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Okay Monday : « C'était dégueulasse, ce but de Kostadinov »

Militant pour la sélection de Florent Balmont en équipe de France, autant dire que les Lillois de Okay Monday sont des fans hardcore des Dogues. Enfin, surtout Jean, le clavier. Aurélien, le chanteur, lui, est « lensois de formation  » . Un beau derby en perspective, où il est question de traumatisme d'enfance, de Grimonprez-Jooris, des matchs le lundi et même d'un Terrygate au pays des Sang et Or.

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Jean, tu disais que ton premier vrai souvenir de football, c'était le match France-Bulgarie de 1993 ?
Jean : En fait, non. Mon premier souvenir de football, c'était la finale de Coupe des champions perdu par Marseille en 1991 contre l’Étoile rouge de Belgrade à Bari. Ça, c'est le premier. J'étais chez ma mère, dans sa chambre parce que c'était là que se trouvait le seul téléviseur de la maison, et c'était la première fois qu'elle me laissait regarder une deuxième mi-temps. Donc jusqu'en 1991, je n'ai vu que des premières mi-temps de foot. Ma mère pensait que c'était comme un film, que tu pouvais mettre pause quand tu voulais. « Tu verras le score demain !  » À l'époque, Marseille était mon équipe préférée parce que c'était la seule que je pouvais voir à la télé.

Et donc après, France-Bulgarie ?
Jean : Ouais. Mais même France-Israël, en fait. J'avais déjà pleuré devant ma télé pendant France-Israël. C'était vraiment une question d'honneur : on était sûr d'y aller (à la Coupe du monde 94), tu mènes 2-1 et puis finalement, tu perds 3-2 contre Israël... Peut-être que je pressentais le camouflet contre la Bulgarie. Je crois que la Bulgarie, ça a été ma plus grande souffrance. C'était dégueulasse, ce but de Kostadinov. En plus, je le regarde souvent sur Youtube. Je vois tout depuis le début, personne qui ose mettre la jambe. Tu sens que le mec, il est en état de grâce. Il aurait voulu la mettre cent fois, il aurait pas pu, mais là... Bernard Lama, quand il a vu le mec débarquer aux 18 mètres, il a dû commencer à avoir les chocottes. Il avait déjà pris le but dans sa tête.

1993, c'est l'année où tu lâches l'OM ?
Jean : Ouais, c'est peut-être bête, mais l'affaire VA-OM, ça m'a dégoûté. Donc je me suis mis à suivre le LOSC. À la radio, d'abord, sur Fréquence Nord. Et ensuite, je lisais les résumés de La Voix du Nord. J'ai dû attendre très longtemps avant de voir un match du LOSC. Quand ils étaient en Ligue 2, à partir de 1998.

L'époque bénie de Djézon Boutoille.
Jean : Eh ouais, Djézon ! (Il se tape le cœur) Il venait de Calais, mais c'était quand même l'enfant du pays, le capitaine emblématique du LOSC. Il symbolisait le Dogue : physique, hargneux, mais aussi tout le temps blessé. Il donnait tout, mais il était limité. Il était peut-être trop fair-play, d'ailleurs. Du genre, il se fait arracher la jambe dans la surface, ben il continue à avancer et ça sort en six mètres ! J'étais abonné en tribunes à Grimonprez-Jooris, derrière les buts. C'était un putain de stade ! Il était vieux, vétuste, avec des bancs de pierre. Ce qu'on a eu après : le Stadium Nord, le Grand Stade, n'importe quoi.

Le Stade Pierre-Mauroy, tu veux dire ?
Jean : Je veux pas qu'on l'appelle comme ça ! Moi, j'ai connu Pierre Mauroy mettant des bâtons dans les roues du LOSC. Le mec disait des trucs genre « On commencera à mettre de l'argent quand vous mettrez des buts » , «  Lens, c'est le sport, Lille, c'est la culture » . Il était ouvertement contre le LOSC. En plus, ils ont fait une croix sur le naming donc sur quelques millions pour lui donner ce nom. Donc pas ce nom en ma présence.

Le Grand Stade, c'est bien moche, aussi...
Jean : Ils avaient pensé au Stade des Flandres, aussi.
Aurélien : Ouais, ça sonne presque comme « avant, on avait un petit stade mais maintenant, il est grand  » . Donc le Grand Stade. Et en 2050, on aura le Super Stade ! Moi, je suis plus lensois « de formation » . Dans la famille, c'était le RC Lens. Et premier gros souvenir en 1998, avec le titre. Tony Vairelles, les têtes piquées d'Anton Drobnjak, la barbe de Smicer, Cyril Rool qui se prenait un rouge tous les deux matchs... Quand ils ont perdu le championnat contre Lyon en 2000, c'était terrible. Ça faisait cinq matchs que Lens était premier, donc si on n'était pas champions à l'avant-dernier match, c'était fini. Et Lyon-Lens, c'était un match de merde. Je mangeais mon jambon-purée et c'était tellement atroce, je crois que j'ai même pas pris de dessert ce soir-là ! (rires)
Jean : Il y avait Warmuz, aussi, qui a été bon jusqu'à ce que Pédron lui pique sa femme.

Quoi ?
Jean : Warmuz, c'était une institution au RC Lens, avec Itandje en doublure, mais qui avait 18 piges. Apparemment, Pédron a fait une John Terry. C'est ce qui se dit dans les Flandres. Et du jour au lendemain, Warmuz s'est pris que des valises.

Ce serait pour ça qu'il serait parti s'enterrer comme troisième gardien à Arsenal ?
Aurélien : Il a voulu absolument changer d'endroit, quoi. T'es le gardien, t'es le taulier. Un attaquant, il se fait piquer sa meuf, c'est pas grave, il réattaque direct. Mais un gardien... Si t'as pas la confiance, c'est fini ! Mais pour revenir au sport, je me rappelle très bien de la finale de l'Euro 2000, avec le dégagement de Barthez et le but de Wiltord qui suit.
Jean : Ce but, c'est mon plus beau souvenir de l'équipe de France. C'est mon France-Bulgarie inversé à moi. Ce but, il ressemble à rien, il reste trente secondes, il est dans le coin de la surface. Dans les buts, Toldo, qui est énorme pendant tout le tournoi, se rate un peu. Le pire, c'est que j'ai même pas vu le but concrètement parce que je me suis retourné pour pester et là, j'entends « Goal ! Goal !  » Mais on a été beaucoup à manquer ce but, finalement.
Aurélien : Même les mecs qui se sont barrés du stade avant la fin...
Jean : Ça, c'est un truc que je comprends pas. Quand tu perds 2-0 et que les mecs se barrent à la soixantième. Bon, je vais plus trop au stade maintenant. Je suis toujours le LOSC, mais c'est plus comme avant.
Aurélien : T'as plus le côté outsider du club.
Jean : Après, on a eu de putain de belles années. Jusqu'à ce qu'on gagne le titre. Pour le coup, aucun supporter n'était préparé mentalement à gagner le titre. Déjà, quand on fait troisièmes avec Vahid en 2001, c'était presque trop. On avait toujours l'habitude de perdre nos cinq derniers matchs et de ne jamais accrocher l'Europe. Et là, c'est comme choper une belle meuf dans une soirée. T'y crois pas vraiment, il y a un truc pas clair. Mais là, c'est bien, avec l'arrivée du PSG et de Monaco, ça redevient excitant de battre un favori comme Monaco. Je retrouve le côté petit contre grand, même si Lille reste dans le haut du tableau.

Fan de Vahid, alors ?
Jean : Putain, quand tu regardais le niveau technique des joueurs à l'époque... On a eu Dagui Bakari en seul avant-centre pendant toute une saison ! D'ailleurs, après, on l'a revendu à Lens contre quelques millions.
Aurélien : Franchement, merci les mecs, super idée.
Jean : C'était une chèvre, mais il a dû nous mettre dix buts décisifs, on a dû gagner dix fois 1-0 grâce à lui.

Le RC Lens, en matière d'attaquant pourri, pendant une période, c'était pas mal : Thomert, Cousin, etc.
Aurélien : De toute façon, la finition, ça a toujours été un problème à Lens. Bon, on a bien eu Vairelles...
Jean : Attends, il y a eu Roger Boli. Mais ça remonte.

Mais t'es super vieux, en fait !

Jean : Ben, je me remémore tous les vieux Téléfoot avec Frédéric Jaillant, Vincent Hardy, Pascal Praud...

Parlons du temps présent. Vous vous appelez les Okay Monday : en fait, vous militez pour les matchs le lundi comme en Angleterre ?
Jean : Ah non, c'est les jours de répétitions ! Déjà, ça m'énerve cette tendance à étaler les matchs. T'en as du vendredi jusqu'au lundi. C'était tellement mieux quand les matchs étaient le samedi tous en même temps. Tu regardais les résultats à la mi-temps. Maintenant, le samedi, c'est uniquement les matchs pourris, du style un vieux Sochaux-Guingamp.
Aurélien : Quand t'entends les résultats à la radio, t'as l'impression qu'il n'y a plus de journée, t'as des matchs tous les deux jours. T'as plus le truc : t'écoutes la radio le dimanche matin en te levant, t'as dix clubs qui ont joué et il s'est passé ça. Quand tu jouais à L’Entraîneur à 14 ans, tous les matchs se jouaient en même temps, hein ! Imagine, ton truc, il charge et toutes les deux secondes, le truc s'arrête... C'est pas possible.

Le championnat anglais, ça vous botte ?
Aurélien : Ouais, carrément. Disons que parmi tous les grands championnats, c'est celui qui nous plaît le plus.
Jean : Tu vas dans un kebab, même si c'est un Everton-Wigan, tu regardes parce que tu kiffes. Le rythme est différent.
Aurélien : Déjà, ça siffle pas tout le temps. Quand je jouais, j'étais arrière gauche, j'étais enflé comme une crevette – je le suis toujours – et je me faisais défoncer, mais bon, ça jouait. Là, siffler toutes les quarante secondes, c'est relou.
Jean : Et puis je sais pas, il y a plus de tout : plus d'intensité, plus de buts casquette, plus de poteaux ! (rires) Hier, j'ai regardé Juve-Real Madrid, ça m'a pas plu. C'est du Subbuteo, le truc.

Un dernier mot ? Une requête ?
Jean : Je voudrais que Florent Balmont aille en équipe de France. Même une fois, en amical, on s'en fout ! Ce mec, il incarne le Nord. Il a 30 ans, t'as l'impression qu'il en a 45. Il ressemble pas à un footballeur des années 2000. C'est peut-être le seul joueur qui fait l'unanimité à Lille.
Aurélien : C'est le Paul Scholes de Lille !

Vidéo

Okay Monday en concert aux Trans Musicales de Rennes le 5 décembre 2013
Le Bandcamp de Okay Monday

Propos recueillis par Matthieu Rostac
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