Montaroup : « Ici, tu payes en roubles, en euros et en dollars »

Si Aurélien Montaroup n’a pas réussi - pour l’instant - à percer en France, il a en revanche déjà marqué l’histoire du football biélorusse. En devenant le premier, et à ce jour le seul, footballeur français à avoir foulé les pelouses de la Vysshaya Liga, et en ayant été élu meilleur défenseur du championnat dès sa première saison au Dynamo Minsk.

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Quel parcours a bien pu t’amener en Biélorussie ?

J’ai été formé au Stade Rennais mais je ne suis pas passé pro à la fin de ma formation. Je suis allé jouer en CFA à Orléans, puis j’ai signé en L2 à Créteil. Malheureusement, ça ne s’est pas bien passé, je suis retourné en CFA à La Vitréenne. Je commençais alors à m’éloigner du foot pro, mais je voulais continuer à tâter du haut niveau. En 2008, mon agent m’a alors parlé du Dynamo Minsk, qui était entraîné par Slavo Muslin à l’époque. Alors j’ai tenté le grand saut et après un essai, je suis passé pro ici. Au départ, j’y allais pour mettre une ligne sur le CV. Et ça fait trois ans que ça dure, je viens même de prolonger. Même si j’aimerais bien revenir dans l’ouest de l’Europe prochainement.

Il paraît que tu as une dent contre Albert Rust, qui était l’entraîneur de Créteil.

Le club venait de rater la montée en L1 de peu. Je pensais signer dans un club ambitieux. J’ai découvert un club très spécial. Il y avait le clan des Marseillais, le clan des Portugais, et le clan des gens de Créteil, appuyés par la mairie. Bref, j’avais été recruté par Patrick Blondeau, un Marseillais, mais Rust m’a tout de suite mis de côté. Il m’a jugé sur mon CV, il ne voulait pas de moi. Même après six défaites et un nul, il n’a même pas jugé utile de m’essayer une seule minute. Je n’existais pas. Je suis allé voir la direction et on a résilié mon contrat. D’ailleurs, le club avait prétendu que j’avais insulté l’entraîneur pour pouvoir rompre le contrat, ce qui était faux.

Revenons au Dynamo. Tu ne t’es pas senti trop dépaysé ?

J’avais la même image que tout le monde, d’autant que le jour de mon arrivée, il y avait 30 centimètres de neige. Mais j’ai découvert un pays sympa, avec des gens qui en plus aiment bien les Français. Ici, la France est le symbole du raffinement. Ils aiment l’art, la cuisine… Je me suis assez bien adapté. Je suis devenu pote avec un Français qui a monté son resto ici. Un type de mon âge que j’ai rencontré par l’intermédiaire de l’ambassade. Sinon, mon interprète est devenue amie avec ma fiancée. Désormais, je me débrouille en russe, mais seulement à l’oral. En ce moment, je suis des cours pour lire et écrire le cyrillique, mais c’est pas évident. A part ça, la vie n’est pas la même qu’en France et le froid est vraiment glacial. Même si, en fait, en novembre je suis en vacances et quand on reprend la saison en janvier, on passe trois mois à l’étranger à faire des stages entre la Turquie et Chypre. Donc je ne souffre pas trop de l’hiver.

Est-ce qu’on perçoit encore les vestiges de l’ex-URSS ?

Clairement. Au niveau de l’architecture des bâtiments, déjà, ça fait clairement Europe de l’Est. Il y a aussi beaucoup de statues de généraux ou de politiciens. Et c’est un pays vraiment pauvre. Pour te dire, quand je suis arrivé, le salaire moyen était à 300 euros. Bon ben maintenant, il est à 200. Le niveau de vie est faible, et c’est un pays, comme la Russie, où les inégalités sociales sont vraiment visibles. Tu croises aussi beaucoup de gens que tu imagines très riches, qui conduisent des 4x4. Cela dit, je comprends que ce soit compliqué pour l’économie : ici, tu peux payer en roubles, en euros et en dollars. Sinon, la grande différence par rapport à la France, c’est que tu peux te balader tranquille dans les rues, tu n’auras jamais de problèmes. Il y a beaucoup de policiers en ville, l’armée est très présente aussi, niveau sécurité tu ne crains rien. C’est le bon côté d’une dictature (rires).

Parlons football. Le championnat biélorusse, ça vaut quoi ?

A part le Bate Borisov qui est vraiment au-dessus du lot, et qui aurait sa place en Ligue 1, le reste des équipes c’est du niveau L2. C’est un championnat où ça joue vraiment au ballon, il y a beaucoup de petits gabarits techniques. Par contre, tu sens que ça baisse le pied à partir de la 70ème. Le physique, c’est vraiment leur point faible. Comme la préparation se fait sur trois mois, elle n’est pas très intense, et tu n’emmagasines pas assez d’énergie. Il n’y a pas beaucoup de travail foncier, ça se sent. Mais il y a une vraie culture foot. L’été, c’est le sport numéro un, surtout depuis que l’équipe nationale tourne pas mal. L’hiver, c’est le hockey. Ils vont accueillir les championnats du monde en 2014. Je suis déjà allé voir quelques matchs, il y a un super niveau. Et ils font ça à l’américaine, avec pas mal de show.

La fin de saison est dans un mois. Ça donne quoi ?

On est quatrièmes, on vient de battre les seconds 3-2, et je mets le but vainqueur à la 95ème. Ça restera un super souvenir, je suis allé le fêter dans les tribunes avec les supporters, c’était génial. Sur les gros matchs, on fait à peu près 7000 spectateurs, c’est pas mal. On a même un deuxième stade de 30 000 places pour les matchs de Coupe d’Europe, mais je préfère le plus petit, il est plus chaleureux. Sinon, après la saison, je vais rentrer en Bretagne, puis passer une dizaine de jours aux Maldives, avant de rentrer de nouveau chez moi pour passer les fêtes en famille.

Tu suis toujours le championnat français ?

Bien sûr. Je suis content du bon parcours des Rennais. C’est un club structuré qui récolte les fruits de sa bonne gestion. Rennes, ça reste mon club, j’y ai pris ma première licence, j’y ai joué de 5 à 19 ans. Je garde des super souvenirs là-bas, notamment avec la génération des Gourcuff, Briand, Faty, Bourillon. On avait gagné coup sur coup le championnat de France des moins de 17 ans, la Gambardella, puis le championnat de France des réserves pros l’année suivante. Bon, les autres, je les ai pas mal perdus de vue, je ne vais pas te le cacher.




Propos recueillis par Marc Hervez
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