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Moreau : « La pauvreté technique des matchs d'aujourd'hui, putain ! »

À l'occasion du numéro anniversaire des 10 ans, So Foot est allé sur les routes de France, à la rencontre des « numéros 10 de province » . Ces footballeurs français chargés d'éclaircir le jeu des équipes de D1 dans les années 80-90. Carnot, Lachuer, Delamontagne, Dedebant et... Thierry Moreau. Dont voici quelques extraits de l'interview, non publiés dans le magazine. Au menu : le Kop du HAC, les bières en terrasse après les entraînements et Joël Tiéhi.

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Dans le football d’aujourd’hui, le numéro 10 classique trouverait-il sa place ?
En fait, maintenant, il pourrait jouer devant la défense, si t’as la chance de tomber dans une équipe qui a la philosophie de jeu de garder le ballon. C’est vrai qu’avant, le 10 jouait derrière les deux attaquants. Maintenant, que demandent les clubs ? Des joueurs rapides, puissants, capables d’être relayeurs, de défendre. Mais quand tu vois Pirlo jouer, tu te dis qu’il y aurait encore de la place pour tout le monde.

Tu as commencé numéro 10 ou tu es passé par d’autres postes ?
Non, toujours en 10. Après il y a eu des évolutions, avec des milieux excentrés, devant la défense. C’était une époque où tu démarrais en jeune à un poste et tu le tenais. Maintenant, c’est fini tout ça.

Tu pourrais dater le moment où ça a basculé ?
Dans les années 90, je pense. Notre génération, c’était un 6, deux joueurs excentrés, un 10 et deux attaquants. Ça fait peut-être vieux con, c’est sûr qu’on gagnerait plus d’argent maintenant, mais j’étais content de jouer à notre époque. Les mentalités n’ont rien à voir. Aujourd’hui, tu mets un but, tu le vois trente fois à la télé et sur internet, tu flambes très vite. Avant, si c’était pas un but dans la lucarne, tu le voyais jamais.

Tu viens du Havre, c’est ça ?
En fait, je suis de Caen. Mais là-bas, les infrastructures n’étaient pas adaptées. Le club était en troisième division. Le Havre était en D2, mais était précurseur puisqu’il avait un centre de formation. Et comme c’était pas loin de chez moi... Le Havre, c’est quand même le club doyen, t’as une histoire. Puis proximité oblige, t’as quand même des liens avec le foot anglais. Que ce soit l’appartenance des supporters vis-à-vis du club, l’aspect social qu’il peut avoir dans la ville, etc. C’est quand même une ville ouvrière, avec les dockers.

Tu le sens quand tu joues ?
En France, t’avais pas de kop. Et au Havre, il y en avait un. Ça te porte. On te formait en tant que footballeur et en tant qu’homme. C’est ce qui a un peu changé maintenant. Quand on sortait du centre de formation, on se posait pas la question du club où on allait signer après. Représenter ton club formateur, c’était très fort.

Tu viens d’une famille de footeux ?
Ah ouais. Mon père jouait, je le suivais partout. T’avais pas de consoles, d’iPhone, etc. Bon bah, qu’est-ce que tu fais ? Tu vas avec ton père dans la voiture et tu vas jouer au foot.

Quand tu pars à Toulouse, ça se passe comment ?
J’avais fait 10 ans au Havre. Après, tu te dis que c’est intéressant d’aller voir ailleurs. Puis au Havre, c’était Hureau le président. Pour négocier un contrat, c’était pas facile, il te disait : « C’est ça, c’est ça » et puis bon, tu disais rien. En plus, j’avais pas d’agent, j’en ai jamais eu d’ailleurs. Puis Giresse, qui était directeur sportif de Toulouse, m’a contacté. Et quand t’es joueur et que Giresse te dit qu’il aime ton profil, c’est flatteur. C’était l’année où le TFC était descendu. Ils voulaient remonter aussitôt et donc avait pas mal recruté. J’étais le seul joueur qui n’avait pas été recruté par Courbis, l’entraîneur.

Et donc, ça s’est passé comment ?
Au début, c’est particulier, il te teste un peu. Mais après, ça s’est bien passé. Finalement, le plus dur, c’est le climat. Quand tu joues l’été au Havre, qu’il fait 18 degrés, puis que tu passes à Toulouse où il fait 35 le soir, ça fait bizarre. Mais la qualité de vie là-bas, c’est magnifique. J’étais ami avec Casanova, on avait joué ensemble au Havre, on s’était retrouvés à Toulouse. Tu vois, c’était encore une génération de joueurs avec lesquels on se retrouvait après le décrassage, on prenait l’apéro ensemble, 2-3 bières avant de rentrer. Ce que j’ai vécu en fin de carrière et ce qui se fait de plus en plus maintenant, c’est que les mecs prennent la douche et se barrent.

Ils se barrent parce qu’ils sont plus égoïstes ou parce qu’aujourd’hui, c’est impossible de prendre une bière après le décrassage ?
Je peux comprendre aussi. Nous, on allait à Tournefeuille, y avait un marché, il faisait bon, c’était sympa, tu buvais des bières. Imagine maintenant, tu fais ça, t’as 6 verres de bière sur la table. Des mecs les prennent en photo et l’interprétation que les médias peuvent en faire est dangereuse. La sur-médiatisation, c’est un avantage, mais ça peut aussi avoir ce genre d’effets.

Finalement, les joueurs ne peuvent pas profiter de la vie aujourd’hui ?
Non, mais le but d’un être humain, sans philosopher, c’est d’être heureux. Après, tu peux l’être de plusieurs façons. Moi, j’avais une vie « à la papa » . C’était famille et foot. J’ai connu des mecs qui avaient une vie particulière, mais quand ils entraient sur le terrain, ils étaient bons. Et bizarrement, c’est quand ils arrêtaient de sortir qu’ils mettaient plus un pied devant l’autre sur le terrain.

Qu’est-ce que ça fait d’être le 10 dans une ville comme Le Havre par exemple. Est-ce qu’il y a un côté « héros du coin » ?
Pas héros, mais à cette période, y avait la mythologie du numéro 10. J’étais plus ou moins habile sur coups de pied arrêtés, un peu technique, etc. Tu pouvais être vite mis en avant. Par contre, tu pouvais aussi très vite te faire flinguer au 3e contrôle raté. Pareil avec la presse, hein…

Et ça se manifeste comment ? Genre t’es en ville, tu vas te prendre un café et les gens t’abordent ?
Après, c’est culturel aussi. À Toulouse, c’est méditerranéen, donc il y a plus de proximité. Là, dans le coin (Caen, ndlr), c’est plus froid. Tu vois, je viens souvent boire mon café ici, il a mis 3 mois avant de me parler de foot alors qu’il savait qui j’étais. À Toulouse, le mec t’offre le café, te tape sur l’épaule et te parle du match de la veille. Mais j’aimais bien aussi. Après c’est un peu superficiel, ça peut être dangereux pour certains jeunes. Heureusement que j’avais une bonne éducation là-dessus. C’est sûr qu’un mec qui réussit à Marseille par exemple, il peut vite exploser en plein vol, parce que c’est excessif dans les deux sens. Il faut être fort mentalement.

Tu te souviens de ce que tu as fait de ton premier salaire ?
Je crois que je me suis acheté des chaussures de foot (rires). Honnêtement, je sais même plus. Après pour s’acheter un truc de folie avec les salaires du Havre, fallait t’endetter sur 10 ans… (rires)

« Je jouais avec des mecs qui te cassaient pas les bonbons parce que tu défendais pas. »

Tu as été tenté par l’étranger ?
Ma première année en Ligue 1, j’avais flambé, donc j’avais des contacts. Mais le président ne voulait pas. À l’époque, c’était encore lui qui avait le pouvoir, il n’y avait pas de bras de fer. Mais avec du recul, j’aurais aimé jouer en Espagne. Si t’aimes le foot, c’est quand même bandant.

Quand tu regardes le foot aujourd’hui, quelles équipes te plaisent ?
Je suis fan du Barça comme beaucoup de monde. Même si on entend que c’est une équipe ennuyeuse, qui fatigue tout le monde. Mais bon, quand tu connais un peu le foot et que tu sais l’exigence technique qu’il faut, tu te dis quand même, putain, les mecs sont forts. Puis la pression. J’aime bien aussi le foot anglais parce qu’il se passe toujours quelque chose. L’ambiance, l’environnement.

C’était important pour toi de gagner des titres, de faire carrière ou, finalement, le plaisir, c’était juste de jouer au foot ?
Honnêtement, j’avais l’esprit de compétition, t’arrives pas dans une structure pro si tu l’as pas. Mais j’étais tellement obnubilé par le plaisir, le jeu. Ça m’a peut-être desservi, aussi. Mais bon, j’étais tellement content d’avoir un ballon, de jouer, tout ça.

Qu’est-ce qui manque quand on arrête ?
Tout. Les quatre premiers mois, c’est dur, putain ! C’est comme un lendemain de fête. Tu vas faire tes courses, t’es dans la queue de la caisse et tu te dis : « Mais qu’est-ce que je branle là ? »

En tant que 10, tu sentais que t’avais une place à part vis-à-vis de tes coéquipiers ?
À cette période, oui. Je jouais avec des mecs qui te cassaient pas les bonbons parce que tu défendais pas. Parce qu’ils savaient qu’après, ils allaient te donner le ballon et que t’allais pas le perdre ou en faire quelque chose de bien. Il y avait cette reconnaissance. Maintenant, c’est tellement particulier entre eux qu’il peut y avoir de la jalousie qui fait qu’untel ne va pas faire de passes à un mec parce qu’ils ne s’entendent pas.

T’as déjà joué dans des équipes où ça se passait comme ça ?
Sur la fin, oui. À Toulouse, sur la fin, c’était une mentalité qui ne me ressemblait pas. Tu prends pas de plaisir.

Y a des joueurs avec lesquels t’as pris plus plaisir à jouer que d’autres ?
Oui, c’est évident. Au Havre j’aimais jouer avec Joël Tiehi. Les expressions du genre « j’ai pas besoin de le regarder pour le trouver » sont un peu bateau, mais c’est ce qui se passait. À Toulouse, j’ai joué avec un Argentin qui était très bon, Ruben Rossi. J’ai joué qu’un an avec lui. Par contre, voilà, dès le premier entraînement, tu le sens. Tu penses pareil au même moment, en même temps. Et ça, c’est top. C’est très agréable.


Et à l’inverse, y avait des mecs avec lesquels tu te disais « le mec c’est une poutre, je lui file un bon ballon, il fait n’importe quoi » ?
Ah oui. Après, c’est l’intelligence, faut s’adapter au profil de ton attaquant. Certains préfèrent des ballons dans les pieds, d’autres la profondeur. Mais des fois, je regarde des matchs à la télé, ça fait peur. Tu te dis, le mec s’entraîne tous les jours avec lui, ça lui vient pas à l’idée que c’est pas comme ça qu’il faut jouer.

Le niveau, tu le trouves comment aujourd’hui ?
J’aime pas juger. Sans être vieux con, des fois tu regardes un match sur Canal, putain, la pauvreté technique, quoi ! Alors c’est vrai, le mec, il va te faire des allers et retours tout le match, mais bon. Ce qui m’emmerde, c’est que ce sont des passes faciles qu’ils font. Tu vois Xavi, Iniesta, les mecs touchent 120 ballons, mais ils te font des passes dans l’intervalle, des passes claquées où il y a des prises de risque.

Toi, t’aimais bien prendre des risques ?
Ouais. Après, tu te faisais fracasser par l’entraîneur qui était dans une logique de pas perdre le ballon. Mais c’était le jeu qui me demandait ça. Je me rappelle de Giresse qui m’avait appelé après un match et qui m’avait dit : « Ce que j’ai apprécié, c’est que t’as cherché des diagonales, t’en as loupé 3 de suite mais t’as quand même tenté la quatrième. » C’est là que tu vois qu’il faut avoir les couilles pour jouer dans des clubs comme Marseille ou Paris. Si tu rates 4 diagonales au Vélodrome, que tu te fais siffler, que tu tentes la cinquième et que tu la réussis, bon, c’est costaud.

Si t’avais eu une offre de Paris ou de Marseille, tu y serais allé ?
Quand j’étais au Havre, j’avais eu une proposition de Paris. C’était Borelli le président à l’époque. Ça s’est pas fait. Mais je pense que oui, j’y serais allé. T’es jeune, insouciant, tu fonces, quoi.

Et tu te serais senti à l’aise dans une ville plus grande ? Vivre à Paris, par exemple ?
Honnêtement, non. Là, je sais que si je veux aller quelque part, je prends la voiture, en un quart d’heure j’y suis. C’est important en terme de repères. C’est pas anodin si je suis resté 10 ans et 7 ans dans le même club.

Quand t’étais gamin, y avait un joueur qui te faisait rêver ?
Dans ma tranche d’âge, le foot, c’était le Mondial espagnol en 82. Après, tu t’identifiais beaucoup aux joueurs brésiliens et à l’équipe de France. C’était énorme.

Et ça t’aurait fait chier de faire ta carrière en défense centrale, par exemple ?
Bah, j’aurais fait ma carrière, c’est ta passion mais bon, pfff, c’est dur. J’ai joué avec des mecs, alors c’est sûr qu’il en faut, tu te dis quand même : « Hey, chapeau » . À l’époque la notion de duel était importante. L’arcade en sang, le pif éclaté, le mec touchait 5 ballons avec ses pieds dans le match. C’est dur. (rires)

C’est comment à l’intérieur du groupe, quand tu sais que techniquement, t’es au-dessus des autres ?
Tu vas pas te masturber, mais c’est quand même plaisant. Ça l’est si tu justifies ça par ton comportement. Mais c’est vrai que c’est gratifiant. Tu le sens dans les yeux de tes partenaires. Y a un corner ou un coup franc, tu sens que le mec te dit : « Vas-y, s’il te plaît. »

Propos recueillis par Maxime Marchon, Stéphane Régy et Michaël Simsolo, à Caen


Les meilleurs extraits de l'interview sont à lire dans le reportage consacré à ces 10 de proximité dans le So Foot anniversaire.

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