OL/ASSE : Le Derby pour les nuls

Pour sa centième, le Derby se devait de proposer une affiche aux allures d'anthologie, avec un retour des Verts au sommet de la hype et des Gones perdus dans les affres du fond de classement. Mais au fait, c'est quoi un Derby ? Tentative d'explication en cinq règles aussi foutraques que discutables.

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- Règle n°1 – Un match de L1 comme les autres (1-1, 13 mars 2010)


OL-ASSE n'est pas un derby comme les autres. La preuve, il n'existe pas. Pas foutu d'être cité dans le Top 100 des derbys les plus remuants recensés un peu partout dans le monde par 11 Freunde en février dernier. Pire, négligé au profit d'un autre derby plus franche touche, ce LOSC-Lens qui sent bon la lutte des classes et l'américain sauce samouraï, le seul digne de faire une apparition loin des premiers du genre, Rangers-Celtic ou Boca-River.


Et en Ligue 1 ? Même une opposition étiquetée Classico ces dernières années entre le PSG et l'OM est parvenue à faire office de duel le plus hardcore de France. C'est dire si au-delà de l'A45, des pages Sports du Progrès et des souvenirs qu'on rameute sur les plateaux d'OLTV, le Derby n'est guère qu'une affaire qui ne regarde jamais que Lyonnais et Stéphanois.


Une sorte de rendez-vous qu'on prépare chaque année à coups de petites vannes vachardes et de cadeaux empoisonnés dans les familles d'entre Loire et Rhône, quand il n'est pas question de ressortir les éternels marronniers qui accompagnent la semaine précédant les intenses retrouvailles –ces papiers sur ces Lyonnais convertis à la fièvre verte sur la route de Geoffroy-Guichard, ces détours par le bistro du fils Revelli en Presqu'Ile ou ces passages même pas enfiévrés parmi les habitués du Derby, pile à la frontière entre les deux mondes, à Saint-Symphorien-sur-Coise.


Le Derby n'existe jamais autant qu'autour du terrain. Avant de redevenir les 90 minutes restantes un match de Ligue 1-1 comme les autres aux yeux du reste du monde pour peu qu'aucun des deux frères ennemis ne parvienne à secouer l'autre.



- Règle n°2 – Seuls contre tous (2-3, 3 octobre 2004)


Du temps où il clashait son monde depuis son micro d'OLTV, Lacombe a révolutionné le commentaire pour en faire une sorte de règlement de comptes permanent. Entre lui et les joueurs lyonnais d'abord, coupables de ne jamais appliquer les conseils qu'il pouvait leur prodiguer à la sortie de l'entraînement, une fois que Le Guen ou Houllier avait le dos tourné. Entre lui et l'arbitrage ensuite, moins pour quelques décisions vaguement contestables qu'au nom du simple délit de sale gueule. Entre lui et le reste du monde surtout qu'il soupçonne de préférer l'ASSE à l'OL.


Pour Lacombe et avec lui la cohorte des supporters lyonnais, un Derby se joue quelque part seul contre tous. Au point de prendre des allures de geste héroïque à psalmodier comme il se doit pour peu que la défaite qui se profile jusqu'à la 87ème minute se transforme en revanche à l'arrachée à la faveur d'un dernier but du Sid' : « Vous savez quoi ? Eh bien, les battre comme ça, à la 90ème minute, c'est encore meilleur ! » OL dirty bastard, forever.



- Règle n°3 – C'est pas le Derby qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le Derby (2-1, 7 juillet 1990)


N'importe quel politique vous le dira, serrer des pognes, c'est un métier. Du coup, ne pas en serrer certaines peut virer à la faute professionnelle, surtout s'il s'agit de celle de Parreira. Domenech aurait dû s'en souvenir, lui qui avait gagné ses galons de héros des Derbys, transformant une rencontre de pacotille avec les Verts, simple match de préparation sur la pelouse de Feurs, en petite légende. Il lui avait suffi pour ça de serrer la main d'un supporter descendu des tribunes pour tacler en plein match David Brockerts, joueur stéphanois, qui s'en allait marquer seul après avoir dribblé la défense lyonnaise.


Rien de plus logique quand on a passé ses années de joueur à occuper le rôle du salaud de service les soirs de Derby. Une moustache à la Charles Bronson, une réputation de découpeur et, histoire que la mise en scène soit parfaite, des tirs tendus à l'échauffement en direction du grillage séparant le kop stéphanois du terrain de Geffroy-Guichard. Nouvelle preuve s'il en fallait que le Ray' avait bien commencé le théâtre bien avant le football...



- Règle n°4 – Le Derby et rien d'autre (1-3, 3 mars 2007)


Il n'y a sans doute qu'une chose que redoutent les deux camps après toutes ces années : que le Derby n'ait pas vraiment lieu à cause de la domination trop outrageuse d'une des deux équipes, pas seulement sur l'autre, mais sur son époque.


Traumatisme vécu en leur temps par les Lyonnais séchés en un aller-retour en presque deux sets gagnants par les Stéph' lors de la saison 1969-1970 (1-7, 6-0). Avant que les Verts n'y aient droit à leur tour en 2004 quand les Lyonnais avaient transformé le Derby en fête à neuneu, tout en maquillage et cotillons, profitant de l'occasion pour fêter leur tout nouveau titre de champion remporté la journée précédente.


Tous les spécialistes régulièrement convoqués, de Di Nallo aux frères Revelli, vous le diront : pour avoir lieu, le Derby doit rester une affaire sérieuse. Un match âpre qui se termine sur un score étriqué de préférence. Ou, lorsqu'un des deux clubs est suffisamment supérieur à l'autre, un rendez-vous qu'on ne peut prendre pas à la légère. Quitte à y laisser une partie de sa saison et quelques illusions au passage, à l'image de Tiago en 2007 envoyé sur la pelouse de Geoffroy-Guichard les lombaires en vrac. Résultat, quelques jours plus tard, le divin Portugais doit laisser filer le huitième retour face à la Roma (0-2) et l'OL remettre à plus tard ses rêves de conquête en Ligue des Champions menée jusque-là dans la peau du Dark Horse –ce favori sorti de nulle part. Pas grave, l'important était bien de grincer une dernière fois de l'épine dorsale en envoyant au milieu des lacrymos de GG un lob à la hauteur de ce match pour donner à ce Derby des allures de match pour l'éternité.



- Règle n°5 – La question de l'âme des supporters (samedi 25 septembre 2010)


Pour sa centième, le Derby fait ressurgir une drôle de question : le supporter lyonnais a-t-il (encore) une âme ? A la différence des Stéphanois dont la ferveur ne peut être remise en cause, certains supporters lyonnais en sont venus à demander à leur équipe de se prendre une raclée contre leurs meilleurs ennemis ce soir à Gerland.


Une réclamation qui en dit long sur les vraies motivations qui animent Gerland depuis quelques saisons. Où il n'est plus franchement question de supporter son équipe comme on peut le faire à Saint-Étienne, envers et contre tout, mais de venir voir du beau jeu. Au comble de l'exaspération après deux saisons sans titre et face à ce 4-3-3 qui n'a plus rien à voir avec les arabesques d'antan, certains supporters lyonnais en sont donc arrivés à vouloir sacrifier ce qu'il reste du Derby dans l'espoir d'en finir avec Claude Puel.


A moins d'y voir en creux un expédient plus inavouable face à cette sourde crainte qui s'empare de celui qui a choisi de supporter l'insupportable club lyonnais pour le restant de ses jours : que l'ordre naturel des choses reprenne ses droits et que Lyon redevienne pour la saison qui vient la banlieue de Saint-Étienne.

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