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Ntep, le téléphone Essonne

Il y a quinze ans, Paul-Georges Ntep débarquait seul en France, pour vivre chez sa tante, à Grigny. Pour le gamin de Douala, c'est dans le 9-1 que tout a commencé. Le football, bien sûr, mais aussi les potes, qui racontent son arrivée chez les Bleus.

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« Quand un jeune est performant, régulier, et qu'on pense qu'il peut apporter quelque chose à l'équipe, pourquoi ne pas le sélectionner ? » En janvier dernier, confortablement enfoncé dans le sofa de la salle de presse de la Piverdière, Paul-Georges Ntep répondait à des questions par des questions. Le regard franc sous sa casquette Ünkut, le jeune homme de ving-deux ans confiait même qu'il ne serait pas franchement surpris d'être appelé chez les Bleus dès le mois de mars. « Si je continue comme ça, cela fera plus de six mois que je suis vraiment bon, j'aurai franchi un palier. Donc, on verra à ce moment-là. Mais pourquoi pas ? » Frappé par la blessure, le Camerounais de naissance s'est trouvé indisponible, pour affronter le Brésil et le Danemark. Mais trois mois plus tard, Didier Deschamps a répondu à ses interrogations de début d'année. Ce soir, l'ailier devrait honorer sa première cape, face à la Belgique, au Stade de France. Sitôt après avoir appris la nouvelle en allumant sa télévision, c'est à ses potes de Grigny, où il a débarqué seul à sept ans, directement depuis Douala, qu'il téléphone en premier.

« Il n'était pas comme d'habitude »


Avant d'exporter son talent à l'AJ Auxerre, puis à Rennes, Paul-Georges Ntep prend son plaisir en terrorisant les gardiens de but sur toutes les pelouses de l'Essonne. Sous les couleurs de Draveil, d'abord, puis avec celles de l'Entente sportive de Viry-Châtillon. Avec, à chaque fois, Moussa et Oussi au milieu de terrain pour le nourrir en ballons. Inséparables sur le terrain, les trois Grignois le sont aussi dans la vie. Une amitié qui dure jusqu'à aujourd'hui. C'est donc sans surprise que le 22 mai dernier, jour de l'annonce de la sélection de Ntep, Oussi et Moussa sentent leurs téléphones vibrer. « Avec Moussa, on n'avait pas regardé les infos, rembobine Oussi. C'est "Pégé" qui nous l'a annoncé par téléphone. On s'est fait une petite conférence à trois. Il était super heureux, et nous tout autant. » Surtout que contrairement à ce que le #7 du stade rennais assurait en janvier, il semble surpris par l'annonce de Didier Deschamps. « Il pensait bien qu'à force de travail, il serait appelé. Mais peut-être pas aussi tôt » , posent ses deux potes, qui l'ont senti « anxieux » en débarquant à Clairefontaine. « Quand je l'ai vu descendre de sa voiture, j'ai senti qu'il y avait un peu de pression, explique Oussi. Il n'était pas comme d'habitude. »

Oh Happy Day comme bizutage


Histoire de ne pas ajouter à cette fameuse pression, les trois larrons discutent de tout sauf du match. Le nouveau Bleu se limite à parler de son intégration, dans ce groupe où il n'a auparavant côtoyé que Geoffrey Kondogbia et Nabil Fekir, chez les Espoirs. Et pour l'instant, cela se passe bien. « Il a la réputation d'être super sympa, et les mecs se sont rendu compte que c'était vrai » , racontent Moussa et Oussi. Tellement sympa, qu'au moment de pousser la chansonnette devant le reste de l'équipe, le traditionnel bizutage auquel a droit tout nouveau-venu chez les Bleus, « Pégé » opte sagement pour le gospel. « Il a chanté Oh Happy Day, confie Moussa. C'est un morceau qu'il maîtrise bien. Ça nous aurait fait marrer qu'il rappe un truc de raclure de Grigny, mais bon... » Pour lui pardonner, tout ce que réclament Oussi et Moussa, c'est « un but, ou même une passe décisive. Mais surtout, qu'il soit rappelé. Ce serait une super récompense » . Et s'il y a bien une chose que Paul-Georges Ntep n'aime pas, c'est décevoir ses potes.

Par Mathias Edwards
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