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Nacho, la Galice jusqu'à la lie

Galicien plus qu'espagnol, José Ignacio Fernandez Palacios, alias Nacho, est l'un des rares joueurs à avoir refusé de défendre les couleurs de la Roja. C'était en novembre 1995, et le latéral de l'époque de St-Jacques-de-Compostelle avait subi de plein fouet les relents populistes de certains médias.

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Bon gré mal gré, football et politique cohabitent depuis des lustres en Espagne. De tout temps, de nombreux joueurs ont exprimé leurs envies indépendantistes, leur sentiment d'appartenance régionale. Du Catalan convaincu Pep Guardiola au Basque militant Joseba Etxeberria, les exemples, à défaut d'être légion, existent. Plus rares sont ceux à avoir franchi le pas : refuser de porter le jersey de la Roja. À l'instar d'un Oleguer Presas en 2006, José Ignacio Fernandez Palacios l'avait précédé une dizaine d'années plus tôt. Plus communément appelé Nacho, son refus d'intégrer la sélection espagnole avant le championnat d'Europe anglais de 1996 avait soulevé un débat houleux de l'autre côté des Pyrénées. Car, terre fertile en polémiques, l'Espagne du football, et surtout ses médias, avaient cloué au pilori le latéral gauche de l'époque de Saint-Jacques-de-Compostelle. Sur l'autel d'un patriotisme des plus discutables, une majeure partie des journalistes l'avait dépeint comme un énergumène. Présentation d'un Gallego pur souche, ovni en son temps, qui rêvait « d'une sélection galicienne » .

« La Roja ? Ça ne m'intéresse pas »


Natif de Foz, petite bourgade de la façade nord de l'Espagne, Nacho effectue ses premiers pas professionnels du côté du Celta Vigo. Auteur de deux montées en Liga avec les Celtiñas, en juin 1987 et 1992, il quitte pourtant le navire un an plus tard. Faute d'un nouveau contrat et suite au manque de confiance de Txetxu Rojo, il s'engage avec la modeste Sociedad Deportiva Compostela. Il y découvre un club à son image : sans prétention. De déboulés personnels sur son côté gauche en exploits collectifs, il fait partie de la belle aventure des hommes de l'inconnu à cette époque Fernando Vazquez. Surnommé le « Harry Potter de Galice » - ses binocles rondes aidant -, l'entraîneur aux effusions de joie légendaires place ses ouailles à la seconde place de Liga au terme de la première phase de l'édition 1995/96. Alors dépourvu de latéral gauche de niveau international, Javier Clemente, sélectionneur espagnol, lâche suite à un match à Elche qu'il « aime bien Nacho » . Peu au fait des convictions du Compostellan, il reçoit en retour un cinglant : « Cela ne m'intéresse pas, ni ne me donne envie » - en galicien dans le texte.

De suite, les médias nationaux s'emparent de l'affaire. Comment un joueur d'un club si modeste peut-il refuser une telle proposition ? Comment l'inconnu Nacho peut-il refuser le graal de tout joueur espagnol ? « Je crois que des gens dans l'État espagnol peuvent très bien le faire, des gens qui s'identifient très bien avec la sélection espagnole, ce qui me semble génial. Depuis longtemps, mon ambition n'est pas celle-là. Je préfère être ici, je m'y trouve mieux » , assume-t-il pleinement face aux caméras et aux dictaphones présents au lendemain de son refus oral. Une réponse qui ne satisfait personne dans les rédactions madrilènes. Certains canards ne lésinent pas sur les qualificatifs : « ennemi de l'Espagne » et « antipatriote » deviennent ainsi des synonymes de sa personne. Certains gratte-papiers vont même plus loin. Ils exigent de Clemente de sélectionner le réfractaire. Car, en cas de refus face à une convocation officielle, il risque une suspension d'un an de la pratique du football. Un iota plus intelligent, le sélectionneur prend son téléphone, joint l'intéressé et comprend sa position. Il ne sera jamais convoqué par ses soins.

« Ce pays a beaucoup de mal à parler de démocratie »


« Ce pays a beaucoup de mal à parler de démocratie, tance-t-il une fois la polémique passée. Quand quelqu'un manifeste une opinion personnelle totalement pacifique, comme je l'ai fait, il est attaqué avec l'arme qui s'emploie aujourd'hui : les médias de communication. » Cette dite arme ne s'est finalement que peu penchée sur la personnalité de Nacho. Plus qu'un ennemi de l'Espagne, il est un amoureux de la Galice. Dans les faits, il s'adresse dans sa langue natale, le gallego, à ses coéquipiers, à ses entraîneurs et à ses supporters. Ovni dans le monde déjà policé du football, il se range du côté des syndicats avec lesquels il participe à des manifestations. De même, il critique ouvertement l'univers du ballon rond, expliquant que « les footballeurs vivent dans une bulle » et « ne se soucient pas des problèmes des gens qui les entourent » . Une fois sa carrière terminée, il n'en oublie pas son amour pour ce sport et sa Galice. Sous son impulsion, la sélection de Galice renaît de ses cendres. En 2005, elle joue ainsi un match amical face à l'Uruguay. Depuis, Nacho entraîne le SD Club Ordenes, modeste pensionnaire de la CFA espagnole. Loin des micros et de la Roja.

Par Robin Delorme, à Madrid
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