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Nuit de folie à Dortmund

Le Borussia Dortmund et le VfB Stuttgart se quittent sur un match nul 4-4 au terme d’un match sensationnel. Sur le plan comptable, ce résultat n’arrange personne. La place de Stuttgart dans le peloton « Ligue Europa » reste fragile, et Dortmund s’expose à une menace nommée Bayern.

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Borussia Dortmund - VfB Stuttgart: 4-4
Buts : Kagawa (33è), Blaszczykowski (49è), Hummels (82è) et Perisic (87è) pour le BVB. Ibisevic (71è), Schieber (77è, 79è) et Gentner (90è+2) pour le VfB.

Au début, le Borussia a bien joué, le VfB a fait de la merde. Puis le VfB s’est réveillé, le Borussia a fait de la merde à son tour. Enfin, Dortmund a réagi. Et Stuttgart aussi. Après 90 minutes de folie et huit buts au tableau d’affichage, Schwarzgelben et Schwaben se quittent dos à dos, laissant la frustration régner du côté du public du Signal Iduna Park. Mais en même temps, vu la tournure des événements, il ne pouvait y avoir de vainqueur. Les deux équipes avaient de l’envie, trop d’envie, même, à tel point qu’elles n’ont jamais baissé les bras, qu’elles se sont trop exposées et ont fini par payer leurs erreurs par la plus grave sanction qui soit: des buts.

Dortmund et sa marche en avant
Jürgen Klopp voulait gagner. Jürgen Klopp voulait s’endormir avec huit points d’avance sur le Bayern, qui se déplace en Franconie pour y affronter le 1.FC Nuremberg. D’où la présence de Gündogan à la place de Bender. De son côté, Labbadia pouvait compter sur le retour de suspension d’Ibisevic. Pour faire un coup au Signal Iduna Park, le Bosnien, en forme en ce moment (4 buts en 8 matchs depuis son arrivée cet hiver) semblait être la meilleure solution. Le Borussia s’en fout royalement, et prend le jeu à son compte. Kagawa, Kuba et Lewandowski mettent à contribution Ulreich dès le début de la rencontre. L’attaquant polonais est même tout près d’ouvrir la marque, mais après avoir dribblé le portier, il voit son tir sorti sur la ligne par Niedermeier (21è). Ça pousse sec devant le but souabe, et Grosskreutz se rapproche davantage et touche la barre (24è). Face à tant d’agressivité, Stuttgart tente de réagir par à-coups: Ibisevic pénètre la défense des Schwarzgelben avant de se faire faucher par Weidenfeller. Herr Weiner ne bronche pas (ça pourrait pourtant être traduit par « la pleureuse » ) et n’accorde pas de pénalty (30è). Dortmund réagit immédiatement et finit par trouver ce qu’il recherchait, l’ouverture du score: centre de Schmelzer, Kehl prolonge pour Kagawa qui ne laisse aucune chance à Ulreich: Eins-Null Dortmund (33è). Le Signal Iduna Park explose, tout va bien dans le meilleur des mondes jaune et noir, Halbzeit. Au retour des vestiaires, Dortmund repart pied au plancher devant sa Südtribüne. Piszczek trouve certes le montant (48è), mais un Polonais en cache toujours un autre. Et à Dortmund, ils sont trois. Alors quand ce n’est pas Lewandowski qui fait le taf, quand ce n’est pas Piszczek qui surprend tout son monde, c’est le troisième larron. Sur une transversale de Hummels, Kuba est tout seul pour placer son tir croisé qui crucifie Ulreich: Zwei-Null Dortmund (49è). On se dit alors que la messe est dite, surtout que les Polonais sont en feu. Mais non.

Les vingt plus belles minutes de cette Bundesliga

Depuis des années, Stuttgart joue la même chanson. Exécrables durant la phase aller, les Souabes se réveillent lors de la Rückrunde. Dortmund veut en finir, Dortmund veut enterrer son adversaire du jour. Mais celui-ci constate que la tombe n’a pas été scellée. Kvist sonne la révolte en touchant le poteau de Weidenfeller (63è). Premier avertissement. Dortmund veut trop en faire, Dortmund laisse Stuttgart venir, Dortmund se met à dégager n’importe comment. Forcément, les hommes de Bruno Labbadia ont le temps de voir venir, de construire, de reprendre le contrôle du milieu de terrain. Gentner, qui vient d’entrer en jeu, lance Ibisevic qui profite de la mésentente entre Hummels et Subotic pour se faufiler, résister au retour de la défense, passer Weidenfeller et marquer dans le but vide (71è): Zwei-Eins. On retrouve le Bosnien quelques minutes plus tard: il martyrise Subotic (qui pissera le sang ensuite, histoire de donner un ton tragique à la rencontre) dans les airs, la balle arrive à Schieber, qui se joue de Schmelzer et qui trompe Weidenfeller: Zwei-Zwei (77è). Dortmund a un genou à terre, Stuttgart est en feu comme une Porsche tunée à fond. La preuve deux minutes plus tard, quand Kuzmanovic lance Schieber qui place une frappe entre les jambes de Weidenfeller (79è): Zwei-Drei Stuttgart.

Passe décisive de la Südtribüne
Labbadia jubile, Klopp rit jaune et a des pensées noires. Entre alors en scène le douzième homme: le public du Signal Iduna Park, ou plus précisément la Südtribüne. Celle qui a toujours été remplie à ras bord. Celle qui fait plus de boucan qu’une discothèque. Celle qui a permis à Dortmund de remporter maintes et maintes rencontres. Un but, c’est rien. Les ouailles de Klopp se transforment en bonhommes, et repartent à l’assaut. Kehl transmet à Hummels. Seul, le défenseur central ajuste une frappe au ras du poteau d’Ulreich: Drei-Drei (82è). Le public gueule à s’en péter les cordes vocales. Ce weekend, au moins 10% de la population de Dortmund sera aphone. Mais le jeu en vaut la chandelle. Un but de plus, et c’est la victoire. Et ce qui devait arriver arriva. Perisic, à peine rentré en jeu, claque un but dans la lucarne du VfB suite à un corner de Schmelzer: Vier-Drei Dortmund (87è). On se dit alors que c’est fini, les joueurs du Borussia prennent leur temps, tout ça. Mais ce Stuttgart-là ne méritait pas de perdre. Ne serait-ce que pour sa détermination. Ne serait-ce que pour avoir réussi à remonter deux buts, et pour avoir mené au score. Gentner, forcément plus frais que les autres, y croit. Dans le temps additionnel, le milieu du VfB se joue de Schmelzer et de Hummels avant de crucifier Weidenfeller (90è+2). Dortmund Vier-Stuttgart Vier! Il n’y aura plus de retour possible. Klopp le sait mieux que quiconque. Après tout, il porte une casquette avec l’inscription « Pöhler » , le joueur de foot du dimanche dans le dialecte de la Ruhr, celui des interminables parties avec les copains. Dortmund est une équipe joueuse, certes. Elle l’est peut-être un peu trop. Stuttgart est revenu de nulle part, et mérite au moins ce point. Quel match!


Par Ali Farhat, à Bonn
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