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M. Wurtz : « Où est passée la personnalité de l'arbitre ? »

Âgé de soixante-quatorze ans, Robert Wurtz a encore la pèche. Toujours généreux en paroles, peu avare en digressions, le Nijinski du sifflet a rangé le ballon, mais pas sa capacité de penser. La preuve avec ces quelques souvenirs et une analyse particulière de l’arbitrage actuel.

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Après avoir été laborantin, arbitre de football, d’Intervilles et victime d’un AVC, on n’entend plus trop parler de vous. Alors, vous faites quoi en ce moment ?
Là, à l’heure où on se parle, je suis sur ma terrasse à Climbach. Je regarde la forêt, les prairies, la verdure… C’est un peu ça, mon quotidien : une vie de retraités, en famille. Je passe mon temps autour de la maison, à nettoyer les thuyas, me promener, faire de la marche à pied au grand air…

Vous suivez toujours le foot ?
Un peu, surtout le foot allemand. Mais je suis beaucoup moins polarisé qu’avant. Il y a quelques années, je connaissais tout par cœur ! J’aime bien regarder les émissions politiques, aussi.

En tant qu’arbitre, vous vous positionnez forcément au centre ?
En tant qu’arbitre, je ne suis qu’observateur !

Les arbitres de surface sur le banc des accusés

Vous n’avez toujours pas votre permis de conduire ?
Non, et je ne l’aurai jamais. Je l’ai loupé deux fois, à l’époque où je commençais ma carrière d’arbitre, d’ailleurs. La première fois, j’ai pris un virage trop large. La seconde, j’ai calé. Et je n'y suis jamais retourné. Pourtant, j’ai eu mon code sans problème.

« Quand on était en bonne forme, on avait peur de rien. Et d’ailleurs, quand on était dans ces dispositions, les joueurs le sentaient. C’est pareil aujourd’hui : les joueurs sentent quand l’arbitre gère la musique. Il suffit de dix minutes pour qu’ils prennent la température. Au bout de ce laps de temps, ils savent si l’arbitre est là pour déconner ou non. À ce moment-là, le match tourne. »

Parlons un peu arbitrage. Vous êtes toujours contre la vidéo ?
C’est vrai que je n’ai jamais été pour. Mais j’avoue : la « goal line machin » , si elle se fait sans complication et qu’elle donne une vérité inébranlable, je suis OK. Si nous avions eu cela à notre époque, ça aurait été très bénéfique. Car pour le juge de touche, c’est mission impossible de savoir si le ballon est rentré. Déjà qu’il doit se concentrer sur les joueurs… Nous, on priait parfois, on se disait : « Pourvu qu’il n’y ait pas une merde de ce type-là à la 89e minute qui vienne me gâcher mon match. » Bref, tout ça pour dire qu’il y avait une lacune là-dessus. Platini voulait mettre de l’humain pour clarifier cette situation, avec 36 arbitres de touche… Bon, ce n’était pas suffisant, d’autant qu’ils n’interviennent jamais, ces arbitres de touche. Avec la goal line, personne ne peut venir protester et dire de l’arbitre qu'il est une chèvre. Tant que ça n’interrompt pas la partie… C’est une décision géométrique, qui donne une réponse précise : soit oui, soit non. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce n’est pas une appréciation personnelle, du style « Est-ce qu’il y a penalty ? »

Vous dites que vous aviez peur de ce genre de situation. Le grand M. Wurts connaissait-il la pression, finalement ?
On avait parfois des jours sans. Là, on tremblait un peu, on se disait qu’il ne fallait pas qu’une situation problématique survienne. On priait le ciel, oui. On espérait que ça se termine au plus vite et qu'on passe à autre chose. En revanche, quand on était en bonne forme, on avait peur de rien. Et d’ailleurs, quand on était dans ces dispositions, les joueurs le sentaient. C’est pareil aujourd’hui : les joueurs sentent quand l’arbitre gère la musique. Il suffit de dix minutes pour qu’ils prennent la température. Au bout de ce laps de temps, ils savent si l’arbitre est là pour déconner ou non. À ce moment-là, le match tourne. On le sait déjà : l’arbitre va dominer la partie… ou se faire manger. Et même lorsqu’il y a une erreur en fin de match, si les joueurs ont admis son autorité, ils respectent la décision.

C’est ce qui manque aux arbitres français, aujourd’hui ? Très peu font partie du gratin européen…
C’est vrai que j’en vois de moins en moins au top. Sont-ils plus bêtes que nous ? Non, le Français n’a pas changé. Ce que j’observe, c’est qu’on déforme les arbitres. On a tendance à dire que le meilleur arbitre est celui qu’on ne voit pas pendant 90 minutes. Foutaises ! Dieu sait que je n’ai jamais été comme ça. Sauf que le monde du foot y croit. Or, à force de passer inaperçu, où est passée la personnalité de l’arbitre ? Et sa dominance sur les joueurs qui va avec ? Qui doit-on respecter ? Prenez Pierluigi Collina. Lui, il a utilisé sa maladie qui le rend chauve comme une force. Quand il entrait sur le terrain, tout le monde pleurait : «  Ah merde, c’est Collina ! » Du coup, personne n’osait le critiquer et il était considéré comme le meilleur du monde. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il passait inaperçu… Si tu arrives à avoir une telle notoriété aux yeux des joueurs, c’est quand même rare qu’ils viennent te critiquer ou qu’ils fassent leur cinéma. Existe-t-il des arbitres de ce genre en France ? Je ne crois pas.

« Mon père était musicien, c’était un clarinettiste, un homme consciencieux mais absolument pas spectaculaire. Ma mère, elle, était chanteuse, mais c’était une véritable femme de théâtre. Je suis un mélange d'eux deux : le travail de la part de mon père et le côté théâtral de ma mère. »

D’accord, mais cela ne concerne pas que la France.
C’est vrai, je vous rejoins là-dessus. Je regarde régulièrement la Bundesliga, et quand je vois leurs arbitres, je ne comprends pas pourquoi ils sont mieux considérés que les nôtres. Je n’arrive pas à me l’expliquer. Que nos arbitres se rassurent, ils n’ont pas de complexe à avoir.

Vous, c’était encore plus fort que Collina. Vous étiez là pour le spectacle…
À notre époque, je me souviens que certains journalistes parlaient parfois de l’arbitre avant de parler des joueurs. « Ce soir, c’est M. Wurtz qui se produira à Gerland » , titrait la Une de L’Équipe. Bah oui, ça correspondait. Car au-delà de l'arbitrage, je voulais donner du spectacle, montrer aux joueurs que je faisais partie du jeu. Attention, ça ne m’a pas empêché de faire des erreurs, hein. Un jour, on m’a d’ailleurs dit : « Vous faites des conneries comme les autres, mais les vôtres sont géniales. »

On a toujours eu l’impression que vous considériez l’arbitre comme une personne qui faisait totalement partie du jeu, qui devait avoir une influence sur le match, et qui n’était pas seulement là pour faire la loi… On se trompe ?
On est mille fois d’accord. Mon père était musicien, c’était un clarinettiste, un homme consciencieux mais absolument pas spectaculaire. Ma mère, elle, était chanteuse, mais c’était une véritable femme de théâtre. Je suis un mélange d'eux deux : le travail de la part de mon père et le côté théâtral de ma mère. Sur le terrain, je voulais jouer un rôle précis. Je souhaitais faire comprendre aux joueurs que j’étais là pour qu’ils puissent évoluer dans les meilleures conditions, que je devais être près de l’action, que je mouillais moi aussi le maillot, que je me battais pour eux. Je savais pertinemment que le footballeur était l’acteur numéro un de ce sport. Mais je voulais être leur chef d’orchestre, en quelque sorte.

« Mes attitudes étaient à la fois calculées, dans le sens où elles servaient à quelque chose, et spontanées, dans le sens où elles n’étaient pas programmées. Je savais ce que je faisais, ce n’était pas gratuit. Et ce n'était pas uniquement pour faire le show. »

C'était quoi, votre rapport avec les joueurs ?
Il faudrait leur demander ! (Rires) Je n’étais pas leur ennemi, et je leur montrais. Par ma grosse présence, je voulais surtout les dissuader de faire des fautes et des tacles inappropriés.

Quand vous vous mettez à genoux devant Guy Roux pour lui intimer de se taire et éviter de l’expulser, c’est spontané ?
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que j’avais, et j’ai toujours d’ailleurs, une sainte horreur de la violence. Qu’elle concerne les joueurs, l’arbitre, l’entraîneur… Je sais bien que les décisions de l’arbitre ne peuvent échapper aux sifflets lorsque la décision va à l’encontre de l’équipe locale. Mais j’ai très vite remarqué que, lorsqu’on ajoute, après cette décision, un petit grain de fantaisie, un geste, une explication, ça change pas mal de choses. Ces attitudes particulières font que le public sourit avant de crier. Il m’est donc arrivé de me faire applaudir malgré ce genre de décisions. Souvent, une équipe tente de monter son public contre l’arbitre. Sauf que si l’arbitre a du succès auprès de ce public, l’équipe agit tout à fait autrement. Tout ça pour dire que mes attitudes étaient à la fois calculées, dans le sens où elles servaient à quelque chose, et spontanées, dans le sens où elles n’étaient pas programmées. Je savais ce que je faisais, ce n’était pas gratuit. Et ce n'était pas uniquement pour faire le show.

Si un arbitre comme vous débarquait dans le foot actuel, ça donnerait quoi ?
Ah… Je ne peux pas vous dire. Je suis trop loin du système pour juger. Je ne sais pas s’il pourrait s’imposer…

Aujourd’hui, il y a un arbitre qui sort du lot, selon vous ?
Je n’en vois aucun. Mais je ne m’y intéresse pas non plus énormément. N’empêche que les personnalités manquent. Les Italiens vous en sortent un, parfois… Mais on a besoin de ce genre de mecs dont, quand vous voyez qu’il va arbitrer, vous vous dites : «  Ouuuh les gars, on va pas faire les malins aujourd’hui. Pas un mot, pigé ? » Dans ce cas-là, l’arbitre a déjà gagné 50% de son match.

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Propos recueillis par Florian Cadu
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