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Muhamed Besic, « l'ombre de Messi »

Inconnu avant le Mondial, le Bosnien Muhamed Bešić est en train de se faire une place au soleil dans l'entrejeu d'Everton. Né en Allemagne, et révélé en Hongrie, le numéro 17 d'Everton est un jeune exilé à qui la vie sourit. Portrait.

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Lundi 16 juin, dans la chaleur de Rio de Janeiro. L'Argentine débute un périple magique qui la verra passer à quelques minutes d'un possible troisième sacre mondial par un match face à la Bosnie-Herzégovine. Après trois minutes, la Bosnie est déjà menée au score, et l'on se dit que Di María et les siens feront de cette mise en bouche un véritable festin. Une formalité, donc ? Pas vraiment, puisque les hommes de Sušić, accrocheurs, jouent leur carte à fond et ne céderont définitivement que sur un éclair de Messi à l'heure de jeu, avant de sauver l'honneur en fin de rencontre. Au milieu de terrain, un gamin tatoué de 21 ans fait forte impression. Inconnu de tous, le numéro 7, infatigable gratteur de ballons, passe pour un ancien tant il respire la sérénité dans ses interventions. Au point de gagner le surnom flatteur d' « ombre de Messi » dans la presse, dès le lendemain.

Pourtant, c'était bien la première fois que Muhamed Bešić évoluait à ce poste, comme il le confie au Guardian il y a quelques jours : « J'étais petit, très petit lorsque j'ai commencé à jouer. De 8 à 16 ans, je jouais numéro 10, puis je suis devenu défenseur central, pendant 5 ou 6 ans. À la Coupe du monde, c'était la première fois que j'évoluais au milieu de terrain, en numéro 6. » Une prestation remarquée, qui attire nombre d'écuries puisqu'à la fin du Mondial, Bešić voit les agents sonner à sa porte : « Après la Coupe du monde, Everton est arrivé, avec des clubs italiens et espagnols également. Swansea était aussi intéressé, mais j'ai dit à mon agent que je souhaitais seulement rejoindre Everton. » Ce sont donc les Toffees qui parviennent à rafler la mise, pour environ 5 millions d'euros, en l'arrachant à Ferencváros, modeste cinquième du dernier championnat hongrois.

L'aventurier précoce


La Hongrie, sa terre d'accueil. Car malgré son jeune âge, le milieu aujourd'hui âgé de 22 ans a fait de la route. Né à Berlin de deux parents bosniens, le jeune Bešić tape dans l'œil de Hambourg, dont il rejoint le centre de formation à 16 ans. Rapidement au-dessus du lot, le gamin s'entraîne avec les pros et obtient quelques apparitions ça et là en Bundesliga, à seulement 18 ans. Pas assez pour satisfaire l'ambitieux Bosnien : « Je n'étais pas heureux en ne jouant pas. J'aurais pu rester, mais je voulais partir. » Suffisant, par contre, pour attirer l'œil de Sušić, qui lui offre sa première sélection face à la Slovaquie, à 18 ans, 2 mois et 7 jours, faisant de lui le plus jeune joueur à porter le maillot bosnien, devant un certain Miralem Pjanić.

Quoi qu'il en soit, après une sombre embrouille avec Thorsten Fink, l'avenir du jeune défenseur s'assombrit. C'est le moment qu'il choisit pour tenter l'exil à Budapest, dans le sous-médiatisé championnat hongrois, toujours avec la même confiance qui l'anime : « Parfois, vous devez faire un pas en arrière parce que lorsque vous avez confiance en vos qualités, vous savez que votre moment viendra. Je pensais qu'à Ferencváros, je serais titulaire à tous les matchs, donc c'était la raison principale. »

« Des amis ? Je n'en ai pas vraiment »


Si le pari est finalement gagnant, l'avenir aurait pu être tout autre pour celui qui définit son credo par « l'homme rêve, Dieu décide » . En effet, encore à Hambourg, la pépite se voit proposer une place dans la sélection U19 allemande, qu'il décline poliment : « Je n'ai aucun regret. (...) Peut-être que cela aurait été meilleur pour ma carrière à ce moment-là, mais mon cœur penchait pour la Bosnie. » Patriote jusqu'au bout, Bešić refuse d'échanger le maillot national, sans exception, même en Coupe du monde : « Je garde toujours mes maillots. Je ne l'échange jamais parce que jouer pour la Bosnie représente tellement pour moi. »

Et en dehors des terrains alors ? Interrogé par le magazine bosnien Azra, la nouvelle pépite d'Everton avoue détester le monde de la nuit, les boîtes, les cigarettes, l'alcool et même les potentielles conquêtes féminines : « J'ai mon père, ma mère, mon frère et ma copine. C'est la limite de mon cercle. Des amis ? Je n'en ai pas vraiment, je n'en ressens pas le besoin. De temps à autre, j'irai boire un café avec quelqu'un, mais c'est à peu près tout. Ma vie privée est mon sanctuaire. » Alors, un passe-temps favori peut-être ? « Dormir. » Le même que Messi, comme le racontait la demi-sœur du génie dans le So Foot n°105. Logique, finalement. Quand le Roi sommeille, son ombre aussi.

Par Paul Piquard
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