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Nainggolan, Maharadjah de la Roma

Privée de la Ligue des champions et condamnée à jouer dans un championnat dont le suspense pour le titre est quasi inexistant, la Roma s'apprête à vivre une nouvelle saison de combats âpres pour exister. Heureusement pour elle, la Louve a réussi à conserver Radja Nainggolan, qui se cache de moins en moins pour montrer qu'il est le vrai chef de l'équipe sur le terrain.

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Il avait beau tout faire pour conserver son profil césarien, mardi dernier, Francesco Totti avait plutôt les airs contrariés d'un roi en exil et les traits marqués par la déception, après le violent 3-0 encaissé par la Roma face à Porto. Adieu la Ligue des champions, dont il ne verra même pas les poules cette saison, et qu'il ne jouera probablement plus jamais. Les plus romantiques diront qu'une page de l'histoire du football se tourne. Les plus terre-à-terre se contenteront d'admettre qu'il s'agit du symbole de la fin d'une ère pour la Roma. Et à la fin de cette ultime saison (à moins que ?) de Totti, cela fera plus de quinze ans que la Roma n'aura plus remporté de championnat, et près d'une décennie qu'elle n'a plus soulevé le moindre trophée.


Pour agiter son drapeau, la Louve adore choisir des petits qu'elle a couvés. De Rossi a encore quelques années devant lui, mais commence à être cerné. Florenzi a le profil parfait, mais ne met pas encore tout le monde d'accord sur le terrain. Alors la Roma doit se chercher un autre patron, un type avec les épaules assez larges pour maintenir les troupes mobilisées dans cette période trouble. Loin des belles gueules élevées dans le Latium et de la noblesse des enfants de la Ville éternelle, le plus qualifié pour le job est pour l'instant un Belge fantasque d'origine indonésienne, tatoué comme un prisonnier guatémaltèque, et coiffé comme dans un manga. Bonne nouvelle pour les Romains, Radja Nainggolan semble s’accommoder de son nouveau costume sans sourciller.

Un Ninja qu'on a voulu peindre en bleu


Et pourtant, au début de l'été, il n'y avait pas grand monde pour parier que le « Ninja » serait encore avec les Giallorossi à la rentrée. Traqué dès l'ouverture de la chasse par des gros bonnets, Nainggolan a surtout dû résister à la cour effrénée de Chelsea et d'Antonio Conte, qui en avait fait sa priorité. Le mois de juin n'est pas terminé que déjà des propositions à 40 millions sont évoquées. L'intéressé dément, assure qu'il restera à la Roma. Son entraîneur, Spalletti, en rajoute une couche : « Je pense qu'il va rester avec nous. Il l'a promis, et c'est un homme de parole. Et puis il semble très enthousiaste à l'idée de jouer ici la saison prochaine. » Mais comme toujours dans ces cas-là, le fait de nier est vu comme une stratégie, comme un premier pas vers le « oui » , comme une façon de faire grimper encore un peu les enchères avant de se jeter dans les bras des Blues, que l'on sait capables d'aligner les grosses sommes.


L'Euro, raté par les Belges, mais où Nainggolan s'est montré à son avantage, a achevé d'en faire une cible de choix. Double buteur, ayant cumulé 85,5% de passes réussies et 64% de duels gagnés pendant la compétition, il a montré à tous ses employeurs potentiels qu'il méritait bien quelques dizaines de millions et quelques cartouches de Marlboro. Mais rien n'y fait. Début août, il refait surface pour annoncer la naissance de sa quatrième fille. Puis pour marteler, une nouvelle fois, qu'il n'a toujours pas plié ses habits : « J'ai décidé de rester ici. Ligue des champions ou non, cela ne changera certainement rien. »

Histoire belge


Un constat presque prémonitoire, de la part de celui qui a joué pour trois hommes sur le terrain lors de la défaite de la Roma mardi dernier. Et après avoir pris ses responsabilités sur le terrain, c'est aussi lui qui est allé les prendre devant les médias, assurant que « si on avait joué à onze, ça aurait été totalement différent. À neuf et avec un but de retard, on a dû prendre des risques. Mais nous sommes assez forts pour nous concentrer sur la Serie A, et aller loin en Ligue Europa. La bonne nouvelle, c'est que tout le monde s'est donné à fond. » Un quasi-capitaine, qui pense même aux potes comme il l'a montré en faisant le forcing pour que son compatriote Thomas Vermaelen le rejoigne. « Je lui ai parlé et je lui ai demandé s’il était intéressé pour venir ici. Il m’a dit qu’il avait pris ma proposition en compte » , déclarait le tatoué peu avant la venue du défenseur de Barcelone.


Pour le remercier, Vermaelen avait récolté deux cartons jaunes en 40 minutes lors du match aller du barrage face à Porto. La science du recrutement de Nainggolan reste donc encore à perfectionner, mais sa grosse performance au match retour avait été applaudie par les médias italiens, malgré l'élimination. « Il jouait pratiquement seul. Il a fait preuve de puissance et d'explosivité dans tous les coins du terrain » , analysait la Gazzetta dello Sport, rappelant ses six tirs et ses 100% de dribbles réussis. Et la promesse de se concentrer sur la Serie A après l'échec en C1 ? La Roma a tranquillement ouvert le bal le week-end dernier, avec un 4-0 face à Udinese, dont une passe décisive du Ninja. Toujours mobilisé, « Ligue des champions ou non » .

Par Alexandre Doskov
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