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  2. // Interview László Bölöni

« Notre victoire, un hasard ? N'importe quoi »

Cela fait trente ans que László Bölöni a remporté la C1 avec le Steaua Bucarest. Un exploit pour le foot roumain. Trois décennies plus tard, l’entraîneur passé par Monaco et Rennes prouve qu’il a une bonne mémoire en relatant ses souvenirs. Et n’oublie pas de faire un crochet sur son expérience au Qatar ou de parler du Ballon d’or qu’il a sorti, Cristiano Ronaldo.

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Vous êtes toujours au Qatar ?
Non, je ne suis nulle part maintenant. On va chercher autre chose. Ça s’est très bien passé hein, mais ma mission est terminée. Là-bas, les dirigeants cherchent à enrichir leur effectif en qualité pour avoir un bon championnat et pour créer des grands clubs afin de développer le football. Il faut respecter les gens et les joueurs qui s’essayent à cet objectif. À titre personnel, c’était un bon challenge.

Votre connaissance du foot leur a apporté ?
J’espère que oui ! (Rires) Même si le développement du foot appartient d’abord aux gens qui sont placés plus haut. Mais je pense que mon travail a aidé les joueurs locaux et le club

Vous avez des exigences pour votre futur club ?
Pas vraiment. L’entraîneur professionnel, il va où il peut aller.


Du coup, vous avez eu du temps pour suivre l’Euro cet été.
Oui. La victoire portugaise est surprenante, mais respectable. Chaque match, les joueurs sont allés au bout d’eux-mêmes.

Vous qui avez lancé Cristiano Ronaldo au Sporting Portugal, on imagine que vous avez eu un œil avisé sur ses performances.
Il n’a pas fait un championnat d’Europe époustouflant. On pouvait s’attendre à un Ronaldo plus flambant, vu ce qu’il montre d’habitude. Une des raisons qui explique cela, c’est que ce genre de grandes compétitions n’arrivent pas forcément au moment opportun pour ce type de joueurs, qui viennent d’enchaîner un championnat, une Ligue des champions… Donc forcément, il a eu quelques difficultés. Surtout que le monde entier, et pas seulement le Portugal, attend monts et merveilles de sa part. Mais globalement, son Euro a été correct. Et il a été un super capitaine. Je suis content pour lui.


D’autant que c’est le premier titre pour son pays.
Ça fait longtemps que je dis qu’il va dépasser Luís Figo. Pour ça, il devait gagner avec sa nation. Et il lui a donné la Coupe d'Europe. Il a toujours été un leader sur le terrain. Au Sporting, que ce soit à l’entraînement ou en match, il démontrait une détermination constante. Je pense qu’il a encore deux ou trois belles années devant lui.

« On n’était pas forcément les meilleurs sur le papier, mais niveau courage, on était tous des gros combattants. Des gladiateurs, des salopards, appelez-ça comme vous voulez. »

Vous aussi, vous avez donné du plaisir à votre pays quand vous étiez footballeur, en remportant la Ligue des champions avec le Steaua Bucarest. C’était il y a trente ans tout rond, en 1986. Vous avez fêté cet anniversaire ?
Oui, on a fait une belle fête à Bucarest. Comme chaque année, on était invités à faire un foot en salle. Il y avait des anciens joueurs, de la bonne humeur… Tout le monde n’a pas pu venir, mais c’était très bien.

Revenons sur cette aventure. Certains vous considèrent comme le champion d’Europe le plus improbable…
Il faut d’abord savoir que c’est le plus grand exploit du foot roumain. Sans hésiter. C’est la première fois qu’une équipe roumaine va jusqu’au bout. Mais avant nous, il y avait déjà eu des bonnes performances de la part des clubs roumains, comme Craiova, ou le Dinamo Bucarest. Quant à nous, on avait un groupe extrêmement soudé. Le groupe était formé depuis un moment. On se connaissait tous et on venait tous du pays, car le système politique communiste interdisait le départ des footballeurs à l’étranger. L’objectif, c’était de former des grands clubs en gardant les talents locaux. Notre équipe était plus forte que l’équipe nationale. Les remplaçants allaient en sélection. Après, lorsqu’on a gagné, tout le monde a parlé de hasard ou je ne sais quoi. C’est n’importe quoi. La preuve : le Steaua est revenu en finale trois ans plus tard. En 72, il avait fait un quart de finale en Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe. Signe que c’était un bon club.

Cela faisait sept ans que Bucarest n’avait pas participé à la C1. La gagner, c’était donc quand même un peu dingue. C’était quoi, le secret ?
Les dirigeants nous avaient donné un objectif. Quand j’ai signé mon contrat, c’était très clair : dans la compétition internationale, on devait faire au minimum un quart de finale. Gagner le championnat et la coupe n’était pas suffisant. On n’était pas forcément les meilleurs sur le papier, mais niveau courage, on était tous des gros combattants. Des gladiateurs, des salopards, appelez-ça comme vous voulez.


C’est pour ça que votre style de jeu a parfois été qualifié de lent ?
Je ne suis pas d’accord avec vous. Le football de l’époque était certainement plus lent, ça d’accord. Mais nous, on savait jouer simple, en une ou deux touches de balle. On pouvait donc se montrer très rapides. On réalisait un pressing écrasant, agressif, parfois à la limite de l’acceptable. Ajoutez à ça de belles capacités techniques et une bonne intelligence de jeu, et vous avez le Steaua Bucarest 1986. Défensivement, tout le monde se replaçait immédiatement après la perte du ballon. Absolument tout le monde. Pour fermer les espaces. On formait un bloc. Du coup, on était aussi capables de jouer efficacement en contre-attaque.


Quel a été le match déclic qui vous a permis de croire au trophée ?
Je ne crois pas qu’il y ait eu de match déclic. Un de nos dirigeants répétait en boucle que nous étions capables d’aller au bout. Une fois arrivé en quart de finale, après les deux premiers tours, le contrat était rempli, logiquement. Mais la difficulté était là : de se dire « le devoir est déjà fait » . Il fallait oublier les excuses que nous pouvions avancer si jamais nous perdions. Raison pour laquelle j’ai beaucoup parlé avant la finale contre Barcelone avec Emeric Jenei, notre entraîneur avec qui je m’entendais très bien, pour qu’il insiste sur le fait que la victoire était primordiale.

« Il ne faut pas oublier comment nous sommes parvenus à arriver à ces tirs au but, devant 70 000 personnes contre nous, à Séville. »

Le chef-d’œuvre reste la confrontation retour contre Anderlecht, que vous atomisez 3-0 chez vous après avoir perdu à l’aller (1-0).
C’est le match modèle. Contre un adversaire extrêmement fort. Un rythme de dingue, une efficacité chirurgicale… Tous les ingrédients étaient réunis pour qu’on obtienne une prestation parfaitement maîtrisée.

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Puis vient cette finale qui s’achève aux tirs au but, avec Helmuth Duckadam qui stoppe toutes les tentatives espagnoles.
Duckadam a fait preuve d’une concentration et d’un self-control sans faille. On est forcé d’en parler, bien sûr. Mais il ne faut pas oublier comment nous sommes parvenus à arriver à ces tirs au but, devant 70 000 personnes contre nous, à Séville. On ne doit pas le perdre de vue, car sinon, on résume notre triomphe à de la réussite. Les Catalans étaient favoris et on a franchement réussi à les faire déjouer. On ne peut pas dire : « Putain, les Barcelonais n’ont pas eu de chance, ils ont tapé la barre, ils ont loupé un peno... » Bah non, pas du tout. Parce qu’ils ont eu très peu d’occasions. Les meilleures, c’est nous qui les avons loupées.

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Comment l’expliquer ? Vous aviez analysé leur jeu ?
Non. On ne savait pas comment Barcelone allait jouer. Emeric Jenei nous interdisait de visionner leur match. Nous n’avons eu le droit qu’à la première mi-temps de leur demi-finale. On a même raté leurs tirs au but ! Nous ne faisions pas de préparation par rapport à l’adversaire. C’était la philosophie du coach : jouer en fonction de nous. Seule la prestation de son équipe l’intéressait.


Où avez-vous fêté la coupe aux grandes oreilles ?
Dans notre hôtel. On n’a pas fait grand-chose. Peut-être qu’on était trop fatigués. On était avec nos épouses. Le lendemain, c’était quartier libre, puis on est rentrés en Roumanie 24 heures après la finale. Tout un peuple nous attendait. Ce n’était pas du tout organisé. À l’époque, ce genre de rassemblement était interdit. C’est seulement à ce moment qu’on a pris conscience de notre exploit et du bonheur qu’on avait donné aux gens. Ce fut exceptionnel.

Propos recueillis par Florian Cadu
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Dans cet article

Séquence vieux con nostalgique : "ah, la belle époque où on n'avait pas toujours les mêmes dans les derniers tours de coupe d'Europe, et où on regardait la C3 avec autant d'intérêt que la C1".
La FIFA a réussi à rendre le BO inintéressant, l'UEFA va bien réussir à faire de même avec la C1.
Voilà, c'est fait, bon week-end.
didier gomis Niveau : CFA
Merci pour cette interview, une icône à Nancy ce mec. Et que dire de leur parcours ? Juste incroyable. C'est vrai que je suis nostalgique d'une certaine époque où la coupe d'europe avait le goût de l'inattendu et de la surprise. Nous étions également moins informés ce qui rajoutait un piquant supplémentaire. Aujourd'hui tout est dissèque et analyse. Combien de fois t'as du te taper l'analyse du gars venu au bar mater la champions qui te récite par coeur ce qu'il a lu sur le net en se la jouant connaisseur ? Juste horrible ! Du genre: ouais cavani pas en confiance à cause de son divorce, ouais pogba il est grave chaud, ouais la MSN ça déchire, en plus Suarez il a dit qu'il mordrait plus de sa vie. Bref trop d'information sur le foot tue le foot tout simplement.
Message posté par Italia90
Séquence vieux con nostalgique : "ah, la belle époque où on n'avait pas toujours les mêmes dans les derniers tours de coupe d'Europe, et où on regardait la C3 avec autant d'intérêt que la C1".
La FIFA a réussi à rendre le BO inintéressant, l'UEFA va bien réussir à faire de même avec la C1.
Voilà, c'est fait, bon week-end.


Vieux con certes mais tellement vrai.
Voilà qui rejoint pile-poil mes souvenirs : démonstration presque irréelle face au favori anderlechtois, puis match gentiment contrôlé, mais de A à Z, face à un Barca il est vrai plutôt piètre..

Le Steaua de 1989 était beaucoup plus fort, équipe dans mes souvenirs la plus dominante et impressionnante du tableau..et puis il y eut ce non-match en finale, cette non-finale à dire vrai, "match" inouï et incompréhensible..
A l'époque pour gagner la ligue des champions, il fallait être champions. Aujourd'hui, par exemple, finale 2013-2014, Real-Atletico, le classement de la précédente Liga, Barcelone 1er, Real 2ème à 15 points, Atletico 3ème à plus de 30 points, et nous appelons cela : la Champions League.
Moralité en 2014, quand tu as 30 points de retard t'es champion.
Je sais, je suis un vieux con (et pour un Argentin je maîtrise assez bien la langue de Michel Audiard) alors nous pouvons discuter sur le bien-fondé de la nouvelle formule, si ce n'est celui de la thune à outrance.
El Bostero
Petite réaction sur le titre, parce que ce pseudo débat qui revient régulièrement commence à me courir sur le haricot.

Un résultat n'est jamais le fruit du hasard. Jamais. A part à l'époque où la qualif se jouait au tirage au sort, et encore. De la même manière qu'on a j'espère établi qu'une séance de tirs aux but n'est pas une "lotterie".

Le Danemark n'a pas gagné par hasard en 92, même si son parcours est improbable. Les petit poucets en 32e de finale "ne sont pas là par hasard", comme disent de manière mécanique les pros qui les jouent.

Il faudrait donc songer à utiliser le bon terme. Une victoire est plus ou moins méritée (en fonction des circonstances de jeu, du tirage, de la largesse du succès, etc); elle est plus ou moins surprenante (au vu des forces en présences, des pronoctics, etc) ou elle est plus ou moins marquante (au vue des facteurs sus-nommés et du contexte)
Message posté par juanluis
A l'époque pour gagner la ligue des champions, il fallait être champions. Aujourd'hui, par exemple, finale 2013-2014, Real-Atletico, le classement de la précédente Liga, Barcelone 1er, Real 2ème à 15 points, Atletico 3ème à plus de 30 points, et nous appelons cela : la Champions League.
Moralité en 2014, quand tu as 30 points de retard t'es champion.
Je sais, je suis un vieux con (et pour un Argentin je maîtrise assez bien la langue de Michel Audiard) alors nous pouvons discuter sur le bien-fondé de la nouvelle formule, si ce n'est celui de la thune à outrance.
El Bostero


Pourquoi préciser que tu es un Argentin qui maîtrise bien la langue Française ?
Parce que, en général les Européens, et les Français aussi, ont une opinion et un regard assez négatifs sur les Américains du Sud. Vous nous méconnaissez dans les grandes largeurs.
Déjà, ça me gonfle quand vous dites les Américains, pour ceux du Mord, bien sûr, parce que nous ne sommes pas des Américains ?
Désolé, c'était un petit coup de colère...
Bien à vous,
El bostero
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