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Mourinho, Van Gaal : je t'aime... moi aussi !

Tout le monde le dit : la finale Inter-Bayern sera surtout un duel entre José Mourinho et Louis Van Gaal. Pas faux... Vous savez déjà par cœur que José et Louis se connaissent bien parce que le Portugais a été l'adjoint du Hollandais du temps où Coach Batave entraînait le Barça (1997-2000). Est-ce que l'élève a dépassé le maître ? On s'en fout. On a avant tout affaire à deux poids lourds du coaching international qui se sont adressés des amabilités réciproques au cours de leur point-presse respectif. Qu'est ce qui distingue et rapproche les deux hommes ? Plein de choses en vérité...

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José & Louis : seuls contre le reste du monde...

José et Louis ne sont pas des sentimentaux. Manquerait plus que ça dans le monde du foot aussi crade qu'une fosse sceptique infestée de piranhas (l'expression est de Keith Richard, à propos du show-biz). D'abord les deux gars ont un solide sens des réalités. Un truc extra football... Louis a perdu sa première femme, morte, et José porte en lui un drame familial (un enfant « handicapé » , voir décédé ? C'est un mystère, et Mourinho n'en parle jamais). Alors, les pleureuses, les chichis, les caprices, les états d'âmes, très peu pour eux... José et Louis aiment les joueurs de caractère, les hommes qui ont grandi dans l'adversité : le Portugais affirmait que s'il devait partir à la guerre, il prendrait Didier Drogba, et Louis avait affectueusement surnommé Edgar Davids, son chouchou à l'Ajax, « mon pitbull » .
Sinon, dans la galerie de Bisounours commune aux deux, vous pouvez rajoutez Lucio, Samuel, Van Bommel ou Olic. Voilà en gros pour cadrer leur mentalité très « affirmée » ... Leur sens commun des réalités, c'est aussi la lucidité de ne pas vouloir se faire aimer à tout prix. Bien sûr, la reconnaissance professionnelle, les titres et le soutien des supporters, ça compte pour eux, mais ils ne se sont jamais fait d'illusion sur le boulot d'entraîneur : quoi que vous fassiez, même si vous gagnez, vous serez dénigré, ou pire, viré de votre taf. D'où leur ton souvent cassant, provocateur, qu'on assimile trop rapidement à du mépris ou de la suffisance : eux ont rapidement compris que le talent d'un bon entraîneur, c'était avant tout de savoir encaisser les coups et de résister à la pression, puis d'avoir des résultats. Forts de ce postulat de départ, les deux hommes droits dans leurs bottes ont raflé tous les deux un palmarès assez impressionnant. Ils figurent aujourd'hui logiquement au top des meilleurs entraîneurs de clubs du monde.

L'autre trait commun, c'est leur passé de joueur médiocre. Un handicap qu'ils ont dépassé et sublimé au prix d'un travail de fou. Ils possèdent tous les deux cette expertise jamais satisfaite et sans cesse perfectionnée des anciens « mauvais joueurs » qui souffrent intérieurement du manque de légitimité dans la profession. Une légitimité qu'on accorde plus facilement aux anciens grands joueurs devenus coachs. Tous les deux nourrissent donc un « complexe d'infériorité » permanent qui a été aussi le moteur de leurs ambitions plus tard assouvies. Plus prosaïquement, ce qui les rapproche aussi, c'est la dent dure et tenace envers le Barça. Outre son échec dramatique avec la sélection des Pays-Bas (qu'il n'a pas qualifiée au mondial 2002), Louis n'a jamais digéré son éviction du club catalan lors de son deuxième passage brutalement avorté (2002-janvier 2003). Une humiliation qui l'enverra deux ans au purgatoire, sans club, avant de reprendre (victorieusement) un AZ Alkmaar de seconde zone en 2005. Depuis 2002 Van Gaal est un revanchard chronique... En tant qu'adjoint de Van Gaal, Mourinho n'était pas très aimé au Barça ( « tensions » avec certains joueurs, sobriquet moqueur : « le traducteur » , du temps où il secondait Bobby Robson). Et puis bien sûr, les épisodes Ligue des Champions houleux entre Chelsea et Barça n'ont pas arrangé les choses... Plus profondément, l'hyper narcissique qu'est Mourinho a vécu comme un défi l'émergence extraordinaire de Pep Guardiola. Les succès du coach du Barça l'avaient symboliquement déchu de son statut de « Special One » ... D'où un José Mourinho totalement extatique au Nou Camp à la seconde où l'arbitre avait sifflé la fin de Barça-Inter : en triomphant des Blaugrana, José triomphait aussi et surtout de Guardiola, le p'tit con à la réussite insolente, et redevenait le Number One de la profession...


Deux approches tactiques « différentes »

Postulat de base bien connu : l'Inter de Mourinho est hyper défensive et pratique le catenaccio tandis que Bayern de Van Gaal est plus joueur... Beaucoup de clichés là dedans. Se focaliser essentiellement sur le Barça-Inter retour (1-0, avec les nerazuri réduits à 10), c'est vouloir se convaincre à tout prix que l'Inter ne sait que défendre en bloc et puis c'est tout. C'est oublier les matchs aller à Giuseppe Meazza, où, contre Chelsea et le Barça, voire le CSKA Moscou, l'Inter a pris le jeu « à sa façon » , en sortant de ses bases et en marquant des buts. Bien sûr, contre les Blues et les Blaugrana, les Lombards ont pas mal subi. Mais quoi de plus normal face à deux machines de guerre pareilles ? A ce niveau-là, il est impossible de maintenir des phases actives pendant 90 minutes. L'Inter s'est livrée d'un côté et a bien défendu de l'autre. Idem à Chelsea, au retour : Mourinho a joué avec trois attaquants pour perturber le jeu londonien. L'inter a eu quelques bonnes occases et a finalement marqué sur une action de cobra, Sneijder-Eto'o... Perturber le jeu de l'adversaire, outre développer le sien propre, c'est sans doute là l'une des différences essentielles entre Mourinho et Louis Van Gaal.

Le Portugais possède l'art consommé de la destruction du jeu adverse. Par « destruction » , on n'entend pas la violence et l'anti-jeu, mais plutôt l'art de porter le fer sur les points faibles de l'équipe opposée. A ce titre, Mourinho est le maître incontesté de la discipline. Quand il affirme avoir passé 18 heures pour décortiquer le jeu de l'AS Roma, c'était bien évidemment pour déceler d'abord les faiblesses de la bande à Totti. La victoire 3-1 contre la Barça reposait avant tout sur la destruction méthodique de la zone de démarrage du jeu blaugrana, à savoir les 16 mètres catalans, avec la relation originelle Valdès vers Puyol ou Piqué. On peut croire que ce soir, à Bernabeu, l'Inter va devoir déjà bien sûr enfermer Olic dans la tenaille Lucio-Samuel et empêcher Robben de prendre de la vitesse pour qu'il n'arrive jamais lancé. Mais le boulot essentiel des avants et des milieux intéristes sera de « détruire » la paire initiatrice du jeu bavarois, Van Bommel-Schweinsteiger. Plus diabolique, Mourinho peut très bien laisser au Bayern la maîtrise du jeu et le contrôle du ballon au point de le rendre complètement stérile en le neutralisant à 30 mètres ou plus...

Et Van Gaal ? Bien sûr, le Hollandais étudie lui aussi à fond le jeu de l'équipe adverse pour en repérer les points faibles (Zanetti au milieu, et Chivu derrière lui, auront du boulot face à Robben). Mais en bon adepte de la méthode batave, Van Gaal impose avant tout au Bayern de prendre le jeu à son compte, de garder le ballon et de se porter plus volontiers à l'attaque. Là aussi, selon les préceptes du jeu néerlandais, Van Gaal déteste subir. C'est pour ça qu'après avoir laissé passer l'orage durant ses temps, faibles (contre la Fiorentina, contre MU et un peu l'OL), son équipe sait naturellement se remettre dans le sens de la marche et porter l'offensive. A ce titre, Van Gaal bénéficie de la mentalité Bundesliga de ses joueurs. A savoir, avant tout, une condition physique hors du commun (l'OL l'a payé très cher et même l'Inter risque d'avoir des surprises) et ensuite cet « instinct » d'attaquant qui pousse naturellement les joueurs allemands à saisir toutes les opportunités pour porter le danger. Beaucoup ont oublié la deuxième mi-temps d'Espagne-Allemagne en finale de l'Euro 2008 où la Mannschaft avait secoué la Roja au point d'avoir failli égaliser... Le mix germano-hollandais concocté par Louis Van Gaal pourrait créer la sensation ce soir. Il y a quelques semaines, tout le monde aurait parié sur une victoire fastoche de l'Inter sur le Bayern. Aujourd'hui, ce soir, rien n'est moins sûr...

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