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Laspalles : « Georges Eo a chanté « Allumez le feu » de Johnny »

Il y a quinze ans jour pour jour, la pelouse de la Beaujoire était envahie par des milliers de supporters nantais ivres de joie, pour fêter le huitième titre de l’histoire du club. Un titre qui venait récompenser une formidable saison des Canaris. Latéral droit de cette équipe, Nicolas Laspalles n’a évidemment rien oublié.

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Le 12 mai 2001, le FC Nantes remportait son dernier titre de champion. Quinze ans après, tu te souviens encore parfaitement de ce titre ?
Oh oui, tout à fait. Un titre, surtout de champion de France, c’est quelque chose de magnifique, de magique. C’est la récompense d’une saison longue et éprouvante. Soulever ce genre de trophée, ça reste forcément l’un des moments forts d’une carrière. Ce jour-là, je me souviens très bien du match : on joue face à Saint-Étienne, on a quatre points d’avance sur le deuxième, donc une victoire nous assure le titre. Et puis voilà, il y a ce but de Marama, le coup de sifflet final et tout ce public qui envahit le terrain. C’était tout simplement incroyable.

Le moment où cette marée jaune déboule sur la Beaujoire, c’est vraiment l’image marquante de ce titre, non ?
C’est sûr ! Il devait rester une minute de jeu et, de la pelouse, on voyait tous ces supporters qui étaient prêts à entrer sur le terrain. Les stadiers ne pouvaient plus les contenir (rires). On a vécu une belle communion avec eux ce jour-là, je me souviens qu’on est monté sur un podium d’où Georges Eo a chanté du Johnny Hallyday, en reprenant « Allumez le feu » … C’est une saison qui restera à jamais gravée dans les mémoires, ça c’est certain.

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Ça reste le plus beau moment de ta carrière ?
C’est clairement l’un des plus beaux, oui. Après, j’ai vécu d’autres moments forts comme la première montée en Ligue 1 de Guingamp, à l’issue de la saison 1994-1995. Là encore, on participe à un moment important de la vie d’un club et ce sont des choses qui restent. Mais c’est évident que ce titre de champion reste quelque chose de magnifique. Ce sont des émotions et des efforts sur toute une saison et la récompense finale est formidable. D’ailleurs, il n’y a que la Ligue des champions qui reste au-dessus d’un titre national.

Selon toi, qu’est-ce qui a fait votre force cette saison-là ?
Nantes avait alors un gros noyau de joueurs, formés au club, qui sortaient d’une saison un peu difficile à travers laquelle ils ont pu acquérir de l’expérience dans la difficulté. À cela, le club a intégré quatre ou cinq nouveaux joueurs qui ont su se fondre dans le collectif et dans l’esprit du club. Puis petit à petit, on est parvenu à gravir le classement, au fur et à mesure des matchs, et à se diriger vers le titre sans que ce soit l’objectif initial du club.

« Quand je vois ce qu’a vécu Leicester cette saison, ça me rappelle un peu ce qu’on a vécu à Nantes cette saison-là. » Nicolas Laspalles

Les nouveaux, dont tu faisais partie, ont donc bien été intégrés par le reste du groupe ?
La philosophie de Nantes à l’époque est similaire à celle de l’OL aujourd’hui, et quand vous avez une majorité de joueurs formés au club dans l’équipe professionnelle : c’est aux nouveaux arrivants de s’adapter à eux et à la philosophie de jeu du club, pas l’inverse. Nous, on s’était donc adaptés à ça, et derrière, les anciens nous bien ont accueillis, ce qui fait qu’on a pu se reposer sur des rapports sains et honnêtes entre nous, tout au long de la saison. Et les résultats ont fini par suivre.

Tu dirais que vous étiez une bande de potes ?
C’était une ambiance indescriptible… On savait que dès que quelqu’un allait moins bien, un autre allait l’aider, dès qu’un joueur perdait le ballon, un autre allait faire l’effort pour le récupérer. On était vraiment prêt à se sacrifier les uns pour les autres. À l’entraînement, on arrivait à être à sérieux, à bien bosser, tout en se marrant. Quand je vois ce qu’a vécu Leicester cette saison, ça me rappelle un peu ce qu’on a vécu à Nantes cette saison-là. Il n’y avait aucun problème entre nous, on se disait les choses en face, on allait au restaurant ensemble, on allait boire des coups ensemble. Enfin, bref, c’était l’ambiance parfaite et c’est grâce à ça qu’on s’est mis à y croire petit à petit. Tiens, je me rappelle d’une anecdote en fin de saison, juste avant un match contre le Stade rennais, à sept journées de la fin. Pendant la causerie, avant que l’on parte au stade, Raynald Denoueix nous regarde tous un par un, en nous demandant : « Est-ce que tu veux jouer le titre ? » Tout le monde a répondu « oui » . Et là, il dit : « Ok, alors on y va. » Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais je crois que c’est un moment qui nous a donné encore plus de force pour aller chercher ce titre.

Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné au cours de la saison ?
Déjà, sur un plan collectif, c’était hors normes, on pouvait jouer les yeux fermés, tant on connaissait tous les déplacements de chacun. Et ça, c’était la base, c’est grâce à ça qu’on a pu être champion. Après bien sûr, quand en plus de ça tu as des joueurs comme Éric Carrière - qui doit mettre cette année-là six ou sept buts pour autant de passes décisives - ça fait la différence. Quand tu as également un joueur comme Viorel Moldovan qui était capable de marquer à n’importe quel moment, ou un gardien comme Mickaël Landreau qui était capable de sortir de grands arrêts à chaque match, tu es forcément plus serein. Je ne peux pas sortir un joueur plus qu’un autre, car notre jeu reposait sur une harmonie collective, mais c’est certain que ces trois-là étaient notre épine dorsale.


Et le match le plus marquant de la saison ?
Pour moi c’est ce match contre Bordeaux, lors de la 6e journée. On vient d’enchaîner trois victoires et un nul, on est dans une belle dynamique. On reçoit donc Bordeaux plutôt confiant, d’autant que c’est le derby de l’Atlantique et qu’il faut le gagner, surtout à domicile. Et là, bah tu en prends cinq à la maison, avec Pauleta qui vient te planter un triplé… Là, c’est une énorme claque dans la gueule. Tu te fais huer, le public gueule un peu sur l’entraîneur, donc on est typiquement sur le genre de moment où on aurait pu s’effondrer, lâcher, mais au lieu de ça on a continué à travailler ensemble et ça, c’est quelque chose qu’on a pu faire grâce à cette ambiance dont je parlais. C’est révélateur de la force qu’il y avait dans le groupe cette année-là.


Et si tu devais choisir un but ?
Bah, je vais dire celui du titre, forcément. D’autant que ce but est révélateur de la philosophie du club, puisque c’est Marama (Vahirua, ndlr), un joueur formé au club, qui vient offrir le titre au FC Nantes, ce n’est pas rien quand même.

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Est-ce que tu te souviens bien des moments qui ont suivis ce but, la fin de match, la fête ?

Il y a eu cette marée jaune, on est restés là, à faire la fête avec le public. Et puis après on est allés dans les vestiaires où on a bu du champagne entre nous, en savourant ce moment. On a traîné là de longues minutes, c’était vraiment magique. Et puis derrière on est allés faire la fête en boîte de nuit jusqu’au petit matin. Et le dimanche matin, il y avait Téléfoot qui était à la Jonelière pour couvrir notre titre. Je peux dire qu’à ce moment-là, on avait un peu mal à la tête… Mais ça reste une soirée incroyable !

La saison qui suit, tu découvres la Ligue des champions à 30 ans. On imagine que ça doit être quelque chose d’extraordinaire ?
La plus belle des compétitions ! Et puis on n’avait pas été ridicules, puisqu’on finit premier de notre groupe lors de la première phase de groupes, devant la Lazio, le PSV et Galatasaray, ce qui n’est quand même pas rien. Bon, derrière on est éliminés lors de la deuxième phase de groupes, mais ça reste quand même une expérience incroyable.

« Quand j’ai arrêté ma carrière, avec mon épouse, on a décidé d’ouvrir un magasin de prêt-à-porter à Guingamp, car il n’y en avait pas. » Nicolas Laspalles

Ensuite, tu fais une dernière saison à Nantes, six mois à Lecce avant de conclure par une dernière pige à Guingamp. Pas trop dur l’arrêt de la carrière ?
Non, j’avais 34 ans et je commençais à avoir pas mal de pépins physiques. J’ai eu la possibilité de repartir, mais je n’en avais plus envie, et puis j’étais pas mal diminué par des douleurs au genou, je commençais à avoir de l’arthrose. C’était le bon moment pour arrêter, d’autant que l’EAG me proposait un projet de reconversion intéressant en devenant éducateur au sein du club, donc je n’ai pas hésité. C’est un métier qui me passionne vraiment.

Et tu as également un magasin de vêtements, c’est bien ça ?
Oui, j’ai deux magasins. Quand j’ai arrêté ma carrière, avec mon épouse on a décidé d’ouvrir un magasin de prêt-à-porter à Guingamp, car il n’y en avait pas. Ça va faire douze ans maintenant. Et puis après, mon épouse a eu l’occasion d’en ouvrir un deuxième uniquement pour femmes dans Guingamp également. C’est ma femme qui gère, parce que je n’ai pas le temps d’y bosser avec mon boulot à l’En Avant.

En parlant du club de l’EAG, ton fils évolue dans les catégories jeunes. La collaboration père/fils se passe bien ?
Très bien ! C’est un garçon qui a un caractère bien trempé et qui sait faire la part des choses. La difficulté dans ce milieu là, c’est d’être jugé par rapport à son père, mais ce n’est pas son cas. Il fait ce qu’il a envie, comme il en a envie et il s’en sort très bien. Là, il joue en CFA 2 et il y a des projets qui s’offrent à lui, on va voir tout ça.

Il joue au même poste que toi, donc tu peux nous dire lequel est le plus fort au même âge ?
Écoute c’est une bonne question, je ne sais pas trop. Je pense que j’étais un peu plus technique que lui, mais je pense qu’il a plus de qualités physiques et athlétiques que moi. C’est match nul on va dire, j’ai pas envie de me faire engueuler (rires).

Propos recueillis par Gaspard Manet
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