Nicky Allt : « Le football et le théâtre sont très liés »

Il y a trente ans, Nicky Allt se levait tous les matins pour aller sur les chantiers de construction de bâtiment. Les week-ends, il parcourait l’Angleterre pour suivre son équipe de cœur : Liverpool. Aujourd’hui âgé de cinquante-cinq ans, son emploi du temps est toujours aussi rempli, mais pas pour les mêmes raisons. Le natif de Liverpool est désormais auteur de pièces de théâtre. Son dernier show, Celtic the musical, qui retrace l’histoire du Celtic, a été joué dans les plus gros théâtres de Glasgow, Dublin et Belfast. Rencontre avec un homme qui déplace les supporters du stade aux salles de théâtre.

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Est-ce que tu peux nous dire un peu d’où tu viens ?
Oui bien sûr. C’est peut-être un peu surprenant, mais moi, à la base, je n’ai rien à voir avec le théâtre. J’ai toujours eu deux passions, l’écriture et le football. À l’âge de quinze ou seize ans, j’ai dit à l'un de mes profs que je souhaitais soit devenir footballeur professionnel, soit écrire des livres. Il m’a dit que je ferais mieux d’aller directement à l’usine... Alors j’ai commencé ma carrière en faisant plein de petits boulots. J’ai beaucoup travaillé en tant qu’ouvrier dans le bâtiment. Puis un jour, je me suis dit qu’il faudrait que j’arrive à faire ce que j’aime.

Comment on passe d’ouvrier à auteur ?
Mes boulots ne me plaisaient pas trop, en fait. Alors j’ai commencé à acheter des livres et je me suis mis à écrire, avant de franchir le pas et de m’inscrire à l’université de Liverpool pour étudier le théâtre. J’y suis resté deux ans, j’ai écrit mon premier livre, puis je me suis lancé à 100% dans l’écriture.

À t’entendre, on a plus l’impression de parler à un fan de théâtre que de football ?
Non, ça a toujours été les deux, vraiment. Je voulais écrire depuis que je suis tout petit, mais étant né à Liverpool, le football fait partie de moi. Je suis un grand fan de notre club. Ces dernières années, je n’ai pas pu faire tous les déplacements. Mais j’ai eu une période où je ne ratais pas un seul match. Pendant sept ans, j’ai suivi l’équipe absolument partout.

« Au départ, les directeurs de théâtre ne voulaient pas des supporters dans leurs salles. »

Le football et le théâtre ne sont que rarement associés. Qu’est-ce qui t’a fait croire que ça pouvait marcher ?
Je pense qu'en fait, les deux sont beaucoup plus liés que nous pouvons l’imaginer. Le déclic pour moi, ça a été ce qui s’est passé en 2005 à Istanbul. Ce match entre Liverpool et l'AC Milan, c’est une pièce de théâtre. J’étais au match, proche de quitter le stade à la mi-temps. Puis à la fin, j’ai ressenti une immense joie. Comment une équipe, qui possédait à l’époque les meilleurs joueurs du monde avec Pirlo, Maldini, Nesta, Shevchenko peut perdre une finale de Coupe d'Europe alors qu’elle mène 3 à 0 ? Après ce match, j’avais tout ce qu’il me fallait pour écrire mon premier show sur le football. Ce stade magnifique, bouillant du début à la fin, ça m’a rappelé que les gens qui allaient au stade, ils venaient assister à une pièce de théâtre. Le scénario était parfait. Une équipe au fond du trou à la mi-temps, qui finit par l’emporter face au favori. Je ne pouvais rêver mieux. Alors j’ai lancé la conception de mon premier show consacré au foot : Une nuit à Istanbul.


Pas trop dur d’arriver à mettre le football en mode théâtre ?
Ça dépend quoi. Pour ce match, comme je te disais, le scénario se prêtait au théâtre. J’avais l’histoire, j’avais l’idée et je savais que si c’était bien réalisé, ça allait marcher. Après, ce qui a été dur, c’est de résumer tout ça en 1h30. Raconter l’histoire d’un supporter qui va au stade, ses émotions, comment arriver à décrire l’histoire du match pour que le spectateur comprenne tout et ne se trompe pas. Ça, c’était plus dur. Mais c’est aussi parce que c’était le premier de ce genre.

Les directeurs de théâtre étaient-ils ouverts à passer une pièce sur le football dans leur salle ?
Oui et non. Je pense qu’ils ont vu que les scénarios et l’histoire pouvaient être sympas. Mais ils avaient peur d’une chose : c’est de l’audience qui allait venir. Au départ, ils ne voulaient pas voir les supporters venir dans leurs salles. Ils avaient peur qu’ils viennent avec de l’alcool, qu’ils se comportent mal. Ils ont dû accepter l’arrivée d’une nouvelle audience, mais surtout d’une nouvelle culture chez eux. Mais finalement, tout s’est toujours très bien passé.

À l’inverse, les supporters sont-ils venus facilement au théâtre ?
Ça n’a jamais été trop difficile, car j’étais l’un des leurs. Ils le savaient. Donc ils se sont dit que, comme je faisais quelque chose, il fallait qu’ils viennent m’encourager. J’ai fait en sorte que les différentes pièces de théâtre soient accessibles à tous. Je ne mettais pas les prix à plus de 20 ou 30 pounds par pièce. À l’heure où il coûte de plus en plus cher d’aller voir un match de foot, je pense que c’est bien que le théâtre reste ouvert à tout le monde. Et c’est aussi quelque chose dont je suis très fier, la plupart des supporters n’étaient jamais venus au théâtre avant et, grâce à ce genre de shows, ils ont eu leur première expérience et sont revenus.

« Amener la culture foot dans les salles de théâtre. »

Finalement, les directeurs étaient contents du comportement des supporters et ces derniers heureux de leur première expérience ?
Oui, tout à fait. Pour le premier show One Night in Istanbul, j’ai galéré à obtenir l’accord du directeur pour jouer la pièce. Puis finalement, on a fait 26 000 entrées, et le spectacle a été joué pendant dix nuits de suite. Il n’y a eu aucun problème de comportement. Beaucoup de supporters sont revenus voir la pièce plusieurs fois. Pour le Celtic, ça a été plus simple. L’expérience réussie de la première pièce nous a beaucoup aidés.

Ça ressemble à quoi, un show sur le football ?
On essaie d’amener un peu de culture foot au théâtre, le tout dans une atmosphère conviviale. Par exemple, pour le show sur le Celtic, on a commencé par une scène montrant des supporters allant au match. Les joueurs, les présidents, les supporters, tout le monde est représenté. On a également un énorme écran au milieu de la scène pour faire revivre des moments importants de l’histoire du club aux spectateurs. On utilise beaucoup de musiques également. Dans le show consacré au Celtic, il y a plus de dix-huit sons différents qui apparaissent.


Qu’est-ce qu’il faut pour faire une bonne pièce sur le football ?
Bien connaître l’histoire des clubs sur lesquels on écrit. Pour Liverpool, ça a été facile pour moi, ayant grandi dans la culture de ce club. Et puis comme je vous le disais, ce qui s’est passé en 2005 ne demandait qu’à être mis en scène. Pour le Celtic, c’est la même chose. C’est un club que j’ai toujours suivi, qui a plus de cent ans d’existence, des titres, des supporters fabuleux et plein d’histoires à raconter. Ce genre d’histoire va amener les gens au théâtre, car ils peuvent s’y identifier.

Pour finir, tu aimerais écrire sur d’autres clubs ?
Oui, bien sûr. Je pense que l’on peut le faire sur beaucoup de clubs à condition de trouver la bonne histoire et d’avoir une mise en scène originale. J’ai cru l’avoir trouvée au mois de mai dernier lorsque Leicester a remporté le championnat anglais. Je me suis mis en contact avec des gens là-bas, mais ils ne sont jamais revenus vers moi. Alors à voir, pour le moment, j’écris sur d’autres sujets, mais je suis persuadé que je reviendrai vite vers le foot.

Propos recueillis par Charles Thiallier
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