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Nigeria : Israël vibrations

Enyeama, Ejide, Aiyenugba. Les trois gardiens mondialistes de la sélection nigériane évoluaient dans le championnat israélien. Enquête sur le filon des Super Eagles au pays de Ben Gourion et Benayoun.

« Le gardien était phénoménal » . Lionel Messi ne connait pas son nom, mais il sait qu'il a eu affaire à un crack. C'était le 12 juin dernier, lors du premier match de l'Argentine en coupe du monde, contre le Nigeria (1-0). Vincent Enyeama a réussi l'exploit de s'imposer comme l'un des meilleurs gardiens de la compétition malgré l'élimination précoce de son équipe. Le plus étonnant, c'est que ce prodige évolue dans le championnat israélien. Comme le deuxième gardien de la sélection. Comme le troisième gardien.


En fait, la moitié des clubs de première division israélienne dispose d'un ou plusieurs joueurs nigérians dans son effectif, et presque tous en ont accueilli au cours des années 2000. L'existence de cette diaspora surprenante s'explique par une petite révision de géopolitique du football. Dans les années 90, les clubs de la « Ligat Toto » (le superbe nom de la ligue israélienne) font leur marché dans les championnats d'Europe de l'est (Russie, Ukraine,...), sorte de paradis de la bonne occasion. Mais à l'approche du nouveau millénaire, l'argent afflue dans le foot de cette région et les prix y deviennent inabordables. Les agents israéliens doivent donc trouver un autre terrain de chasse. Cela tombe bien, l'État hébreu reprend progressivement ses relations diplomatiques avec les pays africains, après avoir explicitement condamné l'apartheid en 1987.


La « hype » Yakubu


«  Ici, beaucoup de clubs cherchent des joueurs sans avoir beaucoup d'argent, lâche Gilad Katzav, célèbre agent israélien gérant avec son frère, Ronen, la société Topsport (le plus connu de ses protégés est Yossi Benayoun, excusez du peu). Les agents parient sur des joueurs du Nigeria, du Ghana, du Cameroun, du Congo parce qu'ils peuvent faire beaucoup d'argent. C'est la seule raison. » Mais le Nigeria a clairement pris l'ascendant sur les autres viviers de talents africains, depuis le début des années 2000. Cette mode remonte au mois d'août 1999, lorsqu'Aiyegbeni Yakubu signe au Maccabi Haïfa. «  Il y avait une blague qui tournait : il est arrivé à 17 ans et, pendant cinq ou six ans, il en avait toujours 17, se marre Eli Shvidler, journaliste sportif à Haaretz. Vous connaissez les histoires à propos de leurs âges... » . Peu importe son âge, Yakubu claque quelques buts en Ligue des Champions, devient donc une star et prend la direction de la Premier League et de Portsmouth en 2003. Entre temps, sa destinée a été prise en main par Pini Zahavi, le « superagent » israélien qui a fait venir Roman Abramovich à Chelsea. Sans doute l'un des personnages les plus influents du football mondial.


Après ce succès, chaque club israélien veut son Yakubu et les recruteurs se précipitent au Nigeria. Avec plus ou moins de réussite. « Entre Yakubu et Enyeama, il n'y a eu aucun vrai succès, admet même Yair Scher, de Sportfive Israël. Et je peux vous donner des noms de Nigérians qui ont joué pour le Maccabi Haïfa et qui étaient très décevants : Erik Egifur, Anderson West, Oblidon Oshligon, Yero Belo. » Une belle brochette d'anonymes. «  Juste après le départ de Yakubu, l'Hapoel Tel Aviv a recruté Ibezito Ogbonna, continue Yair. C'était une blague, aujourd'hui il joue en Albanie. L'Hapoel Be'er Sheva a même recruté un Nigérian qui a disparu au bout d'une demie saison. Il s'est avéré ensuite que c'était un arnaqueur qui n'avait jamais été enregistré sur les registres de la fédération nigériane. »


« Pas un pays raciste »


Pour les joueurs nigérians, le championnat israélien constitue une rampe de lancement, un moyen de se faire remarquer par les clubs des grands championnats européens, qui envoient souvent leurs chasseurs de tête dans le coin. L'environnement y est également plus sain que dans certains championnats d'Europe de l'est où les joueurs africains posent parfois leur sac de sport. « Malgré l'image que nous donnons, Israël n'est pas spécialement un pays raciste » , assure le journalist Eli Shvidler.


Vincent Enyeama confirmerait sans doute. Arrivé à Bnei Yehuda il y a cinq ans, le gardien de la sélection nigériane fait maintenant le bonheur de l'Hapoel Tel Aviv, qu'il a aidé à remporter le championnat cette saison. « Beaucoup d'observateurs disent qu'il est l'un des meilleurs gardiens d'Israël et se demandent pourquoi il n'a pas encore rejoint l'Europe » , s'étonne Amiel Leibovich, président des supporters de l'Hapoel Petah Tikvah (où évolue le remplaçant d'Enyeama avec le Nigeria, Austin Ejide). Même après trois matchs brillants, pas sur que Vincent fasse le grand voyage. Les recruteurs de West Ham ont certes décroché leur téléphone dès la fin du match contre l'Argentine, mais les négociations semblent pédaler dans le boulgour. A bientôt 28 ans, il serait temps qu'Enyeama fasse fonctionner le « rêve israélien » à nouveau.

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