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OM : droit au but et au flicage des médias ?

Depuis mercredi, le petit milieu du journalisme foot est entré en résistance. Pas pour exiger de travailler librement sur le dopage en L1 ou afin d'enquêter sur le fonctionnement de la DNCG. Non, c’est un petit texte sur l’accès aux installations et aux conférences de presse de l'OM qui a provoqué ce sursaut éthique.

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Le mail reçu par les confrères concernés ressemble presque à un canular. La réaction outrée de l'Union des journalistes de sport en France, vent debout contre cette attaque frontale de la liberté de la presse, y perd d'ailleurs un peu de sa splendeur : « Les clubs ne disposent pas plus d’un quelconque droit de propriété intellectuelle sur ses entraînements et conférences de presse. » Cela ressemble au passage à un communiqué d'ultras en colère. Qui ne serait pas d'accord ? Tout du moins à considérer qu'à l'instar de n'importe quelle dimension de la vie sociale, un entraînement ne relève pas du respect de la vie privé, et qu'une conférence de presse a pour vocation explicite de servir d'interface avec les médias.

Le texte est disponible ici

Dans un premier temps donc, c'est davantage l'envie de sourire que l'indignation politique qui l'emporte. D'abord parce qu'on se demande vraiment ce que va perdre le traitement de l'actualité, y compris de l'OM, à ne pouvoir suivre en continu (excusez, en livetweet) et en intégralité des exercices de style aussi soporifiques, de plus en plus calibrés et maîtrisés. Les détails techniques, par exemple l'usage exclusif des fichiers Word ou l'interdiction des réseaux sociaux, donnent l'impression d'un règlement tapé par un vétéran du minitel. Imagine-t-on sérieusement des vigiles ou des gros bras passer derrière le dos transpirant des heureux élus pour vérifier s'ils ne sont pas en train de vanner Élie Baup en moins de 140 signes. Au mieux, Twitter y gagnerait un peu en épure, si on étendait cette mesure à l'ensemble de la L1.

«  En substance, l’OM se réserve le droit d’interdire l’accès aux conférences de presse à certains journalistes. »

Le syndicat y perçoit à juste titre une volonté de museler une presse soupçonnée de mauvais esprit et surtout de voler la vedette aux médias du cru. Ce moment de proximité entre journalistes et staff ou joueur basculerait trop facilement dans la promiscuité, avec le risque de voir la boutique se transformer en café philosophique. Pas de politique dans un salon de coiffure, pas de journalisme à la Commanderie.

« Les entretiens en tête à tête avec un joueur, accordés par le club à un journaliste, se feront en présence d’un responsable de la communication de l’OM, qui pourra mettre un terme à l’entretien si ce dernier ne correspond pas au thème défini préalablement. »

Voici posé noir sur blanc le rêve éveillé de tous les agents/attachés de presse du pays et le cauchemar vivant de nombreux camarades du web ou du print. On peut comprendre le choc dans la profession. Certaines vérités sont plus dures à entendre qu'à vivre. Car au-delà de ces petites claques vexatoires dans l'orgueil des vilains scribouillards, le plus passionnant demeure le souci premier de tout ce délire : la volonté du club de confier l'exclusivité de ces « espaces de communication » aux médias maison (OM TV et Om.net). On doute légitimement que leur contenu éditorial y gagne beaucoup en intérêt. C'est offrir accessoirement à peu de frais le frisson « Albert Londres » aux journalistes récalcitrants, l'occasion d'insuffler un petit sentiment de fierté professionnelle à une catégorie – les journalistes sportifs – qui, à l'instar des profs d'EPS face à leurs confrères de littérature ou d'histoire, cultivent un vague sentiment d'infériorité et de non-reconnaissance. Médiapart n'a qu'à bien se tenir, on veut nous faire taire !

Imaginer un autre journalisme

Ne nous méprenons pas. Nous ne sommes donc pas face à une quelconque tentative de censure politique (ou la transparence y gagne en matière de couverture médiatique pour y perdre en décryptage) ou de dissimulation de secrets inavouables. L'OM veut avoir la maîtrise de son image. Et surtout capter davantage les flux financiers qui peuvent s'y engouffrer. Dans l'esprit de cette déclaration de guerre, la presse, les sites et blogs « vivent » de l'intérêt que produit le foot sans lui payer – sauf Canal plus, comme l'a fait remarquer Omreplay – leur écot. Ce qui est produit comme message par la #teamOm ne relève pas de l'information, mais du business. C'est un copyright, un droit d'auteur.

Pendant longtemps, le foot français a tout fait pour que journaux et télés parlent le plus possible de lui. Ensuite, il s'est battu pour vendre au meilleur prix son spectacle. Aujourd'hui, tandis que toutes ces sources de revenus semblent se tarir, il s'impose de se réapproprier l'outil de production. D'un bon sentiment fraternel et progressiste, nous serions tentés de nous jeter dans la bataille. Pourtant, plutôt que de se battre pour des strapontins devant un micro et son mur de sponsors, ne faudrait-il pas, à l'inverse, appeler à la seule vraie stratégie qui démontrerait l'existence d'un quatrième pouvoir dans le petit monde du ballon rond : le boycott. La Commanderie si chèrement et récemment acquise par le club en deviendrait un vaisseau fantôme et le vrai travail d'investigation sur le foot pourrait s'écrire là où il se compte vraiment : sur le terrain, dans les tribunes et dans les comptes en banque des propriétaires.

Par Nicolas Kssis- Martov
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Vu la qualité des questions posées par les journalistes, on ne va pas rater grand chose.
J'aime bien la solution de fin d'article : le boycott.
Que les journalistes sportifs aillent moins à la pêche aux infos "instantanées" ne serait pas une mauvaise idée, ça permettrait de mieux bosser les contenus
Merci pour ce billet d'humeur très sympathique M. NKM !
C'est moi ou cet article est rédigé dans un langage "très" soutenu ?
Je dis pas que les autres rédacteurs sont simplet mais on était pas habitué à ça.

PS : à l'heure où j'écris, le lien vers le pdf ne fonctionne pas.
Note : 2
D'accord avec les deux premiers commentaires, ça évitera de poser des questions vides de sens et complètement inutiles.
"Le texte est disponible ici" : 404 not found. On est d'accord, on touche à la liberté de la presse.
Salauds* vous voulez empêcher Canuti de faire son travail!
Nanard arrivera bien un jour, ce sera le retour de la kermesse.
Leur politique avec les entretiens individuels des joueurs dénote pourtant une tentative de museler l'information au sein du club. Donc de censurer.
Je comprends pas ce qu'ils cherchent et ils le méritent le boycott.

Pour ce qui est de journalistes; il faudrait dans ce pays qu'on arrête de généraliser sur toute la profession; dans le sport comme en politique.
Pas mal ce billet, et les commentaires ... finalement, je suis moins excédé par cette décision du club.
Message posté par moulfe
C'est moi ou cet article est rédigé dans un langage "très" soutenu ?
Je dis pas que les autres rédacteurs sont simplet mais on était pas habitué à ça.

PS : à l'heure où j'écris, le lien vers le pdf ne fonctionne pas.


Je suis d'accord avec toi pour le niveau de langage, ce qui n'est pas très cool pour les lecteurs marseillais..
Karl Socrates Niveau : Ligue 2
Je suis souvent d'accord avec NKM. Mais là j'ai du mal à adhérer à ce texte.
Ok les restrictions imposées par le club phocéen vont particulièrement toucher les journalistes du groupe L'Equipe/France Football adepte du sensationnalisme, du tweet et de la phrase off plutôt que ceux qui font du travail de fond, d'investigation.
Il n'empêche que la restriction du droit à l'information (quelle que soit sa forme) est condamnable surtout quand on la remplace par une exclusivité des médias liés au club. OM TV ne doit pas devenir La Pravda.
Le boycott n'apporterait rien à la presse et servirait la stratégie du club: faire moins de bruit médiatique pour mettre moins de pression dans le vestiaire, "maîtriser" sa communication c'est à dire mentir, ne pas révéler toutes les vérités au détriment des supporters du club. Car ils sont là les vrais perdants.
Alors je veux bien comprendre qu'à So Foot les "prolétaires" u journalisme sportif on ait du mal à soutenir l'action de l'aristocratie du métier (les journalistes du groupe Amaury) par réflexe de caste sans aucun doute. Il n'empêche que, quel que soit la forme que l'on y donne le but du journalisme est de passer outre la communication officielle pour révéler des réalités cachés. Et l'OM veut l'empêcher.
Message posté par Fonstave


Je suis d'accord avec toi pour le niveau de langage, ce qui n'est pas très cool pour les lecteurs marseillais..


Elle était facile et gratuite celle là
Note : 2
Très bon article!
De toute façon, ces conférences de presse ne servent à rien à part dire :
"Les favoris c'est les autres"
"prendre les matchs les uns après les autres"
"à partir de là"
"Je veux pas jouer le vendredi"...
Message posté par Niko Pathe


Elle était facile et gratuite celle là


Ce n'est qu'une boutade rien de plus, j'ai moi meme un ami marseillais..
fernandollorientais Niveau : CFA
De toutes façons, le journalisme de critique et d'analyse se meurt, c'est évident. La toute puissance de l'argent fait proliférer les suces-bites. La conf de Falcao était juste affligeante. Comment peut-on prendre l'avion de Paris à Nice pour juste demander à Falcao "pourquoi on l'appelle le tigre?"...

A la TV, les mecs deviennent de plus en plus des VRP qui cherchent à vendre des abonnement en vanter leurs exclus... A la place de consultants avisés possédant une grande capacité critique, on ne voit que d'anciens joueurs (parfois sans aucune légitimité) à l'expression orale très laborieuse... C'est très pénible.

Ce qui est tout aussi pénible c'est ce sentiment de méfiance de la part des clubs. C'est aussi dû aux journalistes cherche-merde qui ne chassent que le buzz, quitte à inventer des énormités.

Bref, milieu moisi, au net de nous sortir de ce chaos, pas de nous y ancrer..
Stan Key Lubric Niveau : CFA
Qui a dit que c'était une mauvaise nouvelle? Ca va manquer à quelqu'un de ne plus entendre la voix monotone de Baup qui explique que le ciel est bleu tout en donnant l"impression d'être né et d'avoir été élevé dans une cave sans lumière?

Je critique souvent les journalistes, mais faut leur reconnaitre un truc: Se farcir les conf de presse de Baup, ou de Laurent Blanc, c'est vraiment pas un cadeau. Non seulement c'est chiant à mourir, quelle que soit la question posée, mais en plus il faut tout réécrire en rentrant à la rédaction parce que les mecs sont pas foutus de parler français.

Pour un médias TV, il faut passer deux heures en salle de montage pour couper tous les blancs entre un pronom et un verbe, tous les heuuu qui durent 3min...
Il suffit de lire l'equipe ou encore le Parisien pour comprendre cette décision...@fernandollorientais a quasiment tout dit, c'est la couse au buzz, aux tweets, au titre le plus ravageur. En gros peu importe le contenue ou le compte rendue, tant que ca fait vendre ou cliquer...
Aprés je ne sais pas comment ça se passe pour la Provence ou la Montagne mais j'ai bien l'impression que So Foot reste un des derniers médias "foot" a peu prés objectif...A peu prés hein...
"D'abord parce qu'on se demande vraiment ce que va perdre le traitement de l'actualité, y compris de l'OM, à ne pouvoir suivre en continu (excusez, en livetweet) et en intégralité des exercices de style aussi soporifiques, de plus en plus calibrés et maîtrisés."

Pourquoi vous nous emmerdez* avec ça alors ? C'est parce que ça fait un déplacement en moins dans le sud ?
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