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Morales : « La régie m'a reproché de dire que Diego avait mis la main »

Uruguayen de naissance et argentin d'adoption, Victor Hugo Morales commente des matchs depuis des décennies avec une maestria sans pareille. Lors du fameux but de Maradona contre l'Angleterre en 86, il a accompagné l'action avec une virtuosité comparable à celle du numéro 10. Presque trente ans plus tard, il s'accorde le luxe de présenter, avec le Diez, « De zurda » ( « Avec le gauche » , nldr), l'émission qui a révolutionné la façon de suivre le Mondial au jour le jour. En entretien exclusif pour So Foot, VHM revient sur cette journée historique de 86 au stade Aztèque et nous raconte ce que c'est de partager ses journées avec le « barrilete cosmico » (Ndlr : Cerf-volant cosmique).

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Ça fait quoi de travailler avec Diego Maradona ?
C'est une expérience très agréable, beaucoup plus que ce que l'on peut imaginer a priori. Connaître et partager le quotidien de personnages avec autant de relief internationnal comporte toujours un risque. Le risque de tout simplement perdre la magie, l'admiration. Mais dans ce cas, c'est tout le contraire. Diego est un monstre, c'est une personne que l'on apprécie encore plus lorsqu'on le connaît en profondeur.

Et au jour le jour, comment se passe la cohabitation avec celui que tu as surnommé le « barrilete cosmico » ?
La vérité, c'est que l'on ne passe pas 24h/24h l'un avec l'autre. On déjeune ensemble parfois et on se retrouve une heure avant le début de l'émission, tous les jours. Mais à l'observer, tout ce que l'on pouvait imaginer sur lui se confirme.

Qu'est-ce qu'il en pense, lui, de la façon dont vous l'avez surnommé ?
On n'a jamais vraiment parlé de ça, il existe une certaine pudeur entre nous. Qu'est-ce que l'on pourrait se dire là-dessus, hein ? Il avait déclaré il y a quelque temps que ça lui paraissait complètement fou que j'ai pu commenter toute cette action aussi rapidement. Mais la vérité, c'est qu'il ne m'a jamais rien dit à moi directement, et je ne lui ai jamais rien demandé d'ailleurs. On a parlé du but de manière professionnelle dans l'émission De zurda l'autre jour, à l'occasion de l'anniversaire de cette œuvre d'art.

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Sur le terrain, Diego vous a ému aux larmes avec ce but. Qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui lorsqu'il déclare qu'il exauce le rêve de sa mère en commentant cette émission avec vous ?
Parfois, certaines personnes recoivent des prix, des distinctions universitaires, ou sont reconnus citoyens illustres d'une ville… Que Diego dise cela, c'est un titre encore plus important pour moi.

Vous dégagez une certaine fermeté, mais on sent aussi une sensibilité exacerbée chez vous. Maradona semble être le spécialiste pour révéler vos émotions.
Exactement, c'est ça. Quand il jouait, il défiait la rapidité mentale du commentateur, c'était une invitation permanente aux métaphores. Aujourd'hui, je me retrouve avec quelqu'un qui parle très simplement de sa vie, des présidents qui l'invitent, des rois… Il le raconte avec naturel, sans arrogance. La vie de Diego est une émotion permanente, et de voir la façon dont il la mène, quand on sait d'où il vient, ça le rend encore plus grand.

Qu'est-ce que vous pouvez me dire de votre émission De zurda. C'est une révolution dans le traitement du football ?
Non, c'est une émission magique grâce à Diego. Pour des questions de droits et autres, l'émission n'est pas autorisée à utiliser d'images du Mondial. Je crois qu'on ne peut même pas diffuser de photos. Mais on a la magie de Diego. Toute la force du programme tient à sa présence, c'est impensable de le faire avec quelqu'un d'autre. Avec Diego, on est surpris des retombées de l'émission. On est confrontés à de vraies difficultés, les invités nous plantent parfois… Diego est quelqu'un qui rayonne, et moi, qui profite de cette lumière. Je reçois aussi des bonnes ondes et des petites attentions.

L'émission est-elle vraiment différente de ce que l'on a l'habitude de voir, ou tout le buzz qu'elle provoque vient de la présence de Maradona ?
Non, en fait, l'émission, c'est moi qui demande à Diego ce qu'il a pensé d'un match, son expérience et voilà. Le truc, c'est que sa parole a énormément d'autorité. Il lâche un mot et, instantanément, ça se transforme en bombe. Si je le disais, moi, ça serait une phrase banale. Lui, ça devient un événement mondial.

Comment vous trouvez le niveau de jeu de ce Mondial ?
C'est un bon Mondial dans l'ensemble, même si le niveau a un peu baissé lors des derniers matchs. Je vois des joueurs beaucoup plus frileux, plus agressifs aussi en général.

Si vous deviez détacher des joueurs ?
James (Rodríguez, ndlr) est celui qui m'a le plus impressionné pour le moment, même si la Colombie est éliminée. Il est brillant individuellement et il fait bien jouer son équipe. Messi est le plus grand individuellement même si certaines fois, il n'influence pas assez le jeu de son équipe. Di María a bien réagi à la concurrence et a élevé son niveau de jeu. Robben a montré de bonnes choses lui aussi. Malheureusement pour Neymar, il lui manquera les matchs décisifs… C'est très dommage ce qui lui est arrivé.

En tant d'années dans le monde du football, vous avez vu un autre joueur avec le niveau de Maradona ?
Non, pas encore. Diego est inégalable. On parle d'un artiste, avec une fantaisie, une efficacité, une grande influence sur son équipe. Jamais, il ne s'est détaché de l'équipe pour briller de manière individuelle. Il a toujours rendu meilleures ses équipes.

Et Messi ?
Bien sûr, certains sont candidats pour égaler ce que faisait Diego sur un terrain et Messi en fait bien évidemment partie. Mais Diego était une force pour l'équipe en toutes circonstances. Dans les préparations, dans les réunions de joueurs, aux entraînements, au jour le jour.

Vous pensez qu'une autre action de football peut vous émouvoir à la hauteur de celle de Diego en 86 ?
Ça sera pas évident. Cette action a même été plus émouvante que la finale de 86, c'est dire. Ce but a cassé tous les classements établis, c'est incomparable.

Vous avez déclaré que votre commentaire sur ce but a manqué de professionalisme. Avec le recul, vous êtes toujours aussi exigeant avec vous-même ?
J'ai appris à être plus respecteux de la chance que j'ai eu d'être à cette place ce jour-là. Mais si vous écoutez une nouvelle fois mon commentaire, vous verrez que je demande pardon trois ou quatre fois pour ce que j'ai dit.

Si c'était à refaire, vous le commenteriez pareil ?
Allez savoir. Au-delà de la beauté de l'action, il y avait un poids émotionnel très fort. C'était au milieu d'un public qui était très hostile à l'Argentine. C'était contre l'Angleterre, avec tout ce que cela signifiait à l'époque… C'était aussi avoir raison, car avant la compétition, je faisais partie à l'époque de ceux qui pensaient que cette équipe pouvait atteindre les demies. Et je relâchais aussi la pression que je ressentais car j'avais vu la main sur le premier but et je l'avais dit… Dans la régie, ils me l'avaient reproché… C'est très difficile pour que toutes ces conditions se représentent à nouveau.


Propos recueillis par Aquiles Furlon
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Syr_Odanus Niveau : CFA
Moralès, Moralès,
Disparu au champ d'honneur
Pour sauver les trois couleurs

Moralès, Moralès,
Toi qui voulais voyager
Te voilà z'éparpillé !
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