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Nestorovski, comme un air de Super Pippo

Débarqué dans un relatif anonymat en Sicile cet été, le Macédonien Ilija Nestorovski s'est imposé à la pointe de l'attaque de Palerme à coups de buts de crevards, ce qui lui vaut d’être régulièrement comparé à Filippo Inzaghi. La marque d'un joueur de vingt-six ans qui s'est longtemps épanoui loin de la lumière des projecteurs, avant de démontrer sans plus attendre ses qualités en Italie. Dans son style, sobre et sans artifice.

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Demandez à un supporter de Palerme de vous parler du début de saison catastrophique de son club et vous aurez probablement droit à un résumé maussade et sans allant des onze premières journées de championnat. Mais parlez-lui d'Ilija Nestorovski, l'attaquant macédonien qui a rejoint les Rosanero cet été et vous verrez sans doute deux-trois étoiles dans ses yeux. Alors oui, Palerme est 19e de Serie A avec seulement six points au compteur. Reste que la cité insulaire n'a pas encore abandonné tout espoir de conserver sa place dans l'élite. L'opération maintien devrait notamment dépendre des performances du nouvel avant-centre du club sicilien, qui s'affirme comme la seule vraie bonne surprise du début de saison palermitain.

Des doutes, puis des buts


Nestorovski arrive pourtant sur la pointe des pieds en Sicile. Le joueur y débarque pour la somme modique de 500 000 euros, avec comme seule référence sa réputation de buteur en série acquise avec la formation croate de l'Inter Zaprešić, avec laquelle il a planté 69 buts en 90 apparitions de 2013 à 2016. « Il n'y a que lui, il faut bien lui faire confiance » , écrit ainsi mi-septembre le Corriere dello Sport, qui regrette que la formation palermitaine ait été incapable d'attirer un artilleur plus huppé, à l'image de Marco Borriello, l'une des cibles prioritaires du mercato estival qui a finalement opté pour Cagliari. Puis Nestorovski marque son premier pion en Serie A le 18 septembre. Avant d'inscrire le seul but du match contre l'Atalanta la semaine suivante, offrant à Palerme sa première (et pour l'instant seule) victoire en Serie A cette saison. S'ensuivront trois autres buts et un constat, implacable : Nestorovski a jusqu'ici inscrit cinq des huit réalisations des Rosanero cette saison. Un bilan statistique qui ne doit rien au hasard, mais qui est bien le produit des caractéristiques atypiques du Macédonien. Car sur le pré, Nestorovski a tout du renard à l'ancienne, ni spécialement grand (1,83 m), ni particulièrement rapide ou technique. Mais ses buts, quasi invariablement des frappes en première intention où il coupe les centres de ses coéquipiers, parlent pour lui. En bref, le Macédonien allie un placement malin, une excellente lecture des trajectoires, une capacité à se faire oublier de la défense adverse et un jeu de tête précis, le tout au service d'une qualité de finition supérieure. À l'arrivée, c'est souvent moche, mais remarquablement efficace.

L'ombre de Super Pippo


Un style qui, à première vue, n'est pas sans rappeler celui d'un certain Filippo Inzaghi. Et comme la cité sicilienne n'est pas franchement connue pour son sens de la mesure, rien d'étonnant à voir les grandes figures du club rosanero comparer à tout bout de champ Nestorovski à l'ancien buteur de l'AC Milan. L'entraîneur de Palerme Roberto de Zerbi, décrit ainsi son attaquant d'origine croate comme « un joueur très important qui sent très bien le but » auquel il songe à « envoyer des DVD sur la carrière de Super Pippo afin qu'il puisse les étudier » ; tandis que le président palermitain, Maurizio Zamparini, dit carrément du Madédonien qu'il est « comme Inzaghi. Vous le servez dans un couloir sans espace et il vous marque un but. » Même son de cloche du côté des anciens de la maison, comme Fabrizio Miccoli : « De ce que j'en ai vu, ses caractéristiques techniques sont très semblables à celles d'Inzaghi. Il doit donc être servi dans la surface, où il peut exploiter son excellent sens du but. » Histoire de ne rien gâcher à l'enflammade générale, Nestorovski a même la bonne idée de marquer avec la sélection macédonienne face à... l'Italie le 9 octobre dernier, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2018 (défaite 2-3 à Skopje).

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« L'argent ne me changera pas »


Heureusement pour lui et probablement aussi pour Palerme, qui aura bien besoin que son buteur garde la tête froide, Ilija Nestorovski n'est pas du genre à s'extasier sur l'explosion soudaine de sa notoriété. On parle ici d'un joueur qui a tellement à cœur de ne pas faire de vagues hors terrain qu'il en vient même à s'excuser pour avoir célébré avec un peu trop de véhémence, d'un doigt sur la bouche, un but face à la Sampdoria le 2 octobre dernier : « Je tiens à m'excuser auprès des fans de la Sampdoria... Je n'avais aucune intention de les offenser, j'étais seulement heureux pour mon but. » Il faut dire que peu avant d'arriver en Italie, Nestorovski avait déjà tenu à expliquer qu'il ne se monterait pas la tête, alors même qu'il quittait l'obscur championnat croate pour les lumières de la Serie A : « Oui, ma valeur financière a été décuplée ces trois dernières années... Mais bon, je vous assure que l'argent ne me changera pas. J'étais humble quand je suis arrivé à Zaprešić, je le resterai à Palerme. » Un gars dont le salaire de footeux n'a semble-t-il pas fait perdre le contact avec les réalités du quotidien : « Je suis retourné il y a peu à Dubrovnik (en Croatie, ndlr) pour passer quelques jours avec ma famille et j'ai été horrifié de payer un café 39 kuna (environ cinq euros). Ça me semble énorme, quel que soit l'argent qu'on gagne. » Et qui affirme ne pas s’être formalisé une seconde lorsqu'il a pris connaissance du scepticisme qui a accompagné son arrivée en Italie : « Les critiques font partie du jeu, c'est normal en football. Mais il n'y a qu'une seule bonne manière de répondre : sur le terrain. » Quant aux analogies avec Pippo Inzaghi, Nestorovski les a écartées avec délicatesse. « Je voudrais seulement être Ilija Nestorovski. Mais la comparaison avec un joueur ayant eu une carrière comme celle d'Inzaghi me rend très fier. » Des propos à mi-chemin entre l'ambition et la modestie. Une réponse de renard en somme, qui préfère rester dans l'ombre, en attendant de pouvoir assumer pleinement sa place dans la lumière.

Par Adrien Candau
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Ca depend ou tu le prends ton café a Dubrovnik... 5€ ca reste enorme mais c une ville tres touristique...
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