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« On a déjà bien comblé le retard »

Pierre Barrieu est l'entraîneur adjoint de Bob Bradley, le sélectionneur des USA. L'occasion de causer un peu sur la progression des Boyz américains.

Quand on est un Français inconnu dans son pays, comment se retrouve-t-on dans le staff des États-Unis pour une Coupe du monde ?


J'ai quitté la France en 1998. Que la France soit championne du monde à ce moment-là, ça n'a pas dû faire de mal. A l'époque, le diplôme de préparateur physique n'existait pas chez nous. Je me suis vite retrouvé dans une fac, et on a enchaîné quelques performances. L'entraîneur de l'équipe était aussi celui des -18 américains, c'est comme ça que j'ai intégré le staff. Je suis avec les “grands” depuis 2001, ce qui fait que c'est mon troisième Mondial. Aujourd'hui, je suis entraîneur adjoint, et j'ai deux personnes qui travaillent pour moi sur la préparation physique. Chez eux, c'est beaucoup plus ouvert qu'en France. Ils m'ont dit « Montre-nous ce que tu sais faire » . C'est ce que j'ai fait.

A quoi ressemble un joueur américain typique ?


Leur grande qualité, c'est l'esprit d'équipe. Au niveau mental, ils ne lâchent jamais rien. Ils sont éduqués, bien élevés, ont la tête sur les épaules. Bien sûr, ils ne sont pas plus doués que les Français, même s'il faut arrêter de dire que les Américains ont les pieds carrés. Mais ils ne rechignent pas à la tâche. Je peux leur faire faire des trucs qu'il serait difficile à faire passer chez d'autres. Après, l'organisation est bien structurée. On connaît aussi nos limites. On n'a pas 23 joueurs de niveau mondial. Mais une bonne réserve de 17 ou 18 joueurs.

Est-ce que les Américains font un complexe au niveau du foot ?


Ce n'est pas un complexe. C'est un manque d'expérience. Si on pouvait jouer une Coupe du Monde tous les deux ans, ce serait pas mal. Il faut rattraper 150 ans d'histoire. N'oubliez pas que les USA ne se sont pas qualifiés au Mondial de 1950 à 1990. Il n'y avait aucun avenir pour les joueurs, pas de boulot. Aujourd'hui, il y a des stades flambant neufs, des contrats télé, une moyenne de 17.000 spectateurs par match. Quand on regarde où on en était il y a quinze ans, c'est hallucinant.

Est-ce inimaginable de voir les USA remporter prochainement un Mondial ?


Pour gagner une Coupe du Monde, ça peut prendre 50 ans, mais en quinze années, on a déjà bien comblé le retard. Aujourd'hui, quand une équipe sud-américaine nous joue, elle sait qu'elle va avoir du mal. Mais il faut aussi faire avec le système universitaire, qui ne changera jamais. Il faut faire avec 20 sports, alors il ne faut pas compter que ça disparaisse. Aujourd'hui, on n'a qu'un seul centre technique avec 70 joueurs. Il nous en faudrait 5 de plus, même si on ne peut appliquer le modèle français ici, vu la taille du pays. L'immigration latino? Ça peut être un atout. Mais ils s'identifient plus à leur pays d'origine.

C'est mieux payé de bosser avec les Américains ?


En France, le sport n°1, c'est le foot. Aux USA, vous savez bien que ce n'est pas le cas. Forcément, par déduction, vous pouvez imaginer ce que ça donne.

Propos recueillis Par Alexandre Gonzales & Javier Prieto Santos

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