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Moussa Sao : « J’ai un peu appris le foot dans la rue »

Il y a trois ans, Moussa Sao (vingt-sept ans), l’attaquant de Sochaux, était encore un joueur de futsal. Le Francilien, également passé par Le Havre, raconte son itinéraire forcément atypique, entamé sur les vertes pelouses de Châtillon et de Meudon et qui s’est poursuivi sur des surfaces un peu moins souples.

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Il paraît que vous avez commencé à jouer au foot assez tardivement...
Au départ, je n’étais pas plus intéressé que ça par le foot. J’y jouais un peu avec mes copains dans la rue, rien de plus. Je préférais le basket. Un peu avant d’avoir treize ans, comme un de mes potes avait pris une licence à Châtillon, je l’ai suivi. J’y suis resté jusqu’en moins de dix-huit ans, puis je suis parti à Meudon, qui jouait en Division d’Honneur. Je me suis rapidement fait une pubalgie, et pendant quasiment un an, je n’ai rien fait. J’ai ensuite rejoué pour Meudon un an, avant d’arrêter.

Aviez-vous déjà fait connaissance avec le futsal ?
« À seize ans, je faisais donc du foot à onze, du futsal et du free fight, tout en continuant mes études. »
Oui, à seize ans, avec mes potes à Bagneux. À cette époque, je faisais donc du foot à onze, du futsal, du free fight, tout en continuant mes études. D’ailleurs, comme j’avais certaines facilités de ce côté-là, ça allait. Je parvenais à mener tout cela de front. J’allais au lycée à Sceaux, et j’étais plutôt bon élève. Mais vers dix-huit, dix-neuf ans, j’ai voulu me consacrer uniquement au foot. Après Meudon, je suis descendu faire un essai dans un club du sud de la France, Cannet-Rocheville. Le club venait d’être relégué en DH, et l’entraîneur était Sébastien Desabre. La première année, ça a bien marché pour moi. Mais quand Desabre est parti entraîner l’ASEC Abidjan en Côte d’Ivoire, Christian Lopez, l’ancien de Saint-Étienne, l’a remplacé, et pour moi, ça s’est compliqué. Il ne m’aimait pas trop, me faisait très peu jouer. Puis je me suis blessé à une cheville, ce qui n’a rien arrangé. Au niveau des soins, ce n’était pas vraiment ça. J’ai quitté le club, et un jour, j’ai participé à un tournoi de foot à sept, où Farid Benameur, le manager général du club de Cannes Bocca Futsal, m’a repéré.

Comment vous a-t-il vendu son projet ?
Il m’a dit que son club était semi-professionnel, bien structuré, qu’il jouait en Ligue 1. Et qu’on me remettrait sur pied. J’ai réfléchi, car j’avais une vraie interrogation par rapport au foot à onze. Benameur m’a répondu que si je bossais bien, je pourrais y retourner. Il m’a parlé de Youssef El-Arabi, qui lui aussi avait joué au futsal. J’ai accepté la proposition de Cannes. J’avais un salaire correct, j’étais logé dans une résidence pour sportifs. On m’a laissé le temps de me soigner, et j’ai fait presque une demi-saison. J’ai marqué plusieurs buts, et la saison suivante, ça a vraiment bien marché pour moi : cinquante-trois buts en Ligue 1, le titre de meilleur joueur de France et ma première convocation par Pierre Jacky, le sélectionneur de l'équipe de France de futsal, pour un match au Maroc. J’ai marqué deux buts ce jour-là. En tout, j’ai joué quatorze fois en sélection nationale, pour dix buts.

Pourtant, en 2013, vous signez au Havre. Comment ce passage entre le futsal et le club doyen s’est-il effectué ?
Un de mes frères aînés, Abdoulaye, a toujours cru en moi. Il m’a poussé, il m’a protégé. Je suis né à Fontenay-aux-Roses, où il y a des quartiers difficiles, mais il faisait en sorte que je ne fasse pas de bêtises. Un jour, comme nous sommes d’origine sénégalaise, il est parti à Dakar et a rencontré Salif Diao, l’ancien international. Il lui a parlé de moi, et Diao lui a donné le nom d’un agent, Olivier Davot. Je l’ai eu au téléphone. Il m’a dit de continuer à jouer au futsal, et que s'il y avait l’opportunité de faire un essai dans un club professionnel, il me préviendrait. Tout en me disant que les clubs étaient toujours un peu réticents avec des joueurs de futsal. À l’été 2013, je fais pourtant un essai à Arles-Avignon, où ça se passe plutôt bien. Puis un autre à Dijon, où c’est plus compliqué. Et finalement, je vais au Havre, où j’ai une discussion avec Erick Mombaerts, alors entraîneur du HAC.

Et vous ne sentez aucune réticence chez lui ?
« Mombaerts, qui me dit adorer le foot espagnol, me fait comprendre que je l’intéresse. »
Non. Il me met à l’essai une semaine, m’emmène en stage où je marque deux buts lors d’un match amical contre une équipe de CFA2. Puis un autre contre Laval. Mombaerts, qui me dit adorer le foot espagnol, me fait comprendre que je l’intéresse. Le futsal exige des qualités de vitesse, de déplacement, de rapidité, de qualité de contrôle, de spontanéité dans les gestes. Et il me propose un contrat de deux ans.

Avez-vous tiré la langue au début ?
Bien sûr. Il y a des différences importantes entre le futsal, où on joue à cinq, dont un gardien, sur un terrain de hand, et le foot à onze. Ce ne sont pas les mêmes efforts. Les courses ne sont pas les mêmes. Le ballon est différent. Au futsal, il est plus lourd et ne rebondit pas. Tactiquement, aussi, j’ai beaucoup travaillé pour m’adapter. Le boulot défensif, etc. Mais il y a aussi pas mal de similitudes.

Lesquelles ?
Dans les impacts, par exemple. Physiquement, on bosse beaucoup au futsal, contrairement à ce qu’on pourrait croire. La plupart du temps, j’avais trois entraînements par jour ! Mais cela ne m’a pas évité de mettre un certain temps à m’adapter. J’avais effectivement joué à onze, mais pas au niveau professionnel. Les premiers mois, j’ai eu plusieurs blessures. C’était certainement lié à ce changement. Moi, je ne suis pas passé par un centre de formation. J’ai un peu appris le foot dans la rue.

Comment les joueurs havrais vous ont-ils accueilli ?
« Parfois, j’ai l’impression qu’on voit le joueur de futsal comme un mec capable de faire des tours de magie avec le ballon, un dribbleur fou... Ce n’est pas tout à fait ça. »
Très bien. C’était un groupe jeune. Ils savaient que je venais du futsal. Parfois, j’ai l’impression qu’on voit le joueur de futsal comme un mec capable de faire des tours de magie avec le ballon, un dribbleur fou... Ce n’est pas tout à fait ça. Et j’ai été très bien accueilli à Sochaux également. Aujourd’hui, je suis un footballeur normal (rires).

Avez-vous rejoué au futsal ?
Non. Mais j’aimerais bien, de temps en temps. On m’a aussi demandé si je serais d’accord pour rejouer en équipe de France. Mais je ne pense pas que Sochaux serait d’accord, ne serait-ce que pour des questions d’assurance.

Le futsal est très populaire au Brésil, dans plusieurs pays européens, mais en France, c’est difficile d’en entendre parler...
C’est vraiment dommage. Il n’y a quasiment aucune médiatisation. Alors que des clubs français disputent la Ligue des champions. Dans d’autres pays, ils en parlent beaucoup plus. Pas ici.

Propos recueillis par Alexis Billebault
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