1. // CAN 2010

Nigeria : Amodu cadavéré !

Que les Africanistes restent zen. Oui, la ronde macabre qui décime à toute heure les entraîneurs du monde entier n'est pas forcément plus assassine en Afrique qu'ailleurs. Et pourtant... C'est bien sur le Continent Noir que le sacrifice des sélectionneurs nationaux fait le plus de dégâts. Et le cas du Nigérian Shaibu Amodu, viré hier, rouvre à vif l'une des plaies les plus mortelles du foot africain. Jusqu'à quand, Seigneur ?

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Bon. Par quoi on commence ? Par ce bon vieux Zao, bien sûr. Zao, artiste chanteur de la République du Congo. Zao et sa chanson-phare de 1984, “Ancien combattant”, un sombre morceau pourtant “jubilatoire” (humour noir ?) qui colle pile poil à l'actu permanente des sélectionneurs africains. C'est parti : « Tout à coup, patatrac cadavéré / Le peuple cadavéré, les militaires cadavérés /
Les rois cadavérés, les reines cadavérés / Tous les présidents, cadavérés / Les ministres cadavérés / Tout le monde cadavéré / Et moi même cadavéré
 » ... Amodu cadavéré. Amodu “l'ancien combattant” concentre toutes les tares du foot du continent. Un des meilleurs techniciens de son pays, avec un palmarès long comme le bras. C'est lui qui coachait avec son adjoint Amokachi la vaillante équipe nigériane de cette CAN 2010 en Angola. Pas génial, ce Nigeria 2010, d'accord. Mais vaillant.

Amodu l'a plutôt bien drivé : 3ème de la compète et qualifié pour le Mondial sud-africain. Une génération honnête mais sans l'immense talent des Super Eagles des années 90. Pas de la faute de Amodu, non ? Eh bien si ! Parce que c'est comme ça que ça se passe au Nigeria. Comme dans toute l'Afrique, et depuis trop longtemps. Amodu, l'ancien combattant jamais décoré, toujours humilié. Un premier bail chez les Eagles d'août 1994 à janvier 1995, puis de septembre 1996 à mars 1997. Ensuite de juillet 2001 à février 2002, il qualifie son pays pour la Coupe du monde 2002 en Asie mais on le débarque à trois mois de la Coupe du Monde. Rebelote aujourd'hui : coach depuis avril 2008, lui qui vient de décrocher et la qualif au Mondial 2010 et la 3ème place de la CAN s'est fait virer à trois mois de la Coupe du Monde...

« Coach émissaire » , comme le bouc ?

L'éternel pompier du foot nigérian qu'on prend et qu'on jette n'est pas sans rappeler le cas d'autres sélectionneurs africains. L'Algérien Saâdane, par exemple, qu'on vient toujours rechercher quand les Fennecs sont au plus mal. Idem pour un “sorcier blanc”, comme Henri Michel, travailleur honnête en Afrique mais souvent viré sans ménagement. On ne le répétera jamais assez, le phénomène du “coach émissaire” est l'une des pires plaies du foot africain. Un moyen commode pour les fédés locales de masquer leur incurie (et souvent leur corruption) en jetant en pâture le coupable idéal. Le plus navrant, c'est que le couperet peut tomber n'importe quand, pour n'importe quel motif, brisant très souvent le bon travail de fond effectué pendant des années par de bons techniciens, sincèrement voués à leur tâche. Un match nul ou une défaite contre le pays voisin, et hop ! Cadavéré...

Résultat : l'instabilité chronique au sein des équipes nationales, l'autre fléau du foot africain. Pour ajouter le pire au médiocre, il se murmure que le remplaçant d'Amodu pourrait être Guus Hiddink (actuellement coach de Russie) ou Hervé Renard, qui a mené la Zambie jusqu'en quarts de finale à la dernière CAN. Soit deux “sorciers blancs”... On ne contestera pas leurs qualités, surtout Hiddink, mais le foot africain va encore au plus facile, en oubliant de faire monter en grade l'un de ses techniciens les plus en vue. Quoi de plus enrichissant pour un coach africain que de disputer la Coupe du Monde ?

A qui le tour ?

Considérer le gâchis du cas Amodu, c'est ne pas oublier aussi que le massacre avait déjà commencé avec le limogeage à la fin de la CAN du bon Stephen Keshi. Coach du Mali depuis seulement avril 2008, ila payé brutalement les deux éliminations des Aigles au Mondial 2010 et puis au premier tour de la CAN angolaise (qualif quand même !). Rappel : le Nigérian Stephen Keshi, considéré comme un très bon technicien africain, avait qualifié le tout petit Togo pour la Coupe du Monde 2006. Un exploit. Sauf qu'il fut débarqué à quatre mois du Mondial pour « résultats insuffisants » à la CAN 2006, remplacé par le mercenaire Otto Pfister qui ne permettra pas aux Éperviers de passer le premier tour... Autre rappel : le triomphe de l'Egypte aux CAN 2006, 2008 et 2010 tient essentiellement à la confiance accordée à Shehata à la tête des Pharaons, malgré les éliminations aux Mondiaux de 2006 et 2010. La continuité dans son travail a fait émerger une grande équipe et surtout une identité de jeu efficace et reconnaissable au premier coup d'œil. L'exemple égyptien, trésor du foot africain, ne fait décidément pas école sur le Continent Noir. Pitoyable... Oui, “pitoyable” parce qu'à l'heure qu'il est, la charrette des condamnés pourrait poursuivre sa ronde macabre.

On le sait : Alain Giresse (Gabon), Paul Le Guen (Cameroun) et Vahid Hallilodzic (Côte d'Ivoire) sont en sursis. Le premier a pourtant qualifié les Panthères à leur première CAN et frôlé les quarts et les deux suivants ont qualifié Lions et Éléphants au Mondial 2010... Quel sort attendent les autres techniciens de cette CAN 2010, Faouzi Benzarti (Tunisie), Paulo Duarte (Burkina Faso), Michel Dussuyer (Bénin), Mart Nooij (Mozambique), Hervé Renard (Zambie), Hubert Velud (Togo), Kinnah Phiri (Malawi) ? Tous cadavérés ?...

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