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«Si il n’y avait pas eu le football, je crois qu’on serait encore tous vierges» Claudio "el Turco" García

Ne riez plus du Mans !!!

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15 décembre 2007
On a cru que Le Mans était la chose de Frédéric Hantz, ou lui avait réussi à le faire croire à des journalistes bon public. Le Mans c’était Hantz, ses méthodes, du Guy Roux qui aurait assimilé la fin du marquage individuel et l’extinction des ailiers la craie plein les crampons. En quelque sorte un gourou de la Sarthe capable de transformer le plomb en plaqué or. Six mois plus tard, le mythe va pointer à l’ANPE entraîneur (comprendre les antennes de Canal) alors que le MUC 72, drivé par Rudy Garcia, réalise sa saison la plus accomplie sur le plan du jeu et des résultats avec une quatrième place. La hype mancelle serait-t-elle durable alors ?

C’est un personnage récurrent du football français, la PME de Province sans trop de moyens mais bien gérée, celle qu’on aime à opposer à l’incurie des grands groupes (Paris, Marseille, Monaco et un RC Lens qui s’est bien mérité sa place).

L’histoire commence toujours dans un stade vétuste avec un entraîneur sans grand pedigree, un président entrepreneur local du genre parti de rien et il y a l’équipe montée avec trois bouts de ficelle, un peu de formation et beaucoup de flair.

A la fin, tout le monde termine par s’embrasser dans un premier tour de Coupe de l’UEFA. De la fiction à la française, pleine de bons sentiments et de personnages truculents : sympa mais le scénario ne tient pas la route sur plusieurs saisons.

Aujourd’hui Guingamp, Troyes et Sedan cachetonnent en Ligue 2 et radotent avec leurs histoires d’Inter au Roudourou. De cette période restent comme reliques des beaux petits stades et des centres d’entraînement à faire passer le Camp des Loges pour un Algeco prêté par la Mairie de Paris. Les bons résultats amènent les ambitions, le club se structure, puis les résultas disparaissent et le club inaugure son nouveau stade pour la réception d’Amiens alors qu’il pensait inviter l’Olympique de Marseille.

Le Mans se trouve à ce carrefour. Vanté avec raison pour son jeu, le club de la Sarthe et de François Fillon (meneur de jeu très reculé) veut construire sur la durée. Et d’abord s’acheter une respectabilité qui passe par la construction d’un nouveau stade. Parce que Léon Bollé ça commence à ne plus faire crédible. L’an dernier, un article de Libération vantait ce stade décrépi aux tribunes découvertes « avec des places populaires vendues à 5 euros et des palissades en béton en guise d’urinoirs derrière la buvette ». Un stade où on pisse encore à la fraîche méritait un classement par les Monuments de France. D’ici 2009, le MUC recevra dans une enceinte confortable et familiale, avec de la loge pour garder le sponsor au chaud, un stade sans tracas ni blabla, ni odeur d’urine. Une autre idée du foot. Le Mans et son président Henri Legarda ont de l’ambition, ils s’imagineraient bien en Udinese ou VillarReal français ; toujours dans la première moitié du tableau et une intrusion à l’occasion dans les cinq. Emmerdeur officiel du championnat : le rôle n’est pas crédité, les Auxerrois ne rentrant plus dans le costume depuis un moment.

Pourtant en début de saison, avec les départs cumulés de Hantz et des buteurs Grafite et Bangoura, les Manceaux étaient donnés partants pour l’ascenseur. Dans la double transaction, le club aura récupéré 13 millions d’Euros et convaincu Pelé et Bassa de différer leur départ.

Au Mans on recrute souvent juste, on a de l’imagination dans les filières (De Melo au Danemark, Matsui au Japon, Gervinho en Belgique). Le club ne retape pas les éclopés de la Ligue 1, il préfère prospecter sur tous les nouveaux marchés, des joueurs jeunes de préférence puisque l’équipe affiche la moyenne d’âge la plus juvénile du championnat, 22 ans et pas un trentenaire.

Derrière les venues de Romaric, Matsui, Bassa ou Grafite se trouve le Bernard Lacombe helvète, Daniel Jeandupeux, conseiller spécial auprès de Legarda. La comparaison avec Bernard Lacombe s’arrête là. Jeandupeux écrirait des livres. Quand il débarque comme entraîneur fin 2003, le Suisse n’empêche pas une descente presque annoncée pour la toute première saison du Mans en Ligue1, mais il parvient à jeter les bases sur lesquelles se reposent encore le MUC. L’équipe reléguée au printemps 2004 donnait déjà le ton au niveau de la qualité de jeu pratiqué lors d’un bonne phase retour. Hantz poursuivra sur cette ligne, Rudy Garcia n’en dévie pas beaucoup non plus.

Le Mans produit donc du jeu par philosophie, par nécessité (le fameux salut qui passe par le jeu est pleinement revendiqué par Garcia) et parce que Le Mans peut s’appuyer sur des joueurs de pure inspiration, des intuitifs comme Matsui ou Romaric, ou la dernière Gervinho, le prototype même du joueur façonné par l’école Jean-Marc Guillou.

Les intentions d’une équipe se jugent souvent à l’identité de ses milieux défensifs, ce sont eux qui donnent le ton, impriment leur rythme. Avec l’Ivoirien Romaric, les Manceaux choisissent plutôt l’option Pirlo que celle Makélélé (c’est pour situer). Ancien attaquant brouillon, Romaric est devenu l’un des milieux relayeurs les plus convoités du championnat, par son abattage et surtout la qualité de son jeu long. « Je n’ai pas peur de le dire, Romaric a un jeu long de classe mondiale » avançait Rudy Garcia dans son interview pour le numéro 49 de So Foot. La façon dont l’équipe s’adaptera à son départ pour la CAN en dira beaucoup sur sa capacité à s’inviter pour l’Europe.

Parce que oui, Le Mans dans les cinq en fin d’année, il n’y pas de chute à l’histoire. C’est même assez envisageable si on se réfère à l’impression laissée lors de la victoire sur Nancy. Non, pour Le Mans, le plus beau commencera après. On peut trouver des clubs en Ligue 2 pour en témoigner.

Alexandre Pedro




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