1. // Euro 2012 – Allemagne / Grèce (4-2)

On a maté un match avec le Odlew Poznan

On se devait de les rencontrer le soir où les nullos mais combattifs Grecs affrontaient l’Allemagne. Eux, ce sont les mecs du Odlew Poznań, la pire équipe du Pologne. Et fière de l’être.

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Vendredi soir, à Gdańsk, la Grèce, cancre de la zone Euro, avait rendez-vous avec l’Allemagne, le premier de la classe. Angela et son camaïeu de sapes kakis étaient bien dans les parages. Pas question de corridor cette fois-ci ou de table de négociations pour un énième plan de rigueur. Pour la première fois depuis trois ans, les Grecs pouvaient nourrir un espoir – très mince, certes - de sortir vivants de cette confrontation gréco-allemande. Car il s’agissait bien de football.

Ce même vendredi, à la même heure, à Poznań, Jan Andrzejewski est tranquillement installé en terrasse, garantie sans Luyat et Golovin. Jan soutient la Grèce : « L’Allemagne, pour moi, c’est une sorte de Real Madrid, trop de fric, trop de professionnalisme, trop carré tout ça.  » Il se sent surtout proche du cancre grec car, chaque dimanche, lui aussi enfile le bonnet d’âne. Jan porte en effet les couleurs du Odlew Poznań, un club qui revendique son statut de plus mauvaise équipe de Pologne, et reste au passage le meilleur buteur de csc de la Ligue : «  J’en suis à quatre, mais franchement, je ne fais pas exprès. » Il y a dix ans, une poignée de journalistes locaux décident de monter une nouvelle équipe à Poznań, bien loin des standards du Warta ou du Lech. «  Aujourd’hui, il y a plus de gens "normaux" dans l’équipe. On peut y trouver un policier, un clerc de justice, comme moi, ou un chauffeur de taxi. Là, nous sommes en 8e division polonaise. On ne peut pas être plus bas  » , sourit Jan. La discussion s’arrête. Philip Lahm vient de trouer la lucarne gauche de Sifakis. Jan fait la grimace, mais applaudit, timidement, le geste du capitaine allemand. Et il poursuit : « Notre première année a été terrible. On pensait qu’en 8e division, on pouvait bien figurer, même sans s’entraîner. Mais non. Notre meilleur résultat, ça a été un match nul. En moyenne, on perdait 6-0, avec comme plus grosse trempe un 14-0. » Depuis, les branques ont progressé, un peu, pour devenir une équipe du ventre mou de la dernière division polak. De quoi espérer une prochaine montée ? « Je n’y crois pas une seconde, vu comment on joue » , coupe-t-il de suite.

«  Malte, ils sont trop forts »

Pourtant, la petite bande de Poznań a un objectif, utopique certes : jouer les compétitions européennes, non par le jeu des promotions en championnat donc, mais par le biais de la Coupe de Pologne. « C’est le plus court chemin pour y arriver. Bon… pour l’instant, on reste toujours bloqués au 2e tour, donc c’est plutôt compliqué. Mais qui sait, cette compétition est ouverte à tous les clubs. Et s’il y a bien un sport où il peut y avoir des surprises, c’est en football  » , prophétise Jan, dont le débit de paroles se réduit instantanément. Sur l’écran plat, la Grèce lance une contre-attaque et Samaras, le Lorenzo Lamas grec, se jette devant Neuer pour égaliser. Les yeux de Jan jubilent : «  Tu vois, tout est possible, même si les Grecs sont plutôt mauvais.  » L’Europe, le Odlew Poznań l’a en fait déjà touchée du bout des pieds. Pour son neuvième anniversaire, la bande a envoyé une lettre à la Fédération de Saint-Marin, afin d’organiser une rencontre officielle. «  À notre grande surprise, ils ont répondu favorablement et on s’est tous retrouvés à Saint-Marin, en contrebas du château de Domagnano. Sous la direction d’un arbitre FIFA, on a joué contre le SP Domagnano, qui a tout de même gagné deux fois le championnat et a disputé la coupe UEFA. Ça reste à ce jour mon plus beau souvenir » , raconte Jan. Malgré une nouvelle défaite – « juste 1-0, on s’est loupés sur nos 5 ou 6 occasions franches  » -, les nuls de Poznań veulent renouveler l’expérience avec de nouvelles cibles : « On pense au Liechtenstein, aux Iles Féroé ou à l’Andorre. » Malte ? «  Non, ils sont vraiment trop forts  » , expertise notre arrière gauche. Comme un écho à la conversation, l’Allemagne reprend les rênes du quart de finale grâce à Khedira et Klose. Trop forts pour les Grecs. Encore.

Leur histoire ne passe en tout cas pas inaperçue au pays. Très populaires à Poznań, ils ont déjà eu droit à des mots doux de l’ancien sélectionneur polonais, Smuda, ou encore à l’hommage de Katarzyna Skowronska, petit cœur de l’équipe nationale de volley polonaise (plus de 200 capes), qui a posé en 2009 avec deux trophées gagnés avec son club (Scavolini Pesaro, doublé coupe-championnat) tout en portant le T-shirt du Odlew Poznań. « On a un médecin dans notre équipe qui était en contact avec elle lorsqu’elle a connu quelques blessures. Et elle a sans doute apprécié notre histoire » , explique fièrement Jan. C’est en effet une certaine idée du football qu’ils essaient de véhiculer. Ce qu’ils appellent le « football pur » . Sans chichi, sans simulation, sans plongeon, mais avec les mêmes émotions et avec de nombreux faits d’armes pour asseoir leur réputation d’équipe unique. «  La saison dernière, on prend un but sur coup franc indirect, mais l’arbitre annule tout, car personne n’avait touché le ballon. À la mi-temps, notre goal avait quelques remords parce qu’il l’avait bien touché. Alors on a fait un vote avant de reprendre la partie et on a décidé de se mettre le ballon dans notre but à la reprise, histoire de remettre un peu de justice dans tout ça  » , raconte Jan, habitué des tribunaux. Une feuille de match erronée ? La bande envoie une requête à la Fédération pour qu’elle ajoute un but supplémentaire à leurs adversaires. « On avait perdu 13-0 et non 12-0  » , justifie l’honnête Jan. En fait, seule une équipe de reporters TV a essayé d’égratigner la bande d’utopistes, au cours de leur deuxième année d’existence. Les deux plus mauvaises équipes de la division se rencontrent dans un match au « sommet » . Au bout d’un quart d’heure de jeu, le portier du Odlew se pète la jambe sur un contact avec l’attaquant d’en face. La magie de la télévision opère : « Les types de la télé étaient tellement choqués qu’ils ont quitté la rencontre pour faire un reportage sur… la dangerosité des plus petites divisions polonaises, en y ajoutant un bonus sur les soins en ambulance  » , se rappelle encore effaré Jan.

L’Allemagne a pendant ce temps-là eu le temps d’enfiler un quatrième cuir dans la cage grecque alors que Salpingidis, sur péno, atténue quelque peu l’ampleur du score à la 89e et devant ses supporters. Cadeau, mais défaite 4-2. Jan s’en doutait, mais n’est pas déçu : «  Honnêtement, c’est pas si mal que ça. Pendant la phase de groupes, les Grecs étaient vraiment faiblards, mais là, ils ont tout donné, je les ai même vus plus offensifs que lors des matches précédents. Ouais, c’est une belle défaite. » Paroles d’expert.

À visiter : http://www.odlew.poznan.pl/

Par Ronan Boscher, à Poznań
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