Nicolas Cambiasso: « Je suis devenu capitaine de l’équipe que je supportais enfant »

C’est au sud-ouest de Buenos Aires, dans le quartier middle class de Floresta, calé entre les rues Chivilcoy, Miranda, Mercedes et l’Avenue Alvarez Jonte, que l’on trouve l’Estadio Malvinas Argentinas. Un petit stade de barrio, propriété d’All Boys, un habitué des ascenseurs entre deuxième et troisième division, mais bien installé en Primera depuis 4 ans. À sa tête, un gardien, capitaine et idole locale. Nicolás Cambiasso va bientôt fêter ses 36 ans, et comme son nom l’indique, il est le grand frère d’Esteban. Même tronche, mais avec des cheveux, il raconte son parcours, le même que celui de la star de l’Inter Milan jusqu’à ses 20 ans. Le contraire ensuite.

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Ton frère et toi avez grandi à quelques rues d’ici...
Oui, dans le quartier voisin de Villa del Parque, à une quinzaine de rues du stade d’All Boys, qui lui se situe dans le quartier de Floresta. Et j’habite toujours dans le coin. Je me suis marié, mais avec ma femme on a acheté une maison dans notre barrio de toujours. À partir de 1991, quand j’avais 11/12 ans, je suis venu avec un ami voir les matchs d’All Boys ici. Et quand j’étais un peu plus grand, je faisais régulièrement les déplacements avec les supporters.

Esteban aussi était supporter d’All Boys ?
Non, non, il m’a accompagné plusieurs fois au stade, mais lui était hincha d’Argentinos Junior, l’équipe de la Paternal, un autre quartier voisin. Il n’y a qu’une vingtaine de rue entre les deux stades, et nos trois quartiers forment un triangle : Floresta au sud, la Paternal au nord, et Villa del Parque à l’ouest. Chez nous, on était donc ou d’une équipe ou de l’autre, et à notre époque, il y avait même beaucoup de gens qui supportaient les deux, parce qu’All Boys jouait plutôt en deuxième, voire en troisième division. Donc le samedi, les gens allaient voir Argentinos, et le dimanche All Boys.

Il n’y a donc pas de rivalité entre les deux ?
Aujourd’hui, si, surtout chez les jeunes. Ils se revendiquent d’un quartier ou de l’autre et vivent le match comme un petit Clásico. Mais généralement, les plus de 40 ans ont de la sympathie pour les deux.

Comme beaucoup de stars du football argentin actuel, c’est Ramon Maddoni qui vous a découverts, toi et ton frère.
J’avais 5 ans, je jouais dans un petit club d’ici. Il est venu me voir et m’a proposé d’aller au Club Social Parque, juste à côté de chez nous, et j’ai accepté. À ce moment-là, Maddoni ne travaillait pas pour Boca, mais pour Argentinos Junior, et presque tous les gamins y allaient, même s’il n’y avait aucune obligation. Dans ma catégorie, beaucoup sont arrivés en première division après, dont Riquelme bien sûr. Roman, à 10 ans, il était déjà différent, comme aujourd’hui, son talent était criant. Au club, tout le monde savait qu’il allait devenir un grand joueur de la sélection.

Pour toi et ton frère se présente alors le Real Madrid. Comment s’est passé le premier contact ?
Ils sont venus ici, et nous ont proposé d’aller ensemble à Castilla, la réserve du Real. Moi, j’étais à Argentinos depuis une dizaine d’années, Esteban avait 16 ans, mais c’était le Real, donc on a dit oui. C’était une expérience très riche, tant humainement que professionnellement. Mon frère a voulu rentrer au bout de deux ans, pour jouer en première division ici en Argentine. Il s’est distingué dans deux grands clubs, Independiente et River, avant de s’imposer au Real. Moi, je suis resté quatre ans là-bas, je n’ai jamais franchi la marche de l’équipe première. Dans ce genre de grands clubs, c’est difficile, parce qu’ils ont les moyens de faire venir qui ils veulent quand ils veulent.

Avec qui étais-tu au Real Madrid Castilla ?
Avec quelques joueurs qui se sont imposés ensuite en Liga, Vicente Valcarce (Málaga), Roberto Rojas (Málaga, Rayo Vallecano), Mista qui a gagné la Coupe de l’UEFA avec Valence. Et trois ou quatre autres comme ça, pas des cracks, mais des mecs qui ont réussi à se faire une place dans le foot espagnol. Chez les gardiens, aucun de ma génération n’a réussi à s’imposer après Casillas, qui était bien plus jeune que nous.

La réussite de ton frère t’a surpris ?
Non, c’était le champion du monde des moins de 20 ans le plus jeune de l’histoire. Il avait trois ans de moins que les autres et était titulaire à chaque match. Bien sûr, ce n’était pas Riquelme, qui était au-dessus de tout le monde, son futur n’était pas déjà assuré à 14 ans, mais il était talentueux et on croyait beaucoup en lui.

Tu vas le voir parfois en Italie ?
J’y suis allé, mais généralement, on a les mêmes vacances, et c’est à chaque fois lui qui vient ici, dans son quartier.

Il finira avec toi à All Boys ?
Non, ça m’étonnerait vraiment. Chacun a fait son chemin. Et franchement, quand on jouait ensemble, on ne profitait pas. On dépendait un peu l’un de l’autre, c’était difficile de se concentrer uniquement sur soi-même. Non, ce n’était pas très agréable et je ne crois pas que ce soit dans ses plans de terminer ici.

Pendant que lui s’imposait en Europe, toi tu naviguais en deuxième division.
Oui, en rentrant de Madrid, j’ai joué cinq saisons dans l’ascenso (la D2 argentine), et une année à Olimpo de Bahia Blanca en Primera, mais on a été relégués en fin de saison. Et en 2007, je signe à All Boys, alors en troisième division. Depuis, on est montés deux fois consécutivement, on se débrouille bien dans l’élite depuis quatre ans, j’ai disputé plus de 300 matchs avec ce maillot et je suis devenu capitaine de l’équipe que je supportais enfant, ce qui est un sentiment très particulier. Il y a 20 ans, j’étais là assis dans la tribune. Crois-moi, mon premier match ici avec le maillot d’All Boys a été très bizarre. Et les résultats obtenus ont dépassé tout ce que j’avais imaginé. Avant notre montée, le club n’avait disputé que huit saisons en première division dans toute son histoire.

« J’aime ce club, mais heureusement il continuera à vivre sans moi »

Tu ne t’es pas imposé en Europe, mais en contrepartie tu es devenu l’idole de ton club de cœur.
Idole, c’est un grand mot. Je sais que les supporters m’aiment bien, je suis respecté. C’est ce qui me donne envie de tout donner et d’être performant.

Comme d’autres clubs professionnels argentins, All Boys est dans une situation financière compliquée, avec d’importants retards de paiement. En tant que capitaine, c’est toi qui gère les négociations ?
Oui, mais je n’aime pas faire ça tout seul. Il faut avoir l’avis de tous. Ici, on est trois ou quatre « cadres » et on essaye de créer un dialogue entre les joueurs et la direction. Après, sur le terrain, on essaye d’oublier tout ça. On n’a jamais justifié un bon ou un mauvais résultat par ces retards de paiement. Pendant la semaine, il y a des discussions. Mais le week-end, on laisse ça de côté et on donne tout pour le maintien.

C’est un reflet du mauvais état économique du foot argentin ?
Oui, en Argentine, on dépense plus que ce que l’on encaisse, et l’économie, c’est mathématique. Si chaque mois il y a deux pesos qui entrent et trois qui sortent, ça ne fonctionne pas. Et forcément, ça a des répercussions sportives. Regarde, ici, entre ce championnat qui commence et celui de l’année dernière, on a perdu neuf joueurs ! Donc pour compenser, on intègre des jeunes, et sur la feuille de match se retrouvent plusieurs joueurs qui n’ont pas une seule minute en première division. Avec du sacrifice, de l’amour propre, de l’intelligence, on essaye de faire en sorte que cette différence n’influe pas trop, mais logiquement le niveau tend à la baisse.

Ton objectif est de terminer ta carrière ici ?
Je ne pense pas à ça, c’est d’ailleurs pour ça que je ne signe que des contrats d’un an. Au mois de juin, on se réunira à nouveau et on verra si on repart pour une nouvelle année ensemble. Aujourd’hui, mon club est All Boys. Et les sept dernières saisons, c’était aussi All Boys. J’aime ce club, mais heureusement il continuera à vivre sans moi.


propos recueillis par Léo Ruiz
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Parours plus qu'honorable.Et c'est peutêtre toi qui a le monopole du coeur dans la famille,voir même tu es la motivation première de ton petit frère Esteban,devenu grand depuis.Chapeau l'artiste!
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