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«Si il n’y avait pas eu le football, je crois qu’on serait encore tous vierges» Claudio "el Turco" García

Old School, Old Scholes

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29 mars 2007
Revenu au sommet après une longue absence, la faute à une vilaine blessure à l’oeil, Paul Scholes est aujourd’hui l’un des tauliers de Man U ainsi que le grand dépositaire de la pérennité de l’esprit Red Devil. Aussi reservé dans la vie qu’inspiré sur le pré, Ginger Paul restera assurément l’un des joueurs majeurs de la dernière décennie...

Mauvais présage de plus. A force d’encenser les individualités plutôt que les équipes, les trophées individuels seront vite plus importants que les titres. En Angleterre, on frôle déjà l’overdose : Didier Drogba ou Cristiano Ronaldo ? La fulgurance du mancunien ou l’efficacité du Londonien ? Qui remportera le titre de meilleur joueur du championnat anglais ? Les tabloïds de l’île aiment ce duel, vendeur et serré, plus encore que la course au titre entre les hommes de Ferguson et ceux de Mourinho. Alors, l’ailier ou le buteur ? Dans cet empressement marketing, peut-être oublie-t-on un peu vite le troisième homme. Le Bayrou de Premier League. Récemment, Fabregas, le milieu de terrain d’Arsenal, avait pourtant dit les choses sans détour : « Pour moi, le meilleur c’est Scholes. Lui il sait tout faire, passer, marquer, travailler. Il est au sommet depuis des années. J’espère un jour arriver à son niveau, mais ce ne sera pas facile. » Scholes meilleur joueur du Royaume ? Après six mois d’arrêt la saison passée, en raison d’un problème à l’œil, son retour ressemble en tout cas à une résurrection. Depuis le début de saison, aux côtés de Carrick, le rouquin tire les ficelles, passe et fait la décision. Il a redonné à MU l’équilibre perdu. Ferguson : « C’est fabuleux d’avoir Paul dans l’équipe. Il est frais, libéré, il semble aimer son métier plus encore qu’avant. C’est notre meilleure recrue de la saison. C’est lui qui fait fonctionner l’équipe. Il est capable de jouer long, court, de dribbler, de frapper de loin... Paul a toujours eu ces deux qualités rarement compatibles : le cerveau et la classe. »

Un petit gars persécuté Rien n’a donc vraiment changé. Pour Gary, Scholes a toujours été le « meilleur finisseur » du club. Pour Giggs, le « meilleur passeur. » Pour John Duncan, professeur à la Cardinal Langley School et premier entraîneur du rouquin, il a toujours été « le petit gars que les adversaires persécutaient en permanence sur le terrain. » « On faisait la queue pour le cogner, se souvient le prof. La plupart du temps, Paul parvenait à éviter les coups et les rares fois où des gamins l’attrapaient, il se relevait sans rien dire et allait se replacer en courant. Il n’y avait jamais d’esclandre avec lui. Je n’y connaissais pas grand chose en football, entraîner l’équipe faisait partie de mon job de professeur, mais je voyais bien que la balle restait collée à ses pieds alors qu’elle fuyait les autres élèves. La seule consigne que je donnais aux autres garçons était donc de lui passer le ballon... » Voilà, le tableau : un joueur décisif, essentiel, reconnu par ses pairs comme l’un des plus doués. Sauf que l’intéressé n’aime pas ce genre d’unanimité élogieuse. Sur sa saison, il dit : « Je suis entouré de joueurs magnifiques, Giggs, Saha, Rooney, Ronaldo et tous les autres. C’est facile de jouer avec des gars de ce niveau. Tout se passe bien pour moi, mais je ne pense pas que je sois revenu à mon meilleur niveau. Je ne marque pas encore assez, je ne suis pas assez décisif pour le moment. » Sur sa carrière, Scholes explique modestement : « J’ai toujours essayé de faire mon boulot le mieux possible. Le foot est ma passion depuis que je suis tout petit, je n’aime que ça. Manchester United est mon club et avoir fait toute ma carrière ici est incroyable. Quand j’ai intégré l’équipe première, en 1995, les anciens m’ont aidé, ils m’ont guidé. Maintenant, c’est à moi de faire la même chose avec les jeunes du club. »

Cantona récompense sa discrétion Scholes ne vend rien, et surtout pas lui même. Le Mancunien n’a ni agent (« Pour quoi faire ? »), ni contrat publicitaire (« J’ai des propositions, ça ne m’intéresse pas »), car la défense de ses intérêts financiers n’a jamais été une priorité. Un souvenir, au passage : 1995, une prime de 1 100 € est versée à chaque joueur de Manchester United sur les bénéfices d’une vidéo promotionnelle. Les stars de l’équipe proposent alors de tout mettre dans un pot pour tirer au sort un seul vainqueur. Les gamins de l’effectif, moins fortunés, refusent et récupèrent leur argent. Mais, Scholes, trop timide, n’ose prendre la parole et son argent. Le tirage a bien lieu : Cantona est tiré au sort et Scholes voit un tiers de son salaire mensuel disparaître. Grand seigneur, le Français récompensera heureusement la discrétion du rouquin en lui rendant sa part. « Je connais Paul depuis une quinzaine d’années, raconte Gary Neville, il a toujours été extrêmement discret et réservé. » « Être une personne publique est un vrai problème pour moi, confirme l’intéressé. Je déteste parler de moi, c’est mon pire cauchemar... » En octobre dernier, Scholes fit pourtant la Une des journaux. « Sale pédé » venait-il – apparemment – de lancer à l’arbitre d’un match contre Benfica, en Ligue des Champions. Plusieurs associations de lutte contre l’homophobie se manifestèrent, bruyamment même. Mais, faute de preuve, le dossier fut rapidement classé. L’affaire est entendue : Scholes n’est pas un homme de tabloïd. En 1996, déjà, les médias britons avaient dû ranger leurs gros titres. « La starlette de Manchester souffre d’une terrible forme d’asthme, il ne lui reste probablement que quelques matchs à vivre » annonçaient-ils pourtant, sûrs de leurs ventes. Onze ans plus tard, Paul Scholes est encore là et seul son jeu mérite que l’on fasse du bruit.

Par Jérome Bac

ENCADRÉ : Ginger Heroes

Parce qu’ils ne sentent pas tous mauvais, Top 5 des roux du foot britannique.

- Jimmy Johnstone (ondulés courts). Légende du Celtic Glasgow, il était de l’équipe qui remporta la coupe d’Europe en 1967, à Lisbonne, face à l’Inter. Doué et fier. Désormais chauve.
- Billy Bremner (frisés avec pattes). Petit, hargneux, le moteur du Leeds de Don Revie dans les années 70. Décédé en 1997. Sa statue trône devant Elland Road, en deuxième division.
- David Fairclough (crépus). Le supersub (super remplaçant) original. Avait quelques minutes par match pour marquer. Y parvenait souvent. Héros du Liverpool de Shankly, moins bon en consultant pour la BBC.
- Gordon Strachan (effilés et brillants). Ailier, vif, petit, con, n’arrêtait jamais, ne se taisait jamais. A tout gagné avec Aberdeen, Manchester United puis Leeds. Actuellement, entraîneur du Celtic.
- Ray Parlour (ondulés plats). Soldat d’Arsenal en retraite. A vécu l’avant Wenger, a survécu au Français : un exploit. Adepte des UV et des divorces.

Ce texte est une version réactualisée d’un portrait de Scholes paru dans SF n°21. Il vient en complément du dossier sur Manchester United du SF n°42, actuellement en kiosques.




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