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On a maté Italie-Espagne à Rome

Pour le boss de fin, la ville de Rome avait installé un écran géant au Circo Massimo. De quoi accueillir plus de 100 000 tifosi. On y était.

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Les faubourgs de la ville semblaient plongés dans une profonde torpeur. Il faisait très chaud, les volets étaient fermés. Puis, dans une rue comme une autre de la banlieue sud, peu après 17h, une bombe agricole a explosé. La détonation n’a peu le temps de résonner : « Allez les Bleus, bordel ! » C’était comme le signal du départ. Peu à peu, les grands axes reliant la périphérie au centre se sont noircis de voitures. À chaque voiture ou presque, un drapeau italien. À chaque feu rouge ou presque, des klaxons d’encouragements. Rome ressemblait alors à une bouteille de Prosecco dont on avait retenu le bouchon de sauter pendant trop longtemps.

Aux alentours du Circo Massimo, vers 18h, il y a déjà beaucoup de monde. Le Circo Massimo – Circus Maximus, en français - est un immense terrain vide qui accueillait autrefois les courses de chars. C’est là que se célèbrent les victoires : de la Roma, de la Lazio, de la Nazionale. La ville a placé plusieurs écrans géants pour accueillir les supporters. Et l’ambiance est chaude, chaude, chaude. À plus de deux heures du coup d’envoi, ils sont déjà plusieurs dizaines de milliers à transpirer, à manger et à boire. Certains agitent des drapeaux, d’autres allument des fumigènes. L’hymne est repris par toute la foule, qui y croit fort. Seul Mario Monti, le président du Conseil, dont l’image apparaît à l’écran, est copieusement sifflé. Le reste, tout le reste, n’est que hourras. Pour les joueurs italiens qui se placent sur le terrain, pour Andrea Pirlo, pour Mario Balotelli, pour Gianluigi Buffon, pour Daniele De Rossi, pour Cesare Prandelli.

Et puis ? Et puis, le vide. L’Espagne étouffe les velléités des plus fervents et rend l’endroit étrangement calme et silencieux. Un but, deux buts, trois buts, quatre buts. L’aventure s’arrête ici. « J’aurais dû continuer à insulter Balotelli comme d’habitude, j’ai cru en lui, mais ça marche pas, ce type a besoin d’être insulté pour être bon, si tout le monde se met à l’aduler, il s’arrête » , commente un type à la vingtaine. Les dix dernières minutes ressemblent à un baroud d’honneur pour la très grosse centaine de milliers de personnes présentes. « On va pas ramener nos pétards chez nous, on aurait l’air bête » , explique un type rasé à son pote. Va pour tout faire péter et pour foutre le feu une dernière fois aux places italiennes dont la Nazionale a tant parlé en se réjouissant qu’elles se remplissent match après match.


Il y eut donc dix dernières minutes émouvantes. Des fumigènes, des drapeaux et des booms, par-ci, par-là. À peine le coup de sifflet final, les écrans géants se sont éteints. Il faisait noir, et l’on n'entendait plus que le son des commentateurs et des amoureux déçus. « Le pays ne va pas sortir demain de la crise, on n’a même plus le football pour prendre une grosse bouffée d’air, commente, dépité, un vieux monsieur. Dis, tu m’entends quand je te parle ? » Las. La personne à laquelle le vieux monsieur s’adresse sert dans ses poings un drapeau de l’Italie et pleure. L'ancien hippodrome s'est vidé en un rien de temps.

Par Lucas Duvernet-Coppola, à Rome
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