Nos régions ont du talent : Provence-Alpes-Côte d'Azur

D'ici l'Euro, on fait une revue d'effectif de ce que les régions françaises ont de mieux à offrir question football. Histoire de mieux se familiariser avec le nouveau découpage administratif et de ce que cela implique pour le ballon rond. Première étape en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où Marseille est presque le centre du monde.

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En 1998, un célèbre équipementier sportif a bien saisi la valeur du fantasme en placardant le visage de Zinédine Zidane sur le mur d'une maison de Marseille. Enfant de la ville, mais jamais joueur de l'OM, le meneur de jeu des Bleus - tout frais champion du monde - symbolise alors ce que la cité phocéenne peut offrir de mieux à la France du football. Près de 20 ans plus tard, on attend toujours le prochain Zidane, mais la place de la région marseillaise parmi les grands viviers footballistiques français ne fait pas débat. « La région PACA est clairement une source importante de talents et la présence de Marseille - une ville où le football fait partie intégrante de la culture - est l'une des raisons » , estime Denis Moutier, directeur du pôle espoir d'Aix-en-Provence. Mais pour lui, la force de Marseille a beau être réelle, elle n'explique pas tout. « C'est aussi une question de générations, on n'a pas toujours beaucoup de Marseillais qui percent dans nos équipes, c'est cyclique. »


Et quand ceux-ci ont le niveau, ils n'optent pas forcément pour l'OM pour se montrer car « à l'Olympique de Marseille, ils se demandent s'il y aura vraiment des opportunités » , explique le formateur. Frédéric Barilaro, de l'AS Monaco, connaît la problématique sur le bout des doigts : « Nous, on a eu Yohan Mollo ou Djamel Bakar. Bryan Dabo à Montpellier, c'est pareil, beaucoup de petits clubs de la région sont en partenariat avec Montpellier qui peut faire de la pré-formation et a une image de club qui lance des jeunes, plus que l'OM. » Récemment, Bilel Boutobba a refusé de signer pro avec l'OM, mais le plus souvent selon Kaïsse Hannachi - entraîneur des U15 de Air Bel, l'un des meilleurs clubs de jeunes de la région - « les jeunes d'ici ne font même pas la démarche de tenter l'OM et n'hésitent pas à aller à Montpellier, Lyon ou Bordeaux. » Pour lui, la référence de la formation n'est autre que Lyon : « Il manque un fer de lance de la formation en PACA, et pour nous le modèle à suivre c'est l'OL, et on considère que cela fait partie du sud. » Une situation qui désolerait presque Denis Moutier car « si Marseille avait une plus grosse politique de formation, cela permettrait de sortir encore plus de joueurs, le potentiel régional n'est pas totalement exploité » . Même s'il comprend bien qu'un club comme l'OM se doit de « faire rêver, et donc d'avoir des joueurs expérimentés, des noms » .

« Peut être plus de vice que des gamins du même âge ailleurs »


Autre problème selon Moutier, les clubs amateurs de la région ne jouent pas toujours le jeu des pôles espoirs. Ce que confirme Barilaro : « Certains petits clubs n'envoient pas leurs jeunes aux journées de détection, afin de les garder plus longtemps, alors que nous on travaille beaucoup avec les pôles espoirs, car on sait qu'on y trouve des joueurs déjà bien préparés. » Une spécificité culturelle selon Kaïsse Hannachi, car la PACA « c'est la dernière région à avoir été dotée de son pôle espoir, à Aix-en-Provence » . Mais le coach d'Air Bel pointe la rapidité des résultats avec « dès la première génération des éléments comme Layvin Kurzawa » . Frédéric Barilaro espère simplement que la région va savoir garder certains avantages qui se perdent avec la pré-formation, à savoir « de ne pas déraciner les jeunes trop tôt et donc de ne pas les mettre trop vite dans une logique de footballeur pro, sinon ils perdent en fraîcheur mentale » .


Ce qui permet aussi aux footballeurs locaux de réfléchir moins en matière de carrière et d'avoir un attachement sincère à leurs couleurs. « L'attachement au maillot se perd dans le foot, je l'avais un peu senti dans un club comme Sochaux où les gamins voyaient le club comme une étape à franchir et rien de plus. Dans notre région, cet amour du maillot se perd peut être un peu moins, il y a des attaches fortes entre certains jeunes et leur club » , témoigne Moutier, pour qui le football du sud se traduit ainsi par plus d'engagement. Émotionnel et athlétique. « Les joueurs d'ici ont peut être un plus fort tempérament, ils s'engagent physiquement et on peut être plus de vice que des gamins du même âge ailleurs » , confirme Barilaro. Ce qui parfois peut nécessiter des recadrages comme pour Romain Alessandrini, que Denis Moutier a vu débarquer au centre à Guegnon : « On a dû le canaliser, car il s'engageait trop et il aurait eu des soucis avec l'arbitrage. » Un football viril qui contraste avec les gestes virtuoses d'un Zinédine Zidane. Quoi que, à trop le chauffer, ce dernier savait aussi mettre la tête...

Les gros clubs formateurs locaux


La région PACA, c'est trois clubs habitués aux joutes de Ligue 1, Marseille, Monaco et Nice. Mais seul le GYM, avec une structure élite en pré-formation, a la capacité d'accueillir dans un rayon de plus de 100 km des enfants de moins de 15 ans. Malgré tout, Kaïsse Hannachi estime que les trois géants « font un travail de recrutement cohérent, ils sont présents, mais l'important, c'est aussi la politique de l'équipe première et de la place accordée aux jeunes » . Et ce qu'il voit actuellement à Nice avec Claude Puel, « c'est positif » . Les fruits d'une politique « enclenchée il y a environ cinq ans » , croit savoir Moutier, mais qui ne suffit pas aux Aiglons pour ringardiser la politique monégasque. « Ils font de la formation élite, moins locale que Nice, mais ils visent haut et investissent en conséquence. J'ai joué le Monaco de 2011 en Gambardella, c'était costaud avec Kurzawa, Eysseric, Appiah, Pi... Ils sont encore en finale cette année, c'est révélateur du niveau de leur formation. » Qui passe par un recrutement essentiellement en PACA et en Île-de-France selon Barilaro.

Quid de Marseille ? « Ils veulent lancer un vrai projet de formation, mais cela va prendre du temps, il faut que cela perdure. Une culture de la formation, cela doit s'ancrer dans l'ADN du club, comme à Sochaux ou Lens » insiste Moutier, qui cite en exemple l'OL, « où l'on fait cela depuis 20 ans, même à l'époque du Grand Lyon, où les joueurs formés étaient prêtés ou transférés » . À l'image de ce que fait l'OL via des partenariats avec des clubs amateurs, Kaïsse Hannachi pense que le salut des Phocéens passera par le développement de réseaux solides avec le foot amateur « même si cela nécessite un investissement en conséquence » . En argent, mais aussi en temps selon l'éducateur, pour qui « il faut que les dirigeants restent sur le long terme. En 2-3 ans, on n'a pas le temps de développer une politique de formation, il faut des contrats de 6-7 ans » . Avec toujours le même exemple lyonnais à suivre : « Là-bas, les mecs ne bougent pas, ils étaient même déjà au club en tant que joueurs. Cela développe une vraie accroche régionale. » Se rapprocher de sa base pour retrouver les cimes du football français, la voie à suivre pour l'OM ?

L'équipe-type des joueurs originaires de PACA


Lloris - Clichy, Benatia, Rami Tisserand - Stambouli, Guilavogui (ou Mendy), Ferri, Nasri - Gignac, Germain.

La liste des 24 de PACA


Gardiens : Hugo Lloris (Tottenham), Stéphane Ruffier (Saint-Étienne), Cédric Carrasso (Bordeaux).

Défenseurs : Layvin Kurzawa (PSG), Jordan Amavi (Aston Villa), Gaël Clichy (Manchester City), Marcel Tisserand (Toulouse), Mehdi Benatia (Bayern Munich), Adil Rami (FC Séville), Mapou Yanga-M'Biwa (Lyon), Lucas Hernandez (Atlético de Madrid).

Milieux : Benjamin Stambouli (PSG), Josuha Guilavogui (Wolfsburg), Jordan Ferri (Lyon), Nampalys Mendy (Nice), Vincent Koziello (Nice), Benjamin André (Rennes), Samir Nasri (Manchester City), Younès Belhanda (Schalke 04)

Attaquants : André-Pierre Gignac (UNAM), Valère Germain (Nice), Bafétimbi Gomis (Swansea), Anthony Modeste (FC Cologne), Kylian M'Bappé (Monaco)

Par Nicolas Jucha Tous propos recueillis par Nicolas Jucha
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Dans cet article

ClaireChazal Niveau : Loisir
Note : -2
On remarque que les joueurs venant de cette region n'ont pas que le football comme point commun
Johnny Decker Niveau : DHR
Note : 1
Qu'est-ce qu'il fait là Lucas Hernandez ?!

J'ai entendu samedi soir qu'il avait été formé à l'Atletico depuis tout petit...

Pareil pour Mapou, formé à Montpellier, c'est la région d'à côté!
Message posté par Le Baldé Vampire
Super idée sofoot !
Au niveau du taf de formation effectué, Bretagne (Nantes inclus) loin devant, puis Rhône-Alpes et IdF.


Il y a des joueurs de niveau international qui ont été formés en Bretagne récemment?
Note : 1
Salut à tous, je fais le service après vente car ce n'est pas mentionné explicitement :

sont inclus dans la liste des 23 des joueurs soit originaires de la région, soit formés dans la région, soit les deux. D'où, vous le verrez, la présence de certains dans les 23 de plusieurs régions...

On a réfléchi au problème de différentes manières, mais c'était la solution la plus logique car on ne fait pas un papier sur les meilleurs régions formatrices mais bien sur les meilleurs viviers. Or, l'OM n'est pas un grand club formateur mais cela reste un formidable vivier. Et c'est dit dans l'article, beaucoup de jeunes Marseillais vont se faire former à Montpellier, mais n'en restent pas moins des Marseillais.
Le Baldé Vampire Niveau : Ligue 2
Message posté par sissa
Il y a des joueurs de niveau international qui ont été formés en Bretagne récemment?


Je parle quant à moi du travail des clubs formateurs et du maillage local d'entraîneurs (pour ce que j'en connais of course).

Les joueurs de niveau international ne me paraissent pas un bon critère pour juger du travail de formation. Il faudrait plutôt voir le niveau moyen des gamins qui deviennent pro, le type de joueurs formés... C'est assez compliqué à définir et mon avis est plus un ressenti.

Ma
Note : 1
Message posté par Le Baldé Vampire
Je parle quant à moi du travail des clubs formateurs et du maillage local d'entraîneurs (pour ce que j'en connais of course).

Les joueurs de niveau international ne me paraissent pas un bon critère pour juger du travail de formation. Il faudrait plutôt voir le niveau moyen des gamins qui deviennent pro, le type de joueurs formés... C'est assez compliqué à définir et mon avis est plus un ressenti.

Ma


En fait, le "travail de formation" n'a pas le même objectif d'un club à l'autre. Les clubs bretons, mais aussi Toulouse, Sochaux ou Montpellier forment beaucoup de joueurs de niveau L2, dont une belle proportion finira même en L1 grâce au départ des meilleurs joueurs de cette dernière vers l'étranger. Cela leur permet de garnir leur équipe première et de proposer pas mal de joueurs à la vente chaque année, c'est tout un modèle. Ils visent clairement le quantitatif: ça renforce leur étiquette de clubs formateurs, donc ça attire l'oeil des clients (PL, OM, ASM, etc.), et ça convainc de nouveaux ados de signer chez eux. Peu importe si au final il n'y a jamais d'excellent joueur dans le tas.

L'OM n'a absolument pas cette politique (c'est peut-être plus subi que choisi d'ailleurs). Sous Diouf ou Dassier, périodes où le club recrutait beaucoup, le but du CDF n'était pas de sortir dix Paul Lasne par an, mais un André Ayew ou un Samir Nasri tous les deux ans. Du coup l'OM ne passe pas pour un club formateur vu que la quantité n'y est pas, mais est-ce que c'est vraiment important?
Totti Chianti Niveau : CFA2
Message posté par ClaireChazal
On remarque que les joueurs venant de cette region n'ont pas que le football comme point commun


Mais va jusqu'au bout, je t'en prie.
Encore pire qu'un raciste, un raciste petite bite!
Note : 2
Message posté par Tatayoyo
je ne suis pas sur de bien comprendre le sens de ta remarque (sans aggressivité bien sur).

L'OL a commencé sa période faste avec des gros noms et des recrutements ambitieux, certes, mais s'est aussi construit, a posé les bases solides avec un centre de formation déjà performant dans les années 90 (Giuly, Maurice, Kanouté, Job...).

En 2012, après le départ de Puel, Aulas a choisi de réorienter la stratégie du cluub vers la formation et des achats de compléments, puisqu'il n'a JAMAIS arreté d'investir et de réactualiser les infrastructures et les méthodes de formations (cf centre de formation Groupama OL Academy bientôt inauguré je crois, les Lyonnais corrigeront).

Bref, une stratégie long-termiste qui laisse place aux aléa sportif en pérennisant le club en cas de contre-performances sur une ou plusieurs années (période post-Puel).

En gros, l'OM a largement les moyens de faire la même, pas demain certes, mais n'a jamais eu la volonté affiché d'investir comme l'ont fait l'OL ou Rennes.


Il y a vraiment un truc qui s'appelle "Groupama OL academy"?

Pour moi la période Perrin/Puel correspond à un refus de grandir de l'OL. Avant eux, ils ont l'ancien entraineur de Liverpool, plusieurs joueurs de niveau international, des mecs recrutés dans des clubs et des championnats réputés. A partir de 2007 leur recrutement consiste plus ou moins à faire venir les meilleurs joueurs du LOSC (magouilles des frères Seydoux?). Cette politique étant un échec total sur le plan sportif, à peine masqué par un coeff UEFA flatteur hérité des années précédentes, ils finissent vers 2012-2013 par se réorienter vers la formation... parce qu'ils n'ont plus le choix, les moyens n'étant plus au rendez-vous pour relancer des recrutements ambitieux.

Je suis très sceptique sur les grands programmes long-termistes de formation dans le foot pour différentes raisons:

- Les deux tiers des meilleurs joueurs actuels viennent d'Amsud où il n'y a pas de tels programmes. Une part étonnante des meilleurs joueurs français n'a pas fréquenté de CDF d'élite.

- Les programmes ambitieux de formation ou d'amélioration des perfs qui ont réussi dans le sport s'accompagnaient en général soit de dopage généralisé (Pays-Bas en foot et cyclisme, RDA et Chine en natation, URSS partout, Espagne probablement dans pas mal de sport, Sky en cyclisme), soit de traite gerbante de gamins (Chine dans tous les sports, quasiment tous les gros clubs de foot européens) - souvent les deux.

- Ces programmes créent en général des sportifs formatés, ce qui est souvent un problème en foot.
Sissa, la "réorientation stratégique" que tu pointes chez l'OL, elle vient aussi d'autres choses:
- La crise, et plus généralement les réalités économiques, ont rattrapé le foot professionnel.
- Lyon a immobilisé des sommes colossales dans le cadre de son projet Grand Stade
- Lyon étant côté en bourse, il avait des échéances plus violentes encore qu'une DNCG à affronter à chaque fin de saison. Ce qui faisait mauvais ménage avec le point précédent.

Appeler ça "Lyon a refuser de grandir", ça fait un poil bisounours quand même.

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