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Non, la Liga ne se limite pas au Real et au Barça !

Après la démonstration de la Real Sociedad à Lyon, le football français a découvert que la Liga espagnole n’était pas simplement composée du Barça et du Real. Une surprise, vraiment ? Acteurs du foot français, ouvrez les yeux. Por favor !

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Sagement, la Real Sociedad s’est tue. Sans un bruit, ou presque, elle a bossé pour ne pas rater ses retrouvailles européennes. Dix ans après ses dernières sorties sur le Vieux Continent, mieux ne valait pas se rater. Elle n’a donc pas commenté un tirage au sort qui lui était favorable, et de loin – elle aurait pu tomber sur Arsenal ou le Milan AC, des adversaires un iota supérieur à Lyon. A contrario, le président le plus actif du petit oiseau bleu s’est lui contenté d’un « on ne craint pas la Real Sociedad » . Soit. Pourtant quatrième surprise de la Liga, la Real Sociedad a de quoi inquiéter son monde. Oui, mais dans une France du football qui ne voit la Liga qu’à travers le prisme Real-Barça, qu’est-ce qu’un petit club basque aux seuls 40 millions d’euros de budget a à faire valoir ? Son football fluide ? Ses ailiers ultra-rapides ? Sa capacité à alterner jeu court-jeu long ? Diable, non ! À en croire les observateurs avisés du football français, Lyon allait s’en sortir tant bien que mal. 90 minutes et une belle leçon plus tard, la Ligue 1 doit s’y faire : elle est à des lustres du niveau produit à chaque journée de Liga. Un championnat qui est pourtant loin d’être irréprochable.

Un système très loin d’être parfait…

Car évidemment, le championnat d'Espagne connaît aussi ses parts d’ombre. En premier lieu, l'éternel débat des droits télés. Contrairement aux systèmes égalitaires de son voisin français ou de la Premier League, la Liga donne surtout aux riches. Autrement dit, 50 % du montant des droits atterrissent dans les poches du Barça et du Real, les 18 autres clubs se distribuant l’autre moitié. En termes comptables, les deux mastodontes se partagent 325 millions d’euros, les 325 autres étant répartis pour les « autres » . Depuis septembre 2011, par la voix du président sévillan José María del Nido, cette seconde Liga tente vainement de changer le système. Pas avare en punchline, le boss du FC Séville compare cette situation « à une révolution de la base, comme la Révolution française. Et comment a terminé le roi qui gouvernait la France ?  » Dernièrement, le ministre des Sports du gouvernement Rajoy a promis que ce système « cas par cas » allait être mutualisé. Problème, certains clubs ont signé des contrats télévisuels ne se terminant que dans deux ou trois ans…

Avec une telle inégalité, difficile de combler les dettes faramineuses de certains clubs. Cette dette est actuellement estimée à 663 millions d’euros. Et encore, ne sont pas concernés par cette somme l’Athletic Bilbao, le Real Madrid, le FC Barcelone et Osasuna pour cause de statut – ces quatre clubs sont des associations. Comme un malheur n’arrive jamais seul, le gouvernement espagnol a décidé de réagir. Désormais, plus question de vivre à crédit – enfin presque, hein. Pour commencer, les clubs professionnels vont devoir rembourser les quelques millions qu’ils doivent au trésor public. À défaut d’avoir une DNCG, c’est un début. Face à un tel gouffre financier, comment s’organise donc cette autre Liga ? Premièrement, finis les transferts à plus de deux chiffres. Pour exemple, durant ce mercato estival, aucun club de cette autre Liga n’a dépensé plus de dix millions pour un joueur. À l’heure actuelle, c’est le FC Séville qui s’est voulu le plus dépensier (33,7 millions d’euros). Une « folie » que le club andalou s’est permis grâce aux ventes de Jesús Navas (17,5 millions) et d’Álvaro Negredo (30 millions).

… Avec des idées, beaucoup d’idées !


Cette crise économique, étouffante et problématique, n’entraîne pourtant pas de crise sportive. Pourquoi ? Car les clubs espagnols ont des idées. Des idées que tout l’argent du monde aura du mal à se payer. À l’instar du football allemand, l’Espagne du ballon rond s’est dotée d’une identité de jeu. Un projet vieux d’une dizaine d’années dont les préceptes ont beaucoup à voir avec le toque barcelonais, et, à un degré moindre, le « jeu à la nantaise » . Ici, pas de schéma tactique rigide. Place est faite aux techniciens et aux mouvements collectifs. Pour se faire une idée, il suffit simplement de regarder les différentes équipes d’Espagne. Des U21 aux U19 en passant par la Roja, la doctrine reste la même. En Liga, même topo. Le discours est le même pour chaque équipe ou presque : «  On joue pour l’attaque » ou sa variante « On préfère gagner que de ne pas perdre. » Forcément, avec ses idées bien en tête, chaque match de championnat a de la gueule. Se farcir un match du Rayo Vallecano n’a rien d’un dur labeur, rester scotché devant le Betis Séville n’est en rien honteux, et se délecter des mouvements de l’Athletic Bilbao version 2011-2012 ne fait pas de vous un indépendantiste basque.

Tourné vers l’avant, cette Liga à 18 s’en remet également à un recrutement astucieux. Lorsque certaines équipes ne peuvent se permettre de recruter, elles enrôlent à moindre coût. L’exemple le plus criant est celui du Rayo Vallecano. En terme d’achat, le club de Vallecas ne peut quasiment rien se permettre. De fait, un accord tacite a été passé avec l’Atlético de Madrid pour que certains joueurs y soient prêtés. La dernière réussite en date s’appelle Diego Costa… Et le constat vaut également pour Getafe, petit frère du Real Madrid. Comment ne pas imaginer qu’en France des clubs comme Nantes ou Sochaux ne demandent pas en prêt les pépites du PSG ou, à terme, de Monaco ? Deuxième solution, recruter au juste prix. Les 100 millions de Gareth Bale mis à part, les autres clubs de Liga savent recruter malin. Ainsi, le Betis Séville a pu se permettre d’attirer l’ex de l’Espanyol Verdu, joueur potentiellement titulaire partout en Ligue 1. Pour la Real Sociedad, elle a jeté son dévolu sur un certain Seferović qu’elle a attiré pour trois millions d’euros. Oui, le même prix que beaucoup de pieds carrés en L1. Ceux du Suisse ont en tout cas déjà fait perdre beaucoup de millions à Jean-Michel Aulas. Et remis en cause certaines idées préconçues sur la Liga.

Par Robin Delorme, à Madrid
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