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Nicola Son : « Des gamins s'appellent Pelemerson »

Nicola Son est français mais est tombé amoureux au Brésil, au point de sortir un album de samba intitulé « Parioca » . Comme, en plus, il « aime bien le foot » , il avait forcément des choses à dire avant France-Brésil.

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Comment es-tu tombé amoureux du Brésil ?


C'est venu par la musique. Quand j'avais 15 ou 16 ans, je suis tombé par hasard dans la discothèque de mes parents sur une compil' de jazz avec dix-neuf morceaux américains et un morceau brésilien. Ça a été un choc parce que ça ne sonnait pas du tout comme les autres trucs. Je trouvais la musique tellement douce, parlante, rythmée que ça m'est resté dans le crâne jusqu'à quelques années plus tard.

Et ton premier voyage au Brésil ?


Je suis parti en 2003, seul, pendant six mois. Je suis arrivé à Rio, je suis resté deux mois. J'ai senti la température, l'objectif était d'apprendre la langue, d'écouter beaucoup. La première chose qu'on m'a demandée quand je suis arrivé au Brésil, c'était quelle équipe je supportais, pas comment je m'appelais. J'ai répondu « A sua » , la tienne. Je ne voulais pas en avoir un sur le dos dès que j'arrivais.

Du coup, tu t'es intéressé au football brésilien ?


Je suis allé deux ou trois fois au Maracana avec des Flamenguistas. Je supportais Flamengo. Le but était de découvrir, de faire la teuf, d'oublier les soucis que j'avais en France. Après je suis parti à Sao Paulo où j'ai travaillé au consulat. Là-bas j'allais voir Corinthians. J'avais un pote qui m'avait dessiné le logo de Corinthians sur un bout de serviette que j'ai toujours. Mais le nombre d'artistes qui sont flamengistes, le nombre de musiques à la gloire de Flamengo, c'est impressionnant. Notamment Jorge Ben, Marcos Valle, ou Bebeto, qui en parlent beaucoup. Les supporters de Vasco, Botafogo ou Fluminense sont souvent en minorité.

Est-ce que tu as eu l'impression que le foot avait encore plus d'importance que la musique ?


C'est une question difficile. Pour les Brésiliens, la musique est à la fois leur musique, leur poésie et leur littérature, c'est ce qui regroupe toute la culture populaire. Pour la majorité du peuple, l'appartenance à la patrie passe par la musique. Et par le foot. Quand on se balade à Rio et qu'on va des plages d'Ipanema jusqu'à la zone nord et le centre de Rio, la praia de Flamengo, c'est des rangées de terrains de foot, les uns après les autres. Et les gamins jouent non stop. Les terrains sont envahis. J'ai habité à la fois dans les quartiers riches et dans les quartiers populaires, quand je rentrais à 4h du matin, il y avait des gens qui jouaient. Cette passion est même parfois excessive. Je suis convaincu qu'il y en a qui seraient prêts à tuer leur femme pour leur équipe. Qui préfèrent aller voir un match de leur équipe plutôt que de consacrer un peu de temps à leur famille. Il y a des gens qui sont tellement nostalgiques de la grande époque de Zico, de Socrates, de Pelé, que certains gamins ont des noms qui sont la contraction de deux ou trois joueurs de foot. Du genre Pelemerson, ou Zicofilho.

Est-ce qu'on peut parler du Brésil sans parler de foot et de samba ?


Oui, évidemment. Le Brésil est un pays pluriel. Les différences régionales sont plus marquées qu'ailleurs parce que c'est un pays-continent. Quand tu parles à quelqu'un de Roraima, il est plus près d'un Venezuelien ou d'un Colombien que d'un mec de Sao Paulo. Dans le nord, il y a beaucoup moins de samba, ce sont des rythmes beaucoup plus afro. C'est le forro, le maracatu, le frevo, le bumba-meu-boi, j'en passe et des meilleurs. Mais la samba et le foot restent quand même une identité forte. Comme tous les clichés, il y a un fond de vérité.

On peut considérer ces deux éléments comme le ciment de la nation ?


Oui, c'est clair. Je dirais même que c'est une passion-haine avec l'équipe nationale. On n'accepte pas que le Brésil puisse perdre en quart-de-finale de coupe du monde. Quand ils se sont fait éliminer, ils se sont fait lyncher. C'est un désastre national, il n'y a plus personne dans les rues. De la même façon que quand ils gagnent, c'est comme le carnaval. Quand ils jouent, tout s'arrête. C'est incroyable.

On entend souvent que le rythme de la musique brésilienne se retrouve dans le style de jeu des footballeurs. Tu as eu cette impression-là en voyant des matchs au Brésil ?


J'ai trouvé les matchs nationaux assez faibles, individualistes. Ce qui reflète un peu la société brésilienne. Parce que derrière ce côté « on est tous ensemble, on est tous fiers de notre pays » , ce n'est pas une société très solidaire. Ça n'enlève rien à leur côté avenant, leur sens de l'hospitalité, mais la société en elle-même, c'est quand même les petites magouilles, les intérêts personnels. Par contre, on peut faire un parallèle entre le foot et le choro, qui est un style de musique de Rio, une sorte de New Orleans à la brésilienne, qui est une musique virtuose, élégante et balancée. Comme la samba, c'est une musique où le rythme est toujours anticipé, on ne joue jamais sur le temps, on est toujours en avance. Si les Brésiliens sont aussi bons en attaque et si peu en défense, on pourrait dire que ça reflète la philosophie rythmique du pays. Alors que les Français sont plus défensifs. On pose les choses, on attend, on sécurise nos arrières. Il y a une société qui va vers l'avant et une autre qui reste sur sa grandeur passée. Je suis convaincu qu'on a beaucoup de choses à apprendre des Brésiliens.

Qui supporteras-tu cette fois-ci ?


Je suis à fond derrière la France parce que je retourne là-bas en juin pour une tournée et ce serait un délice de leur faire fermer leur clapet. C'est vrai que se charrier est un sport national au Brésil. C'est pour ça que je conseille à toute personne voulant s'imprégner de la culture brésilienne d'apprendre le portugais et d'apprendre leur argot, sinon ils se foutent de toi et te font tourner en bourrique.

Tu es passé dans l'émission « Au rendez-vous » , sur France Ô, en même temps qu'un type qui s'appelle Gustave Awong, auteur de « Astro-animaux » , un bouquin pour choisir les animaux de compagnie en fonction de leur signe astral. Tu penses qu'il aurait pu aider Domenech ?


(Rires) Étant donné que les joueurs de foot réfléchissent en général à peu près au même niveau que les animaux, peut-être qu'en regardant leur horoscope, il aurait pu déterminer les bons joueurs à mettre en place pour la coupe du monde.


Nicola Son sera en concert au Satellit Café le 4 mars, dans le cadre du festival Paris-Brasil.


Propos recueillis par Thomas Pitrel

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On dit 'flamenguistas' avec un 'u', ça change tout. Mais pour ça, faut avoir un tant soit peu de culture...

Sinon pour le 'Comme tous les clichés, il y a un fond de vérité.', c'est vrai que le cliché sur les Français a l'etranger c'est qu'ils sont arrogants et ne se lavent pas... doit y avoir un fond de verite!!
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