternel et connu de tous les peuples.

On rabâche toujours les Malouines au sujet de ce match, mais comme souvent lorsqu'on parle de guerre, les Malouines ne sont qu'une prétexte inepte.
L'histoire de la géopolitique pourrait se résumer à un manuel de domestication pour canidés rabiques. Les nations n'ont jamais su s'éduquer et leurs rapports, débarrassés de tous oripeaux, est semblable aux plus primaires réactions épidermiques, des aboiements hystériques pour forcer l'autre à se coucher ou bien faire le beau.

Hélas, de beaux, Galtieri et Thatcher ne le fussent jamais ( surtout que Margareth avait - paraît-il - le dos large ). Ils se sont disputés les Malouines comme des chiens se disputent un bout de viande faisandée; pas pour se nourrir mais pour le plaisir de montrer des crocs qu'ils n'avaient même plus.

On avait bien découvert traces d'hydrocarbures dans ces îles quasi-désertes, abandonnées à la lande maladive et à la caillasse, mais ce n'est certainement pas ce qui poussa Galtieri à faire valoir sa souveraineté de pacotille.
La vérité, c'est qu'il a utilisé le prétexte des Malouines pour détourner la colère de son peuple sur les Anglais plutôt que sur sa vieille trogne véreuse.

" D'abord, nous tuerons tous les agents de la subversion, puis leur collaborateurs et puis enfin leur partisans ; ensuite viendront les indifférents et enfin, pour terminer, les indécis."

Voilà en condensé d'ignominie, d'où sourd la colère du peuple d'Argentine. Voilà d'où vient ce cri insupportable qui a fait trembler l'Aztéca quand Maradona a osé battre Shilton de la main.

Ce n'est jamais agréable de voir un chien mordre aux couilles même celui qui le tient en laisse. Mais c'est ce que Maradona a fait pour devenir Diego, et contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas les couilles de Thatcher qu'il a mordu (bien qu'elle en fut - selon les plus fins analystes - généreusement pourvue), mais bien les couilles de Galtieri, de Viola, de Videla, de Peron, la grappe de couilles de Pater Militari, des Saturnes obscènes qui prennent plaisir à faire disparaître leurs propres enfants.

Desaparecidos ! dans les entrailles de l'Histoire.


Ce but en catimini, cette divine mimine, n'est pas un but arraché de la main mais bien du ventre de Diego, du ventre martyrisé de la Mère Argentine, qui a perdu tant de fils, tant de pibes.

Dans l'Evangile selon San Diego, il est écrit (ch 12 ; vs 133) :

" Tu auras le droit de répondre au mal par le mal à celui qui a offensé tes entrailles. Tu le marqueras de ton fer le plus cuisant afin que sa chair se souvienne de ton baiser ardent comme se rappelle à la viande le grill de l'asado."

A cet instant précis, si l'on est Argentin, si notre Mère est Argentine, il est évident que Diego n'a pas triché.

Il a seulement enfreint la loi.

La loi qui ne veut plus rien dire puisqu'AU NOM DE LA LOI disparaissent les enfants d'Argentine.

La loi, Diego danse avec, et c'est lui qui conduit. Plus tard, il dira : " Entrer dans la surface et marquer, c'est comme danser avec Bennaceur." Un verset essentiel que des copistes peu scrupuleux ont piteusement déformé.

Diego n'a pas triché. Il a juste dansé un tango avec le corps arbitral. Comme Judith jadis usa de ses charmes pour trancher la tête d'Holopherne, l'oppresseur de son peuple. C'est par cet authentique but de tapin que Diego venge son peuple. Comme le dernier des derniers, il est allé jusqu'à se prostituer, prostituer son corps et sa passion pour venger son peuple.

Ce but qu'on appelle "Main de Dieu" est en fait une main du siècle. Le fruit de l'Histoire, du cycle éternel des rapports de force rabiques qui meuvent les nations.

Il va de soi que si l'on n'est pas Argentin, cette gaudriole est une tricherie infamante, une entorse impardonnable à l'esprit et à l'honneur.

Si l'on n'est pas Argentin, Diego vient d'assombrir l'horizon du salut. Il était à peine 13h à Mexico, et Diego a fait apparaître la lune en plein ciel.
En fautant ainsi devant le monde entier, Diego s'est crucifié pour tous les siens. Il s'est emparé de la souffrance de la Mère Argentine et s'est cloué lui-même sur la croix des nations.

Les nations rabiques qui ne savent qu'aboyer ou se soumettre. Qui ne savent répondre au mal que par le mal.


Il a fallu 3 jours à Jésus pour ressusciter, Diego ça lui a prit 3 minutes.

Il suffit d'un bijou de pacotille et d'une simple rocambole pour faire tourner la tête des peuples idolâtres.

Ce "But du siècle" (qui est celui de Dieu, je milite pour l'inversion des termes), cette trajectoire surgie de nulle part, on la connait par coeur :

Beardsley, Reid, Butcher...

Diego leur a servi son meilleur plat : la tortilla à l'anchois ! Idéale pour foutre le feu aux palais britanniques et aux talons du Pibe - car c'est à cet instant précis que devient devient El Pibe de Oro - l'enfant aux pieds de feu.

Cette course tortillarde, comme une liane se tresse autour d'un arbre pour aller chercher la lumière, cette vénusté aquatique qui ne connait nulle obstacle, nulle rempart pouvant la contenir, débordante ! Virevoltante ! Et bondieu ! comment veux-tu estropier un anchois ?!

Intouchable, messieurs les Anglais, vous l'avez vous-mêmes constaté :

" En fait, je vais vous le dire mais je ne devrais pas. Durant ce match, on lui en a mis dans le buffet, comme rarement un joueur en a reçu dans un match. Et le type est constamment revenu à l'abordage, à chaque fois plus fort, plus rapide."

Aparté : on voudrait tous que Maradona ne soit que ce génial artiste, qu'il ne soit pas ce gamin brute qui faillit éventrer Batista en 82, que jamais il ne fut ce visage surchargé d'extase qui s'est affiché en gros plan en 94 - exorcisant ses vieux démons d'une transe si stupéfiante qu'il en convoqua d'autres bien plus cruels. Mais si Maradona n'était pas ce taureau furibard que la banderille excite plus que la muleta, il n'aurait jamais inscrit ce but. Il ne serait jamais devenu le Pibe de Oro. A présent il rumine et tourne en rond dans une arène déserte, il se cogne et se cogne la tête contre les planches, contre les murs, pour saigner d'abondance et personne n'est là pour lui porter le coup de grâce. Alors il se souvient, abruti, que jadis, il fut le Pibe de Oro, et il saigne de plus belle.

Il saigne parce qu'un jour, ce taureau furibard à été touché par la grâce et qu'il est apparu Pibe de Oro aux yeux de tous. Aux yeux Argentins, aux yeux anglais, aux yeux du monde.

Un jour, Diego a cagnardé les Anglais, d'un coup de soleil dans le dos, et l'autre en plein coeur.

Il a cagnardé le monde, bien au-delà de l'humble Aztéca. Il a porté une lumière ce jour-là qui a fait resplendir chacun de nous. Gracieux comme un fagot d'épine, Diego a fait taire toutes les Jérémiades possibles.

C'est Depuis cet instant, que les authentiques calendriers datent de l'heure Une durant Diego, paraît que les femmes d'Argentine, afin d'apaiser leurs enfants fiévreux, égrainent un-à-un les billes de leur chapelet d'une main hystérique, en psalmodiant des noms aux sonorités barbares... Beardsley... Reid... Butcher...
Et les gosses perclus de fièvre s'élèvent et s'enragent au cantique de Pibe de Oro. Parce qu'ils sont tous, nous sommes tous, des pibes de oro.

Certaines femmes parviennent à prolonger leur transe dans le souvenir commun du Pibe effaçant Shilton, mais cela est une hérésie. Un fantasme collabo.

Petit enfant d'or, si désespérément attendu par toutes les mères du monde.

Diego s'est révélé ce jour-là et Dieu a reconnu les siens. C'est-à-dire nous tous. Nous sommes tous les fils de l'évidence. Nous sommes tous orphelins de l'harmonie primordiale des gaz. Orphelins du sublime que l'on est.

Oui, Dieu parle espagnol et il sent le graillon.

Mais sur deux chiquenaudes magistrales, il s'est révélé à nos yeux. Dieu s'est incarné Argentin, ce n'est pas immuable (il a tant de masques, cet Harlequin de l'absolu), mais ce jour-là Dieu nous a accordé un signe.

Il m'a fait signe. Et ce ne sont pas balivernes que de croire et chercher les signes qui illumineront ta vie. La moindre lumière est divine, le moindre scintillement, car il permet, l'espace d'un instant de dissiper les ténèbres. Et d'écarter les perspectives de ce putain de labyrinthe où tu finiras par devenir le minotaure de toi-même.

Diego a montré la sortie. Comme Ariane avec sa pelota.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Pardon, j'ai oublié de dire que l'article de Markus était brillant, bien évidemment.

Il doit tellement être habitué.

Ne nous quitte jamais Markus.
La flatterie, il ne faut pas s'y habituer.

Il faut la prendre à chaque fois comme une nouvelle fleur !
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Je te redis pas ce que j'ai dit sous l'autre article à propos de ton brillant hommage mais le coeur y est !
Et je plussoie à 100 % sur ta remarque : c'est très bien d'avoir plusieurs articles sur chaque joueur du top 5 mais qu'est-ce que c'est frustrant de voir les commentaires dilués et de ne pas pouvoir profiter d'un fil de discussion unique !!!
Etant né un 18 novembre, je suis plus que ravi d'avoir été aussi gâté par ce quinté d'articles sur Diego, histoire de conclure le top en beauté. Quand en plus on a droit à votre prose, messieurs (pas que vous d'ailleurs, on peut y ajouter divers joyeux drilles qui sont eux aussi le sel de ce site), on se dit que cela valait mieux qu'une fête avec des gens qu'on a pas envie de voir.
Merci pour ce bon début de journée (7h30 du mat ici)
Cheers !
Joyeux anniversaire, cher Italia 90.

Que le bonheur t'irradie !
Merci Algiers !

Un petit extrait de "Un Gamin en Or" devrait faire l'affaire ;-)
Notamment ce (très court) moment sublime où il regarde avec une morgue royale les Anglais chanter leur hymne juste avant le fameux match de 86...
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Bon anniversaire mon ami !

Jette t'en un pour moi ;)
Oui, c'est le même documentaire, je ne sais pas pourquoi il a deux noms d'ailleurs.
La scène dont je parle se passe à 32'56 environ.
C'est amusant car bien qu'il ait une bonne tête de moins que les rosbeefs, on dirait qu'il les regarde de haut en se disant "vous allez voir comme je vais vous la faire à l'envers, vous avez même pas idée"
PS : merci Alegria !
Ce commentaire a été modifié.
Fred Astaire Niveau : Ligue 2
Oui, Alain, ce système est imbitable (comme pourrait dire Alegria dans son langage imagé).
@Italia

J'ai tiqué sur ce moment de l'hymne national également.
17 réponses à ce commentaire.
Ronahldoignon Niveau : Ligue 2
Markus au top comme toujours.

Je crois que les gens aiment la séparation des choses à telle point qu'il faut tout ordonner en classement, distribuant les copies de la meilleur à la moins bonne note.

On pourrait juste se dire que Messi est génial d'une manière que Ronaldo n'est pas.
Et que celui ci l'est d'une manière que Baggio n'était pas.
Et la liste est longue.

Et c'est là la beauté du foot entre tout les sports collectifs, l'expression du style au milieu d'un collectif.
Comme les shorts en jean d'Agassi.
Ou le bandeau de Borg.
Ou encore les danses d'Ali.

Messi n'a pas besoin de titre avec l'Argentine pour rester dans les mémoires, il a juste magnifiquement jouer au foot comme d'autres avant lui.
Et je l'espère beaucoup d'autres après.
Estebanana Niveau : CFA
La multiplication des matchs et des écrans s'est faite à double tranchant. Tout le monde peut suivre toutes les rencontres du monde entier et donc donner son avis.

De fait, le moindre péquenaud se permet de dire que Messi n'est pas à la hauteur, alors qu'à l'époque seuls quelques privilégiés pouvaient voir jouer Maradona, Pelé ou Cruyff, souvent des journalistes. On les écoutait donc, et on fantasmait sur leurs exploits. C'est ce qui les rend légendaires dans l'imaginaire collectif.

Alors qu'en vrai, ils n'étaient pas bon tous les matchs, ils rataient des passes, des dribbles, des frappes... Je suis persuadé qu'aujourd'hui Maradona aurait autant de détracteurs que Ronaldo, voire plus.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Et t'as absolument raison.

La vérité, c'est que tout est médiocre.

Tout est médiocre jusqu'à ce que tu décides que cela fasse sens.

Et alors tout devient adorable. Ramasser les crottes de ton chat dans sa litière ou considérer la trajectoire du Pibe.

La force de sublimation est dans ton regard, en toi. Il faudrait écrire une généalogie de l'oeil.

C'est ça qu'il ne faut - à aucun prix ! - surtout jamais perdre.

Notre faculté d'émerveillement.

Et crois-moi, elle fait le tri entre mensonges et vérité, bien mieux que le tamis de l'intellect.
1 réponse à ce commentaire.
Sur la vidéo, cette action à 3'49''... j'adore!
et j'avais oublié à quel point il "mangeait" niveau tacles... ça a bien changé, heureusement, les créateurs sont quand même mieux protégés!
Je me souviens d'une vidéo en langue anglaise du fameux Brésil-Argentine de 1990.
En gros les commentaires donnaient :
"Et encore une faute sur Maradona...
- Je ne sais même plus combien il en a subi ce soir.
- J'avais déjà arrêté de compter !"
1 réponse à ce commentaire.
zinczinc78 Niveau : CFA
Vraiment un joueur "Youtube" ce Maradona..
1 réponse à ce commentaire.
Juge du canapé Niveau : Loisir
Ben oui on a oublié.
Il est tellement sous médiatisé aussi...
crabunjourcrabtoujours Niveau : National
Note : 2
Non mais c'est quoi ton problème mec ??
Tu viens là, cracher ton putain de venin, t'as même pas lu le sublime article de Markus, tu donnes des leçons du "Footballeur modèle".

Putain mais casse toi et vas regarder du rugby !

Maradona c'est LE foot, ce que c'est vraiment que LE foot ! Le foot populaire, indécent, improbable, grisant et tous ce qu'il y a de plus majestueux.

Mais va parler transferts, stats, ballon d'or ailleurs et nous fait pas chier sur un article aussi beau sur un joueur qui, que tu le veuille ou non, à marqué le foot et représente le foot plus que quiconque, pour le meilleur et souvent pour le pire.
1 réponse à ce commentaire.
Méléagant Niveau : DHR
Bravo Markus pour cet article, et spécialement pour cette dernière phrase.

A propos, je remarque qu'on ne voit quasiment plus de ralentis de dribbles à la tv (depuis la retraite de Zidane?).
DoucementAvecLaCristaline Niveau : National
Pour en revenir à cette histoire d'héritier...
Messi était parfait, physiquement et footballistiquement je pense qu'on aura du mal a se rapprocher encore plus du Dieguito !
Mais coupe du monde gagné tout seul ou pas, m'est avis que cette quêtes des héritiers (nouveaux Marado, Pelé ou Zidane...) n'a pas lieu d'être. La légende d'un footballeur réside aussi dans sa personnalité, et quand bien même on pourrait assimiler Messi et Maradona sur le plan du foot, c'est impossible sur le plan humain.
Conclusion : stop avec ces héritiers. Il n'y a qu'une succession de joueurs légendaires tous plus uniques les uns que les autres, et bien que les anciens aient forcément influencés les nouvelles générations, l'héritier parfait n'existera jamais !
Chardee Macdennis Niveau : DHR
Quelqu'un peut me rappeler le top 5 "monde" qu'avait fait SoFoot? merci
el.maestro Niveau : CFA
Maradona, Ronaldo, Cruijff, Platini et Socrates de mémoire
Socrates, toujours bien placé !
2 réponses à ce commentaire.
Tous les gens qui ont été contemporains des deux placent pelé largement au dessus.
Et la verticalité sans égale de Diego qui se termine par cette passe lazer à 1:45.

Et dire qu'on est dans les années 1980...
Ce commentaire a été modifié.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Note : 1
Message personnel pour Dip, Alegria, ajde59, Algiers, FredAstaire, Pelusa, aerton, ZizouGabor et sans doute d'autres que j'oublie (dont Penarol mi amor, je ne désespère pas) : SVP revenez sur les coms de ces articles demain !

J'ai beaucoup de boulot ce soir donc je risque de ne pas avoir le temps mais j'ai commencé à préparer un petit topo sur les grands absents de ce top sud-américain (que je ne pourrai sans doute poster que demain)... Et j'aimerais beaucoup ouvrir ainsi le débat, que l'on puisse chacun évoquer les oublis les plus regrettables, partager nos anecdotes et souvenirs, etc... Ce serait une forme de point final, une belle manière de conclure en beauté ces trois semaines !

Pour teaser un peu, il sera question (entre autres) :
- des Argentins Caniggia, Corbatta, Houseman, Carrizo, Nestor Rossi, Bertoni, Perfumo, Loustau, Valdano, Ayala, Mascherano...
- des Brésiliens Junior, Careca, Amarildo, Toninho Cerezo, Zito, Altafini, Eder, Pepe, Clodoaldo, Aldair, Evaristo...
- des Uruguayens Pedro Rocha, Oscar Miguez, Santamaria, Roque Maspoli, Fernando Morena, Ruben Sosa, Bengoechea, Alzamendi...
- des Péruviens Cesar Cueto, Teodoro Fernandez, Roberto Chale, Juan Joya, Valeriano Lopez...
- des Colombiens Andres Escobar, de Avila, Aristizabal, Ivan Cordoba...
- des Chiliens Alexis Sanchez, Eladio Rojas, Aranguiz, David Pizarro...
- des Paraguayens Julio Cesar Romero, Gamarra, Cabañas...
- du Vénézuélien Juan Arango...
Et bien d'autres encore (il faut garder un minimum de surprise et mystère) !

A la base, je m'étais fixé pour objectif d'écrire quelques lignes sur chacun d'entre eux, expliquant notamment pourquoi ils auraient pu figurer dans ce top (même si tous n'auraient pas pu être cités évidemment, faute de place). J'ai commencé à m'y atteler mais je suis vraiment pas sûr de pouvoir le faire pour tous d'ici demain car mine de rien, ça prend un temps fou !

On verra bien demain mais ce serait vraiment sympa qu'on soit un certain nombre à y participer...
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Cool ! Ce sera plutôt en fin de journée car je suis parti pour bosser une partie de la nuit donc sans doute réveil un peu tard...
Buona notte !
Je serai au boulot dans la nuit de samedi à dimanche, j'espère avoir un peu le temps de lire tout ça !
Ce commentaire a été modifié.
Fred Astaire Niveau : Ligue 2
Alain, les 35 heures, tu connais pas trop?
Joli casting (joueurs & membres SF), on risque de se régaler.
Il reste des places au premier rang ? On peut boire et grignoter dans la salle ?
5 réponses à ce commentaire.
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