M.Trésor : « Pourquoi nous déstabiliser? »

21h30, hier soir, RDV téléphonique est pris avec Marius Trésor. L'ancien international aux 65 sélections s'excuse de l'heure tardive mais il devait « voir [son] ami David Sommeil*. Ce n'est pas encore la grande forme mais on espère qu'il va retrouver toutes ses facultés » . L'actuel entraîneur de la CFA bordelaise accepte ensuite avec passion d'évoquer les difficultés d'un club qu'il fréquente depuis trente ans.

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Est ce que Bordeaux (5e) est en train de réaliser le pire retournement de situation de l'histoire de la L1 ?


Je ne pense pas. Ce que Bordeaux connaît cette saison, Lyon l'a connu l'an passé. Quand on avait perdu contre eux, nous étions à 9 points de l'OL et finalement l'équipe a fait une deuxième partie de championnat assez extraordinaire. Les spécialistes disaient que le sacre était terminé après notre défaite 3-0 à Toulouse. Et au final Bordeaux a aligné douze succès consécutifs ! C'est donc déjà arrivé que des équipes s'effondrent en fin de parcours.

D'accord, mais comment expliquer cette chute spectaculaire au classement ?


Si on savait le pourquoi, on aurait très vite apporté le remède ! Au début, on pensait un peu qu'il s'agissait d'une mauvaise passe girondine, comme l'année dernière en janvier-février. Mais nous n'étions pas en Ligue des Champions... Avec le cumul des blessés, la belle mécanique s'est un peu enrayée. Toute notre avance a fondu, avec également des erreurs d'inattention de la part de l'équipe. En quatre mois, Bordeaux a perdu 25 points sur Marseille !


Il est de coutume de dire que Bordeaux est un club calme. Encore aujourd'hui malgré la situation. On imagine mal pareil comportement du côté de Marseille ou Paris...


C'est vrai qu'il y a beaucoup plus de ferveur et de passion du côté de ces deux clubs. L'OM mérite son titre... (Il se reprend et se marre) Enfin, s'il arrive à le décrocher ! Les Marseillais sont en train de faire ce que Bordeaux a réalisé l'an passé, à savoir la Coupe de la Ligue et le championnat. Je les vois mal perdre leurs cinq points d'avance. Et c'est vrai que du côté bordelais, c'est calme et on peut travailler en toute tranquillité.

Mais est-ce que justement il ne faudrait pas davantage de pression au club pour faire prendre conscience des mauvais résultats ?


Peut-être, mais mettre la pression sur qui ? Sur les joueurs ? Si deux ou trois d'entre eux sont moins bons, on ne va pas tout changer, juste faire des ajustements. Il faut que les garçons qu'on met derrière montrent qu'on a eu tort de ne pas les avoir appelés plus tôt. Et ce n'est pas ce qui se passe à Bordeaux. Malgré le turn-over du staff, l'équipe est un peu restée dans sa léthargie. On n'a pas senti une équipe capable de se révolter. L'an passé, l'équipe pouvait renverser des situations très compromises alors que cette saison, dès qu'on prend un but, on sent pertinemment que le moral de vainqueur (sic) a quitté l'équipe.

La récente sortie de Yoann Gourcuff, qui accusait les médias d'avoir semé le trouble dans le club, prouve qu'une certaine crispation gagne du terrain...


Vous savez, je pense que ce sont les instances du football qui n'ont pas été à la hauteur. Pourquoi déstabiliser le club en parlant de Laurent Blanc comme futur sélectionneur de l'Equipe de France ?! Les garçons qui avaient une confiance aveugle en Laurent se sont un peu sentis trahis par tout ce qui se disait autour du club. En pleine période européenne, les médias ont aussi parlé de l'avenir de Marouane Chamakh. On le sait qu'il va partir, ce n'est pas la peine d'insister ! Il y a peut-être également eu les déclarations de Marc Planus (pas encore prolongé par ses dirigeants, le défenseur s'était demandé s'ils « négocient par ordre alphabétique. Ou alors ils ont perdu mon numéro » , Ndlr). Tout cela a créé un mauvais climat qui a déstabilisé le club. L'an passé, quand le président est venu gueuler dans les vestiaires après la défaite à Toulouse en disant que désormais il ne voulait plus que des victoires, les garçons se sont sentis piqués au vif et ont réagi. Et les médias nous ont laissés tranquilles.

Vous qui côtoyez Laurent Blanc au quotidien, comment vit-il cette période délicate ?


Il connaît les difficultés de son équipe et ça ne change pas le comportement de l'homme. Il reste toujours égal à lui-même. Lors du match Bordeaux-Lyon (2-2), quand on voit toutes les gesticulations de Claude Puel à côté de Laurent, on constate que c'est un garçon qui conserve le calme qu'on lui connaît. Il ne se prend vraiment pas la tête.

On a tout de même l'impression qu'il bénéficie d'un statut de protégé. N'a-t-il pas fait lui aussi des erreurs ?


(Il marque une pause) Un entraîneur peut toujours faire autant de tactique qu'il veut avant le match, si les joueurs sont incapables de mettre en pratique les consignes, on court à la catastrophe. Par exemple, avant qu'Aimé Jacquet n'arrive à Bordeaux au début des années 1980, il était quasiment tous les ans élu meilleur entraîneur de France. Et la dernière saison qu'il passe en Gironde, il a été démis de ses fonctions au bout de six mois. Vous pensez que du jour au lendemain, il ne connaissait plus le football ? On a connu ça aussi avec Elie Baup. A mon sens, ce sont les joueurs qui peuvent faire l'entraîneur. Et vous savez, l'entraîneur ne sait pas tout ce qu'il se passe chez les joueurs. S'ils ne sont pas sérieux dans leur mode de vie, le coach ne peut rien faire.

Est-ce que Laurent Blanc n'aurait pas dû mieux gérer son banc de touche, avec des joueurs comme Jurietti, Jussié, Bellion ou Cavenaghi qui ont très peu joué ?


Je ne sais pas si c'est une erreur de Laurent mais est-ce que ces joueurs-là ont montré leur vrai niveau quand on a fait appel à eux ? Il se peut que certains n'aient pas donné satisfaction...

Avec les départs annoncés et ceux pressentis, avec l'absence de participation à la Ligue des Champions, ne craignez-vous pas un effondrement de Bordeaux la saison prochaine ?


Non. Bordeaux a successivement perdu Giresse, Lizarazu, Zidane, Duga... Le club a souffert un peu mais s'est redressé. Le club a remporté le titre de champion de France en 1999, a joué la Coupe d'Europe cinq ans de suite. Quand on a perdu Pedro Pauleta, tout le monde se posait des questions mais l'équipe joue toujours les premiers rôles. Marouane s'en va mais Bordeaux va certainement trouver un ou deux attaquants pour le remplacer.

On va dire que je fais mal mon boulot si je ne vous pose pas la question : Laurent Blanc va-t-il rester en Gironde ?


(Il rigole) Je ne sais pas ! Il est sous contrat avec Bordeaux même si dans le monde du foot moderne, les années de contrat ne signifient pas grand chose. Laurent n'a rien annoncé pour le moment. Je vois juste qu'il y a pas mal de joueurs qui ont signé de nouveau un contrat avec Bordeaux parce qu'ils se sentent bien avec Laurent. Et Laurent a validé ces choix donc je me dis que s'il ne comptait plus être à la tête de l'équipe, il n'aurait pas fait en sorte que ces garçons restent...

* L'ancien Girondin a été victime d'un arrêt cardiaque en août 2008 alors qu'il évoluait à Valenciennes.

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