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Morgan Sanson : « L'esthétisme, on s'en fout »

Visage rayonnant de la formation française à vingt-deux ans, Morgan Sanson est aujourd’hui revenu au meilleur de son niveau après une rupture des ligaments croisés qui a pourri sa saison dernière. Entretien avec un cerveau de la nouvelle vague.

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Il y a une semaine, vous avez frappé un gros coup en battant facilement le PSG (3-0) à la Mosson. Sur le coup, on ne vous a pas sentis surpris. Pourquoi ?
Non, on n’a pas été surpris. On est conscients qu’on peut faire de belles choses. Maintenant, on savait que ce match contre Paris allait être compliqué, surtout qu’ils étaient dans une bonne période. On savait simplement que pour rivaliser un minimum avec eux, il fallait faire un super match et je pense que dans tous les secteurs du jeu, on a su être au niveau. Voilà ce qui nous a permis de gagner.

Tu es à Montpellier depuis juin 2013. Qu’est-ce que tu as trouvé dans cette ville que tu n’avais pas eu jusqu’ici ?
Quand je suis arrivé, je sortais d’une saison de Ligue 2 avec Le Mans. Forcément, la première différence a été sportive, avec un gros changement de niveau aux entraînements. Après, c’est tout le reste. Les médias, tout ça, je n’étais pas vraiment habitué. Au Mans, il n’y avait pas beaucoup de caméras. Même si Montpellier, ce n’est pas la folie, il y en a quand même un peu, surtout que j’ai signé au club un an après le titre de champion, donc tu avais ce parfum particulier. C’est ce qui m’a changé principalement, surtout qu’au moment où je suis arrivé, le coach était Jean Fernandez qui est très pointilleux.

Tu traverses une période où ton nom est de nouveau régulièrement associé à des gros clubs. Comment tu appréhendes justement cet entourage médiatique ?
Je ne fais pas beaucoup attention à ça, j’essaye de me concentrer sur moi, mes entraînements, l’objectif d’être à 100% dans la performance pour le week-end. Dans ma tête, je suis posé, tranquille.

Ton père était footballeur, ton grand-père était aussi dans le milieu, ce besoin de la performance permanente vient aussi de ton éducation ?
Mon chemin était tout tracé. Ma famille baignait dans le foot, donc naturellement, je me suis vite retrouvé avec un ballon au pied. Rapidement, c’est devenu une passion, donc j’ai eu ma première licence à cinq-six ans. Mon enfance se résume surtout à ça, finalement. Le reste, c’est un état d’esprit. Ma famille m’a toujours dit que j’avais une chance énorme d’être dans ce métier, je suis entré au Pôle Espoirs à quatorze ans et j’ai toujours eu ce message de travail, donc c’est rentré. Après, le destin, la chance, ça se provoque aussi.
« C’est du bonheur et encore plus maintenant quand on a connu la galère de ne pas jouer pendant longtemps. »
Je suis quelqu’un qui travaille beaucoup, et pour moi, c’est la seule chose qui peut payer finalement. C’est en moi, c’est logique d’être comme ça et c’est aussi pour ça que tous les matins, quand je me lève, j’ai la banane. La préparation, les séances, c’est du bonheur et encore plus maintenant quand on a connu la galère de ne pas jouer pendant longtemps. J’étais déjà un gros bosseur avant, mais, depuis, je crois que ça s’est multiplié par trois.

Cette galère, c’est cette rupture des ligaments croisés en avril 2015 qui t’a éloigné des terrains pendant de longs mois. Certains expliquent que tu as traversé une phase de dépression.
Oui, je n’ai pas peur de le dire. Le football, c’est ma passion, mon métier, ce que j’aime faire au quotidien, et cette période a logiquement été très compliquée. Quand tu sais que tu ne peux pas jouer pendant plusieurs mois, c’est frustrant, surtout que j’étais dans une bonne période. C’est un truc qui te plombe.

C’est quoi le plus dur dans ces moments ?
Le manque de compétition, et surtout de tout faire de loin. Tu regardes le match de loin, tes potes jouent, mais tu les regardes de loin aussi. Tu les croises dans le vestiaire, mais tu n’es pas avec eux sur le terrain, pas avec eux à l’hôtel, pas avec eux lors des matchs. T’es tout seul dans ton combat.

C’est aussi ce qui t’a poussé à en faire trop à un moment donné, non ?
Oui ! (Rires) Comme je ne pouvais pas courir, j’avais tendance à compenser en me musclant le haut du corps. Je mettais toute mon énergie là-dedans et à un moment, j’ai dit stop parce que je pense que j’allais changer de filière et me mettre au rugby.

Tu as consulté à l’extérieur aussi ?
J’ai été à Saint-Raphaël. Au début, j’ai relativisé. Quand tu es là, que tu vois des gens qui n’arrivent plus à marcher, qui ont eu de graves traumatismes, tu te dis que ce n’est qu’un passage compliqué, mais que, toi, tu vas remarcher et recourir.

Tu as douté de pouvoir revenir ?
Forcément, un petit peu. Il y a des blessures comme celle-ci qui sont dures à digérer. Tu ne sais pas combien de temps tu vas mettre pour retrouver ton meilleur niveau et c’est le questionnement que tu as. Tu sais que ça va revenir, mais tu ne sais pas quand. J’étais dans les délais, mais, parfois, ça met un petit coup. Tu bosses comme un fou, mais faut patienter. Il y a une période où tu sais que ça va, que tu n’as pas mal, que tu as l’air en forme, mais où tu n’es pas performant. C’est l'une des choses les plus dures que j’ai vécues.

Tu as toujours eu ce statut de petit protégé à Montpellier. Au moment de ta blessure en 2015, Rolland Courbis avait expliqué après le match que ta perte était plus importante que la défaite. Certains joueurs t’appellent « mon petit » . Comment peux-tu l’expliquer ?
Sur le moment, ce commentaire du coach m’a fait plaisir, mais je l’ai vite oublié quand j’ai eu le diagnostic. Je crois que les premiers jours, peu de personnes ont pu me faire relever la tête. Après, c’est en lisant des phrases comme ça que ça te donne de la motivation pour revenir le plus vite possible. Je suis un battant et je ne triche pas, c’est aussi pour ça que ça se passe bien, je pense. Franchement, je ne vois plus trop ce qui peut m’arrêter après cette blessure.

Ton entraîneur au Pôle Espoirs de Châteauroux, Fabrice Dubois, est réputé pour être un mentor et une brute de travail. Ce mental, ça vient aussi de là ?
Je pense que c’est en partie grâce à lui qu’on en est là, que ce soit moi ou Flo Thauvin par exemple. On a tellement encaissé à cette période qu’en arrivant au centre de formation ensuite, on était en avance sur les autres. C’était vraiment un centre de pré-formation, même mieux. C’est là que mon parcours a basculé. Je pense que sans ça, sans cette structure, cette apprentissage et sans Fabrice, je ne serais pas là aujourd’hui.

Être éloigné de sa famille aussi rapidement, tu l’as vécu comment ?
Comme tout le monde... Les premiers mois, c’est compliqué, mais on se dit que c’est des sacrifices qu’il faut parfois être prêt à faire si tu veux arriver au haut niveau. C’est une question d’habitude, mais aussi une histoire de volonté de tracer sa route.

Ton jeu assume un côté physique derrière une touche artistique. L’esthétisme, ça a toujours été important pour toi ? Denis Zanko explique souvent que tu mettais de la lumière dans le jeu quand tu entrais au MM Arena.
« Gamin, j’étais fan de Kaká et Ronaldinho. »
Gamin, j’étais fan de Kaká et Ronaldinho. J’ai essayé de m’inspirer d’eux, pareil pour Iniesta ensuite. Quand je suis arrivé au Mans au centre de formation, j’avais ce bagage technique, mais j’ai eu plusieurs discussions avec les coachs. J’avais une forme de déficit physique et je savais que si je ne passais pas ce cap, je ne pourrais pas atteindre le haut niveau. Je n’ai pas eu le choix. Avant, j’avais tendance à éviter les duels, et en quelques mois j’ai amélioré mon jeu, je l’ai durci, ce qui m’a rendu meilleur. Je suis passé d’un joueur frêle, qui voulait tout éviter, à un soldat. (Rires)

Comment on traverse cette transformation physique ?
Entre dix-sept et dix-huit ans, j’ai eu l’impression de modifier mon jeu en allant au combat. Comme si j’étais devenu un autre joueur. Je n’aimais pas ce style de jeu parce que ça ne faisait pas vrai joueur technique, ce n’était pas très esthétique. C’est là que j’ai compris que l’esthétisme, on s’en foutait. Le plus important, c’est d’être performant.

Arriver à Montpellier, c’était aussi changer de cadre de vie.

On m’avait dit que quand j’arriverais à Montpellier, ce serait complètement différent du Mans. Forcément, dans une ville comme ça, il y a des côtés qui pouvaient me faire sortir du foot. Je suis arrivé à Montpellier avec ma copine, donc j’avais déjà une situation assez stable. C’est quelque chose qui m’a permis de rester tranquille tout en profitant avec modération. C’est sûr que c’est une ville attrayante avec du monde, du beau monde, donc tu peux vite partir en vrille.

On parle souvent de l’entourage des joueurs. Comment tu as réussi à te protéger ?
Je sais où je veux aller, donc je sais que si tu commences à sortir une fois, deux fois, trois fois par semaine, au kebab, à la pizzeria, à te coucher à trois heures du matin tous les soirs, c’est impossible d’être performant sur la durée. Je l’ai compris rapidement, donc ça m’a aidé.

Les cadres du groupe t’ont aussi conseillé là-dessus ?
Oui, j’écoute beaucoup les anciens. Mais j’avais déjà la formule sur cet aspect, donc ils me conseillent plutôt sur le jeu.

Rolland Courbis t’avait aussi pris sous son aile.
Ça s’est super bien passé avec lui, c’est sûr. C’est avec lui que j’ai fait ma meilleure saison avec Montpellier, il me donnait de la confiance, j’étais sûr de ce que je faisais et il était toujours là pour moi. Frédéric Hantz, lui, est arrivé quand j’étais blessé. Il était passé par Le Mans avec Arnaud Cormier que je connaissais plus que lui. Dès que j’ai repris l’entraînement, ça s’est bien passé. J’ai eu une fin de saison dernière compliquée, donc je n’ai pas beaucoup joué, mais le coach ne voulait pas que je reprenne avec la CFA, car les contacts y sont plus durs. C’est un travail par étape.

On a l’impression que vous êtes une grande bande de potes avant tout aussi.
L’ambiance dans le vestiaire est géniale, mais c’est aussi ce qui peut nous nuire. Parfois, c’est comme si on faisait des matchs entre amis et on n’a pas forcément l’activité nécessaire. Je pense que c’est quand même une force avant tout. C’est une bande de potes, aucun joueur n'est exclu, et comme on est un groupe restreint, ça resserre les liens.

Comme lorsque Casimir Ninga s’est rompu les ligaments croisés en octobre. Il est venu en parler avec toi ?
J’ai tout de suite eu un message de soutien pour lui. Tout le monde est allé le voir à des moments différents. Moi, j’y suis allé après son opération avec Paul Lasne parce qu’on était les deux du groupe à avoir connu cette blessure. On a su trouver les mots pour lui remonter le moral, on a insisté pour dire qu’on était là pour lui. Cette blessure nous a une nouvelle fois fait comprendre que notre groupe était hyper uni.

Ton rêve, au départ, était de jouer en Ligue 1. Tu parles maintenant souvent de l’Angleterre pour l’avenir. Pourquoi ?
Ce qui me plaît, c’est l’engouement autour de ce championnat. Les stades sont pleins à tous les matchs, on mange, on dort football. Ce n’est pas le seul championnat qui m’attire, mais il y a une grosse qualité globale, donc oui, ça m’attire.

Tu trouves qu’on manque de passion en France ?
Oui, bien sûr, quand tu vois que c’est souvent vide dans les stades... Dans ces cas-là, il faut remercier ceux qui viennent, mais c’est frustrant parfois, surtout quand tu vois les stades qu’il y a en France. Tous les joueurs rêvent de jouer dans un stade plein à 90, 100%. Là, Montpellier va quitter la Mosson dans les prochaines années et c’est une bonne nouvelle. On en a parlé entre nous. Là, il y a souvent eu des problèmes, mais le changement de stade est positif pour le club.

Propos recueillis par Maxime Brigand
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