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Montanier : « Chez les Espagnols, c’est le collectif qui est à craindre »

Expatrié en terre espagnole, Philippe Montanier entraîne la Real Sociedad depuis une saison. Il livre son point de vue sur le groupe C de l’Euro 2012.

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Championne d’Europe en 2008, championne du monde en 2010, l’Espagne a l’occasion de réaliser un triplé inédit. Est-ce jouable, alors que deux de ses cadres, Carles Puyol et David Villa, manqueront l’Euro pour cause de blessures ?
Ces absences sont importantes, mais la Roja a un réservoir de joueurs si impressionnant qu’elle a les arguments pour gagner un troisième titre consécutif et marquer l’histoire du foot. Moi qui vis en Espagne, je trouve que ce groupe fait preuve de beaucoup d’humilité, ce qui le rend encore plus dangereux. À mon avis, les Espagnols restent les grands favoris de l’Euro 2012, devant l’Allemagne et les Pays-Bas. Ils ont l’expérience, les titres et encore plus de talent que ces deux autres sélections.

En l’absence de Villa, pièce maîtresse en attaque, Vicente del Bosque conservera-t-il son traditionnel 4-3-3 ?
Comme l’a aussi démontré le Barça, l’Espagne est parfois capable de jouer pratiquement sans attaquant. Rien qu’avec des milieux de terrain. Dans cette équipe, plus qu’une individualité, c’est le collectif qui est à craindre. Malgré tout, c’est vrai que l’absence de Villa pose problème. Il faut trouver une pointe pour jouer devant. Fernando Llorente, de l’Athletic Bilbao, a fait une belle saison, mais il a été blessé. Sinon, Torres revient bien, mais il n’est pas encore sûr à 100%. Enfin, sur les côtés, je vois bien des garçons comme Mata et Pedro pour assurer l’animation offensive.

L’Espagne entame la compétition contre une Italie traumatisée par une nouvelle affaire de matches truqués. Championne du monde en 1982 et 2006 après d’autres scandales nationaux, la Squadra Azzurra parviendra-t-elle, là encore, à se sublimer en 2012 ?
Il y a pas mal d’incertitudes autour de l’Italie, c’est le gros point d’interrogation. Déjà parce que la Serie A a beaucoup baissé ces dernières années, elle n’est plus valorisée comme avant. À quelques exceptions près, les clubs italiens sont de moins en moins au rendez-vous dans les grosses compétitions européennes. Ensuite, le scandale des matches truqués aura forcément perturbé la préparation de la sélection. L’environnement peut s’avérer néfaste pour les joueurs, même s’ils ont l’habitude d’avoir à surmonter la pression médiatique dans leur pays.

L’Italie a été la meilleure défense des éliminatoires de l’Euro, n’encaissant que deux buts. Ce qui ne l’a pas empêchée de perdre récemment 3 à 0 en amical face à la Russie. Forcément inquiétant, non ?
Ce n’est qu’un match amical. Là, les Italiens vont devoir se protéger contre l’Espagne et montrer qu’ils ont toujours leur culture tactique défensive. Ils ont encore des joueurs de qualité, même si la sélection reste sur un mauvais Mondial. Le sélectionneur Cesare Prandelli mettra sans doute en place trois défenseurs centraux, deux latéraux qui prennent le couloir, trois milieux et deux attaquants. Devant, je pense que les enfants terribles Mario Balotelli et Antonio Cassano ont le talent pour aider la Squadra à redorer son blason.

Un autre Italien se cache dans le groupe C en la personne de Giovanni Trapattoni, sélectionneur de l’Irlande et doyen (73 ans) des entraîneurs dans la compétition. Quel style de jeu a-t-il insufflé aux Irlandais ?
Le cocktail est intéressant : l’Irlande est une équipe composée essentiellement de joueurs de Premier League et managée par un entraîneur italien très expérimenté. C’est la tactique italienne au service du fighting spirit irlandais. Ce mélange plutôt défensif a donné des résultats efficaces lors des éliminatoires, car l’Irlande a remporté ses barrages. Les Irlandais ont cette rage de réussir, cette envie de ne jamais abandonner qui ont un côté usant pour l’adversaire.

L’Eire semble pourtant l’équipe la moins bien armée au milieu de l’Espagne, l’Italie, voire, à un degré moindre, la Croatie.
Cette équipe a peut-être moins de talent que les trois autres, mais elle a un état d’esprit et une culture irréprochables. L’équipe est en fin de cycle, avec pas mal de vieux joueurs, Shay Given dans les cages, John O'Shea en défense, il vont tout donner. J’aime bien Duff et Keane, sur une compétition, ils ont un tel tempérament qu’ils peuvent réussir de bonnes choses. Surtout que l’Irlande n’a pas disputé la compétition depuis 1988.

La Croatie, elle, pourra compter sur le talent d’un Luka Modrić. Pourquoi ce petit pays arrive-t-il si souvent à se signaler lors des compétitions internationales ?
Après le Mondial 98, où les Croates avaient terminé 3e, je suis allé faire un tour au club de l’Hajduk Split pour comprendre comment un si petit pays pouvait produire autant de bons techniciens. Là-bas, j’ai observé les équipes de jeunes en préformation. L’approche des entraîneurs est différente de celle en France. Il y a la volonté de faire des joueurs techniques avant de faire des joueurs physiques. J’ai aussi appris que, dans les années 60, l’Ajax était venu à Split avec une caméra. L’école de l’Ajax se serait basée sur certains principes de la formation à la croate.

À l’instar de Jacques Santini en 2004, le sélectionneur croate Slaven Bilić a d’ores et déjà annoncé qu’il quitterait ses fonctions après l’Euro pour s’engager au Lokomotiv Moscou. Ce genre d’information peut déstabiliser l’équipe ?
Tout dépend des relations de l’entraîneur avec ses joueurs. Bilić est en place depuis 2006, ce sera la fin d’une aventure. Je sais que la Croatie change souvent de système tactique, elle se repose plus sur l’inspiration des joueurs que sur un système. L’équipe est assez inconstante, il a fallu qu’elle passe par les barrages pour cet Euro. Modrić va devoir confirmer ce qu’il montre à Tottenham. Avec lui, il y a d’autres bons éléments, comme Rakitić, le milieu de Séville, ou le capitaine Srna, qui joue en Ukraine. Sur un match, ils ont la qualité pour faire plier leur adversaire, il faudra s’en méfier.

Les deux premiers de cette poule affronteront en quarts les deux premiers du groupe de la France. Si l’on suit votre logique, quelle autre équipe du groupe C se qualifiera en compagnie de l’Espagne ?
Je crois que c’est l’Italie qui accompagnera l’Espagne au prochain tour. Mais attention, elle devra jouer son meilleur football, car l’Irlande et la Croatie pourraient être des os sur lesquels elle risque de se casser les dents. En 2004 déjà, les Italiens avaient perdu au premier tour. En quarts de finale, l’équipe de France aurait en tout cas intérêt à tomber contre l’Italie, plutôt que l’Espagne. Il faut tout faire pour éviter les Espagnols. En plus, ils ont une arme que personne n’a. C’est leur entraîneur, Vicente del Bosque, quelqu’un d’extrêmement intelligent. Il a réussi à remporter des titres en club et dès qu’il a repris la Roja, derrière Aragonés, il a gagné la Coupe du monde.

Propos recueillis par Adrien Pécout
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