Moussilou : « Marseille est un club qui doit gagner »

Exilé en Suisse où il retrouve les joies du football, Matt Moussilou a connu, comme de nombreux français, les galères du chômage. De retour sur les terrains, l’ancien marseillais, auteur d’un doublé le week-end dernier sous les couleurs de Lausanne, se confie avant le clasico.

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Matt, te voilà bien installé à Lausanne. Tout se passe bien ?

Ca va, ça va ! Ca se passe très tranquillement, je suis très bien ici, en Suisse. Je suis dans un endroit paisible, ça fait du bien. Donc tout va pour le mieux.

Ca commence à faire un petit moment que tu es là-bas. Ca te plait ?

Oui ! Je dirais que ça change parce que, même si ça semble cliché, la Suisse est un pays bien mieux entretenu que la France. C’est assez chic, ici. Pour ce qui est de la vie de tous les jours, il y a de quoi s’occuper et surtout, le paysage est magnifique. La Suisse, c’est un pays très convivial. C’est un autre environnement, ça me permet de découvrir d’autres choses. Les gens sont très sympas, ils sont tranquilles. Ils sont dans leur monde.

On imagine assez facilement que pour un footballeur, la vie est plus paisible qu’ailleurs…

Ouais, c’est plus facile, c’est vrai. Mais c’est aussi parce qu’ici, le football n’est pas forcément le sport numéro un, notamment comparé au hockey sur glace, et particulièrement à Lausanne. Mais attention hein, il y a aussi des vrais fans, des gens qui viennent tout le temps au stade. Donc c’est un bon mélange. Et puis bon, tu sais, moi je suis du côté français de la Suisse, on appelle ça la Suisse Romande, du coup, les gens connaissent pas mal le football français, les équipes et les joueurs. Il y a même des gens qui me connaissent depuis que je suis en France !

Et physiquement, à 29 balais et après tout ce que tu as vécu, tu es au top ?
Carrément ! Physiquement, je suis là ! Après, c’est vrai qu’avec tout ce que j’ai pu endurer, on pourrait en douter, mais non, je suis bel et bien là. C’est vrai qu’il y a un moment où ça a été assez difficile pour moi, mais maintenant, cette période est derrière moi. Ici, je vis comme une seconde jeunesse ! Je ne me prends plus la tête. Je joue, je prends du plaisir, et basta. La passion du foot est toujours là, c’est comme ça depuis petit et ça ne changera jamais. C’est justement quand tu connais des périodes de galères que tu te rends compte à quel point c’est bon de jouer au football.

Peux-tu nous parler un peu de la situation difficile que tu as connue, quand tu as été confronté au chômage ?

C’est difficile dans le sens où jamais tu n'avais pensé te retrouver dans une telle situation. Quand tu es jeune et que tu t’en sors pas mal, tu te dis qu’en cas de galère, tu iras frapper à la porte de clubs moins huppés et que tu vas t’en sortir, ou alors que tu vas trouver un club en quelques mois, tranquille. Or, il faut savoir que personne n’est intouchable. Tu sais, parfois tu vois des joueurs confirmés qui sont à la recherche d’un club. A partir de là, tu te dis que le chômage chez les footballeurs, ça peut toucher un grand nombre de personne. Quand tu débutes, on t’en parle parfois, mais il faut y être confronté pour se rendre compte que ce ne sont pas des paroles en l’air.

Tu sais qu’en France, le fait que tu as scoré un doublé un 1er avril, lors d’un match où Peter Luccin a également marqué, a fait couler beaucoup d’encre… Les gens étaient nostalgiques !

Ah ouais, je ne savais pas ! De la nostalgie, carrément ? (rires) Tant mieux !

Tu as le temps de suivre le football français ?
Ouais, je suis. Eh, moi, j’ai tous mes abonnements télés français hein. J’ai Canal+ et d’autres chaînes, je peux suivre tous les matchs. Je regarde dès que j’ai l’occasion !

Le sacre de Lille la saison passée a dû te faire plaisir à toi, l’ancien lillois…

Ca m’a fait super plaisir. Je n’ai pas eu le temps d’aller faire un tour à Lille, mais tu sais, moi je suis un peu lillois d’adoption. Ma femme est de là-bas également. D’autant plus que j’ai l’impression d’avoir fait partie de l’aventure. Pas forcément dans le sens où j’étais là, mais plus comme si ce titre, c’était l’aboutissement de nombreuses années de travail du LOSC, de ses dirigeants et de ses joueurs. Comme si un projet de longue date avait réussi. La montée en puissance a commencé à l’époque où j’étais là. Ca fait huit ans que le LOSC se débrouille de mieux en mieux. Ce titre m’a fait trop plaisir.

Quels souvenirs gardes-tu de ton passage difficile à l’Olympique de Marseille ?

C’était compliqué dans le sens où je suis arrivé lors d’une période difficile, lors de laquelle Albert Emon était fraîchement promu entraîneur et où l’équipe galérait un petit peu. Après, moi, je suis fier d’avoir porté le maillot de l’Olympique de Marseille, et je garde aussi de bons souvenirs de mon passage là-bas, même s’il vrai que je n’ai pas beaucoup joué. Ca ne m’a pas empêché de me rendre compte qu’il y avait là-bas une pression assez particulière mise par les supporters.

Tu as vraiment ressenti une pression particulière, là-bas ?

Ouais. Surtout que le moment où je suis arrivé coïncide avec l’une des périodes les plus compliquées du club lors de la dernière décennie. Honnêtement, c’était très difficile. Supporters, joueurs, staff, tout le monde était assez abattu. Après, pour revenir à ta question, c’est vrai que ça a été assez compliqué à Marseille, mais j’ai vraiment ressenti la pression et la ferveur particulière qu’il y avait dans ce club.

Et un clasico, c’est encore plus particulier ?

C’est particulier, vraiment particulier. Tu vois que les dirigeants s’activent en coulisses, ils se parlent entre eux, ils nous parlent beaucoup, aussi. Et sur le plan médiatique, déjà qu’à Marseille, le moindre match est bien couvert, là, un clasico, c’est la folie. Tu ressens aussi que c’est important parce qu’il y a des gens du club qui sont présents alors qu’ils ne le sont que très rarement. Et puis bon, pour les supporters, c’est quelque chose de très particulier. Tu sens bien que ce match, tu ne le joues pas que pour toi.

Aujourd’hui, certains joueurs insistent sur l’importance de ces fameux « trois points » , prétendant que le clasico est un match comme les autres. Tu en penses quoi ?

Ils disent ça pour cacher leurs émotions. Pour moi, ce match, il vaut quatre points ! Rien que pour les supporters. T’es obligé de te décarcasser.

Tu t’imagines toi, à la place des Marseillais cette année, avec dix matchs consécutifs sans victoire ?

Je pense que ça doit être difficile. Mais je ne dresse pas un bilan aussi dur de leur saison. Mine de rien, ils font un quart de finale de Ligue des Champions, ce qui ne leur est pas arrivé depuis très longtemps et ils sont en finale de la Coupe de la Ligue. Ce n’est pas une saison chaotique, même si sur certains aspects, c’est assez difficile. Mais on se concentre là-dessus parce que c’est Marseille. Marseille, c’est un club qui doit gagner.

Une victoire dimanche aiderait à faire passer la pilule ?

En gagnant à Paris, ça peut aider, oui !

Bon, maintenant tu peux nous le dire. Tu es né en région parisienne, tu supportes Paris ?

Oui, moi je suis parisien, donc oui, je supporte Paris à la base. Mais tu sais, même quand je suis arrivé à Marseille, je ne me suis jamais caché. Mais ça ne m’a pas empêché d’aimer mon club lorsque je jouais à Marseille, hein !

D’ailleurs, tu penses quoi du nouveau PSG ?

C’est une bonne chose pour le football français et la Ligue 1. Mais d’un autre côté, je pense à la région parisienne qui est le gros réservoir de talent du championnat français, et aux jeunes qui ne pourront pas percer au Paris Saint-Germain à cause de ça. Donc je suis assez mitigé, au fond.

Propos recueillis par Swann Borsellino
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