Analyse tactique - Corner
Par Markus Kaufmann
Nom d'une pipe, à quoi sert le corner à la rémoise ?
Corner pour ton équipe. Assis dans ton fauteuil, accoudé à un bar ou debout dans les travées du stade, tu jubiles intérieurement. Ce n’est pas prouvé scientifiquement, mais le phénomène se répète à tous les coups : tes yeux se concentrent, tu frottes instinctivement tes mains, tu sais que là, maintenant, tout de suite, ton équipe va avoir une occasion de but. Sauf que ce corner ne sera jamais tiré. Petite passe, centre tout pourri, voire hors-jeu ridicule, et perte de balle. Un avortement. Mais pourquoi un tel gâchis ? Ce corner avait le droit de vivre. Autre chose qu’une vie « à la rémoise ».
Quand Joe Cole et Eden Hazard se faisait un corner à deux.
Pour marquer un but, on peut attaquer directement les cages dans le jeu, ou alors prendre un raccourci. Des deux côtés de chaque but, tout au bout de la ligne de fond, se trouvent deux havres de paix pour les équipes sans solution. Là, elles ont tout le temps qu’elles veulent pour ajuster. Les concepts tels que le pressing, la circulation de balle, la possession ou encore la contre-attaque disparaissent, et se taisent le temps de quelques secondes : un autre jeu commence. Un autre sport, même. Certaines formations comme Stoke City ont même la réputation de le préférer carrément au football. À la passe, les corners ont célébré David Beckham. À la finition, ils ont rendu Zidane immortel. Bref, les corners sont un objet d’étude à part entière. Mais le corner à la rémoise est une menace constante.
Un peu d’histoire
Dans les années 1950, le Stade de Reims est au sommet de son histoire. Six titres de champion de France de 1949 à 1962, deux finales de Coupe d’Europe en 1956 et 1959, un football de passes au sol dessiné par l’esprit d’Albert Batteux, et une invention : le corner joué à deux. Dans les règles, il s’agit de faire une passe à un joueur situé à moins de dix yards (9,15 mètres) du ballon. « Short corner » en anglais, « corner corto » en italien et « saque en corto » en espagnol : aucune trace de la bande de Raymond Kopa dans les dictionnaires de nos voisins. Et pourtant.
Dans le numéro de décembre 2012 de But! Reims, l’ancien joueur du Real remet les choses dans l’ordre : « C’est moi qui ai inventé le corner à la rémoise. Tout le monde le dit et c’est vrai. Je préférais donner des balles courtes et me rapprocher des buts adverses, plutôt que de frapper directement n’importe où, comme on le faisait jusqu’ici. C’est une question de stature, c’est vrai (…) C’est une improvisation à un moment donné, qui a marché et on a continué après parce qu’il y avait une réussite au bout. (…) On l’a fait parce que c’était utile. » Arrivé au moment du départ de Kopa en 1956, Just Fontaine évoque le défaut de taille des Rémois : « De toute façon, le géant de l'équipe, c'était moi : 1,75 mètre sous la toise. Ça n'incitait pas à abuser du jeu aérien... » Aussi frustrant qu’il puisse être, le corner à la rémoise a certaines raisons de vivre.
Pourquoi ?
Frustrant, très souvent contre-productif, et même pas joli. Alors, pourquoi ?! Les coups de pied arrêtés sont aujourd’hui méticuleusement disséqués : des postes sont créés précisément pour leur étude dans chaque staff, les séances vidéo en présence des joueurs se multiplient et du coup, les techniciens font dans la diversification des combinaisons. Il y en a désormais pour tous les goûts : corner joué à deux, à trois, à quatre, rentrant, sortant, tendu… Pour ce qui est du corner à la rémoise classique, on peut discerner cinq justifications. D’abord, il s’agit de chercher à surprendre l’adversaire. Le plus bel exemple reste le corner « faussement joué à deux » par Rooney et Giggs contre Chelsea en 2009. Ainsi, il s’agit aussi de profiter d’une erreur de placement défensif laissant une fenêtre de tir direct, comme nous le rappelle le célèbre but de Maniche contre les Pays-Bas en 2004. Mais dans les deux cas, il s’agit de variantes du corner à la rémoise.
Après, une équipe peut se trouver incapable de marquer sur corner, que ce soit par défaut de taille ou de tireur. Des joueurs comme Juninho et Pirlo ont des pieds magiques mais n’ont jamais convaincu à l’heure de tirer un coup de pied de coin. Les décaler de quelques mètres peut être une bonne idée, en théorie. De trois, il peut s’agir de libérer de l’espace dans la surface en aspirant des joueurs situés au premier poteau. De quatre, c’est aussi une technique qui se justifie par la prudence, limitant le risque de contre-attaque dans le cas d’une perte de balle. Enfin, un corner à la rémoise permet de perdre du temps. En fin de match, quand une équipe mène au score, le corner se transforme en une sorte de zone démilitarisée. On met la balle en jeu, mais on ne joue pas, on attend, et on laisse la montre faire son travail. Et l’adversaire s’énerver. Une arme psychologique. Il faut donc comprendre que tout corner ne mène pas au but. Même si c’est difficile.
Deux visions du football
On joue la dernière minute de Barça-Inter en avril 2010. Les Barcelonais ont besoin d’un but pour passer en finale et obtiennent un corner à dix secondes de la fin. Une aubaine, pense-t-on. Mais le Barça s’en fiche. Les Blaugrana veulent marquer, certes, mais avec un minimum de construction. Ils le jouent à deux, remettent en retrait à un milieu. Forcément, le « centre » est nul. Et l’arbitre siffle la fin du match. La défaite de l'obsession de la construction. Dans ce cas, jouer un corner à la rémoise revient à continuer à construire alors que l’on peut finir. Et le corner permet ainsi de discerner deux façons de voir le football. D’abord, celle qui perçoit la construction comme un simple moyen pour marquer des buts. Le corner est alors un aboutissement en soi : on a construit, on a obtenu un corner grâce à cette construction, et maintenant on peut marquer.
Une autre vision considère au contraire que la construction est une fin en soi. Dans cette perspective, le corner est un retour à la case départ. On construit, la balle sort du terrain de jeu et on la récupère afin de recommencer à construire. Le choix des mots est significatif : quand on joue un corner à la rémoise, on tire un corner direct. Certains diront que cela met en évidence la scission entre les romantiques d’un côté et les cyniques de l’autre. Comme si marquer sur corner était devenu une horrible maladie. Un virus que l’on souhaite à toutes les équipes.
À visiter :
Le site Faute Tactique
Le blog Faute Tactique sur SoFoot.com
Un peu d’histoire
Dans les années 1950, le Stade de Reims est au sommet de son histoire. Six titres de champion de France de 1949 à 1962, deux finales de Coupe d’Europe en 1956 et 1959, un football de passes au sol dessiné par l’esprit d’Albert Batteux, et une invention : le corner joué à deux. Dans les règles, il s’agit de faire une passe à un joueur situé à moins de dix yards (9,15 mètres) du ballon. « Short corner » en anglais, « corner corto » en italien et « saque en corto » en espagnol : aucune trace de la bande de Raymond Kopa dans les dictionnaires de nos voisins. Et pourtant.
Dans le numéro de décembre 2012 de But! Reims, l’ancien joueur du Real remet les choses dans l’ordre : « C’est moi qui ai inventé le corner à la rémoise. Tout le monde le dit et c’est vrai. Je préférais donner des balles courtes et me rapprocher des buts adverses, plutôt que de frapper directement n’importe où, comme on le faisait jusqu’ici. C’est une question de stature, c’est vrai (…) C’est une improvisation à un moment donné, qui a marché et on a continué après parce qu’il y avait une réussite au bout. (…) On l’a fait parce que c’était utile. » Arrivé au moment du départ de Kopa en 1956, Just Fontaine évoque le défaut de taille des Rémois : « De toute façon, le géant de l'équipe, c'était moi : 1,75 mètre sous la toise. Ça n'incitait pas à abuser du jeu aérien... » Aussi frustrant qu’il puisse être, le corner à la rémoise a certaines raisons de vivre.
Pourquoi ?
Frustrant, très souvent contre-productif, et même pas joli. Alors, pourquoi ?! Les coups de pied arrêtés sont aujourd’hui méticuleusement disséqués : des postes sont créés précisément pour leur étude dans chaque staff, les séances vidéo en présence des joueurs se multiplient et du coup, les techniciens font dans la diversification des combinaisons. Il y en a désormais pour tous les goûts : corner joué à deux, à trois, à quatre, rentrant, sortant, tendu… Pour ce qui est du corner à la rémoise classique, on peut discerner cinq justifications. D’abord, il s’agit de chercher à surprendre l’adversaire. Le plus bel exemple reste le corner « faussement joué à deux » par Rooney et Giggs contre Chelsea en 2009. Ainsi, il s’agit aussi de profiter d’une erreur de placement défensif laissant une fenêtre de tir direct, comme nous le rappelle le célèbre but de Maniche contre les Pays-Bas en 2004. Mais dans les deux cas, il s’agit de variantes du corner à la rémoise.
Après, une équipe peut se trouver incapable de marquer sur corner, que ce soit par défaut de taille ou de tireur. Des joueurs comme Juninho et Pirlo ont des pieds magiques mais n’ont jamais convaincu à l’heure de tirer un coup de pied de coin. Les décaler de quelques mètres peut être une bonne idée, en théorie. De trois, il peut s’agir de libérer de l’espace dans la surface en aspirant des joueurs situés au premier poteau. De quatre, c’est aussi une technique qui se justifie par la prudence, limitant le risque de contre-attaque dans le cas d’une perte de balle. Enfin, un corner à la rémoise permet de perdre du temps. En fin de match, quand une équipe mène au score, le corner se transforme en une sorte de zone démilitarisée. On met la balle en jeu, mais on ne joue pas, on attend, et on laisse la montre faire son travail. Et l’adversaire s’énerver. Une arme psychologique. Il faut donc comprendre que tout corner ne mène pas au but. Même si c’est difficile.
Deux visions du football
On joue la dernière minute de Barça-Inter en avril 2010. Les Barcelonais ont besoin d’un but pour passer en finale et obtiennent un corner à dix secondes de la fin. Une aubaine, pense-t-on. Mais le Barça s’en fiche. Les Blaugrana veulent marquer, certes, mais avec un minimum de construction. Ils le jouent à deux, remettent en retrait à un milieu. Forcément, le « centre » est nul. Et l’arbitre siffle la fin du match. La défaite de l'obsession de la construction. Dans ce cas, jouer un corner à la rémoise revient à continuer à construire alors que l’on peut finir. Et le corner permet ainsi de discerner deux façons de voir le football. D’abord, celle qui perçoit la construction comme un simple moyen pour marquer des buts. Le corner est alors un aboutissement en soi : on a construit, on a obtenu un corner grâce à cette construction, et maintenant on peut marquer.
Une autre vision considère au contraire que la construction est une fin en soi. Dans cette perspective, le corner est un retour à la case départ. On construit, la balle sort du terrain de jeu et on la récupère afin de recommencer à construire. Le choix des mots est significatif : quand on joue un corner à la rémoise, on tire un corner direct. Certains diront que cela met en évidence la scission entre les romantiques d’un côté et les cyniques de l’autre. Comme si marquer sur corner était devenu une horrible maladie. Un virus que l’on souhaite à toutes les équipes.
À visiter :
Le site Faute Tactique
Le blog Faute Tactique sur SoFoot.com
Par Markus Kaufmann
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Et je valide avec Lyon comme Koné ou Lovren.
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ps: par contre, petite parenthèse, pour continuer à m'indigner que plusieurs corners dans un match peuvent être foirés. un de temps en temps, ok... les joueurs ne sont pas des machines. Mais qd c'est 4/5 sur un match c'est qd meme choquant
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Tirer les corners directement, mais le faire très vite.
Ainsi les défenseurs n'ont pas le temps de s'organiser, de prendre un marquage etc.
Je ne voudrais pas dire de conneries*, mais il me semble que c'était la méthode utilisée à une époque par la Roma (époque 3-5-2 avec Cassano, Mancini etc.)
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Vous parliez de Stoke, et pour être allé plusieurs fois les voir jouer dans leur stade, c'est assez impressionnant comment les supporteurs deviennent fous à chaque corner ou touche près du but adversaire. Ceux sont vraiment les moments où tu sens le stade pousser son équipe.
Stoke c'est vraiment une autre vision du foot!
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ps: par contre, petite parenthèse, pour continuer à m'indigner que plusieurs corners dans un match peuvent être foirés. un de temps en temps, ok... les joueurs ne sont pas des machines. Mais qd c'est 4/5 sur un match c'est qd meme choquant
pas le Rayo Vallecano, le Recreativo Huelva;)
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pas le Rayo Vallecano, le Recreativo Huelva;)
Merci The miz !!!
Exactement !!! par contre je ne sais plus si le but avait été validé ou non.
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Pirlo quand même tire le corner en finale en 2006 pour Materazzi puis Toni qui allume la barre. Cet été pour Balotelli contre l'Irlande et je dois encore en oublier ^^
Super article sinon
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Sur 100 corners tirés directement, combien finissent par un but?
Je suis d'accord avec moun, le fléau du football.
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Argghhh maitre capello sort de ce corps ...
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Au rayon du ridicule: l'OL époque Juninho. Je me souviens qu'il est arrivé qu'un autre joueur fasse la feinte de "je vais tirer le coup franc." Or tout le monde sait que c'était Juninho qui les tirait. Ca allit même plus loin que ça: Juninho, quand il allait tirer un coup de pied arrêté, prenait un soin ultra minutieux pour poser son ballon, et avait une façon bien particulière de prendre sa concentration (un peu comme Ronaldo, on sait tout de suite quand il va tirer le coup franc). Eh bien, de ma mémoire, il n'en a jamais marqué un après une telle feinte.
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Eeuuhhh...Moi niveau coups de pieds arretes en general ces 2 la m ont plutot convaincu
Revoyez le corner de Pirlo en finale de coupe du monde 2006 pour comprendre comment un relance un match qui etait bloque autrement pour les italiens
Ce genre de ballons qui arrivent tellement bien et qu une fois que tu mets ta tete ca part en boulet de canons dans le filet, comme si la tete s executait toute seule, Pirlo et Juninho en ont delivre quelques unes
Faut en parler a Inzaghi et Chris
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C'est une vision différente des équipes qui jouent sur la taille et le physique, et qui deviennent très dangereuses en balançant dans la paquet sur corner.
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Elle joue ses corners en deux temps parce qu'elle n'a pas d'autre choix. Ses options aériennes pour le corner sont connues et reconnues. Comme Piqué et Busquets sont de très mauvais finisseurs de la tête, il n'y a qu'une seule option lorsque le Barça joue le corner dans la surface : Puyol. Tenter de jouer tous les corners sur la tête de Puyi c'est perdre la possession de balle 9 fois sur 10, ce qui est complétement idiot et indigne de la philosophie du Barça.
En faisant intégrer à ses adversaires cette idée que l'elle joue tous ses corners en deux temps, le Barça s'offre le luxe de l'effet de surprise. Ainsi, elle marque à peu près cinq buts par an de la sorte, la plupart marqués par Puyol. Un nombre honorable pour une équipe de petite taille.
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