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Newcastle du désir

Fringants cinquièmes du dernier championnat, les Magpies rêvent de plus en plus d’aller plus haut. On pourrait se marrer mais on ne devrait pas. Car Newcastle est un des rares derrière les deux Manchester à ne pas avoir (encore ?) perdu de joueurs majeurs. Et la stabilité est une idée payante, souvent…

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Newcastle est une terre paradoxale. Voilà un endroit majuscule du football britannique où l’on entretient une lose d’un niveau assez rare mais en affichant toujours un cœur de champion. Vain mais bandant. Peut-être faut-il voir l’influence de cette cathédrale du foot anglais qu’est Saint-James Park. Un peu comme la religion qui permet notamment aux moins favorisés par la vie de croire en des jours meilleurs, la ferveur des tribunes ambiancées par la Toon Army, jusqu'à la dévotion, permet aux fidèles de ne jamais se décourager malgré une maxime que n’aurait pas reniée Gary Lineker : «  Le foot est un sport qui se joue à onze contre onze et où la fin ce sont toujours les Magpies qui perdent  » . Newcastle, qui n’a rien gagné depuis 1969 (une Coupe de l’Uefa quand même, hein), vient même de goûter le fumet de la deuxième division il y a deux ans à peine mais va encore se projeter dans la saison avec l’espoir pas si secret que ça de réussir un gros truc.

Et pas besoin d’être un natif du coin pour être imbibé de cette croyance aveugle. Tenez, même ce brave Hatem Ben Arfa s’est laissé aller à des rêveries d’ivrogne, celles beuglées par les intégristes du club, accoudés sur le zinc. « Tous les joueurs sont restés. Je pense que nous devons être confiants à la vue de nos très bons joueurs. Peut-être que si l'on se sent bien, on peut finir entre la première et la quatrième place. Pourquoi pas ? Pourquoi ne pourrions-nous pas dire que l'on peut être champions ? Tout est possible  » . C’est ça Hatem : et alors la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu. Encore que… Non bien sûr, le titre relève de la folie pure et simple mais le Big Four est-il une idée totalement absurde ? Pas certain…

La défense bordel, toujours la défense

Car le raisonnement de Ben Arfa se tient. L’an passé, Newcastle a fini à la cinquième place, ce qui était déjà une belle performance en soi, d’autant que jamais les Toons n’ont semblé en surrégime, perdant les matches face à plus forts qu’eux, gagnant face à presque tous les autres. Or, avec un effectif conservé, avec une année de vécu supplémentaire, qui sait si la formation d’Alan Pardew ne peut pas forcer le passage jusqu’en Ligue des champions. C’est un défi qui mérite d’être zieuté car derrière les deux Manchester, a priori partis pour un mano a mano en tête, c’est un peu le grand flou. Arsenal doit survivre au départ de Robin van Persie, Tottenham à celui de Modric, Chelsea à celui de Drogba et à son projet de rajeunissement, et on ne parle pas de l’énième phase de reconstruction de Liverpool.


Alors ? Alors il y a un coup à jouer. Car, mine de rien, ce Newcastle est pas mal outillé. Sa doublette offensive Ba-Cissé est une garantie de taille et de profondeur, Ben Arfa la possibilité d’une virtuosité rare, et le duo Cabaye-Tioté une assurance d’un milieu taillé pour la Premier League. Reste cette défense, la plus mauvaise du top 10 l’an dernier, comme une tradition qui perdure. La dernière fois que Newcastle fut en mesure de jouer le titre, en 1995-1996 (les Magpies avaient compté jusqu’à 12 points d’avance sur MU en février avant de s’écrouler), c'était déjà sa constellation d’attaquants et de milieux offensifs qui faisaient les beaux jours de Sait-James Park, à défaut de lui garnir l’armoire à trophées. Près de vingt ans plus tard, cette habitude colle aux basques locales, comme le sparadrap de qui vous savez. Intrigant quand même. Car la plupart du temps, les équipes règlent vite la question arrière avant de remonter patiemment la construction jusqu’à l’attaque, la pierre finale de l’édifice. A Newcastle, on fait juste l’inverse. Paradoxal, on vous dit. Mais terriblement excitant.

Dave Appadoo
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