Espagne - Liga - 16e journée - Grenade/Real Sociedad

Propos recueillis par Robin Delorme, à Madrid

Montanier : « Barcelone est intouchable »

Aux commandes de la Real Sociedad depuis maintenant deux ans, Philippe Montanier devient petit à petit le nouveau Raynald Denoueix ibère. Dans une Liga qu’il connaît et apprécie, il livre ses impressions à presque mi-chemin de la saison.

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Philippe Montanier et sa fameuse parka de rechange.
Philippe Montanier et sa fameuse parka de rechange.
Actuellement, la Real Sociedad est neuvième de Liga. Comment expliquez-vous ce bon début de saison ?
C’est un classement à un instant T, et je reste persuadé que c’est à la fin de saison que l’on voit vraiment la valeur d’une équipe. Comme toutes les équipes du championnat, nous avons des hauts et des bas. Pendant un moment, nous sommes restés sur trois-quatre matchs sans victoire alors que maintenant nous en sommes à cinq sans défaite qui nous permettent de bien figurer. Cette année, nous sommes plus réguliers : on doit être septième meilleure attaque, et pareillement au niveau défensif, on affiche donc notre constance pour le moment. L’objectif maintien du début de saison se voit-il changer ?
Bien sûr, l’appétit vient toujours en mangeant. Ici, si l’on s’approche des quelques points qui nous séparent de l’Europa League, tout le monde s’enflamme rapidement. Notre objectif est d’engranger le maximum de points car, que ce soit pour le maintien ou l’Europe, toutes ces places se jouent au mois de mai. Et le mois de mai est dans six mois, donc dans très longtemps. C'est seulement à ce moment-là que nous pourrons voir ce que l’on peut jouer. Paradoxalement, vous avez également été contesté lors cette période de quatre matchs sans victoire. La beauté de l’Espagne ?
En Espagne, il y a une pression constante du résultat. Lorsque nous sommes allés gagner 5-2 à Valence, il n’a pas fallu une semaine avant de voir l’entraîneur se faire éjecter. Dans le quart d’heure qui a suivi, Pellegrino a été remercié. Selon moi, c’est également le cas de Pochettino qui a fait un travail remarquable à l’Espanyol pendant quatre ans. Ce week-end, pareil : nous allons jouer à Grenade et il se dit que s’ils perdent, c’est le dernier match de l’entraîneur… Lorsqu’il y a quelques résultats négatifs, la pression médiatique et populaire est très forte. Si je me souviens bien, la saison dernière, douze entraîneurs se sont fait virer. Sur vingt, ça fait pas mal, surtout si l’on considère que sur les quatre en Ligue des champions, personne ne part. Au final, cela ne fait plus que quatre entraîneurs sur seize qui sont restés en place.« On est l’équipe la plus jeune de la Liga » Le fait que vous soyez resté n’est-il pas lié au projet de jeu que vous souhaitez mettre en place, surtout avec les jeunes ?
Lorsque je suis arrivé, la Real Sociedad s’était sauvée à la dernière journée par un match nul. Un nul qui bizarrement a sauvé les deux équipes. Bref, l’objectif est de se sauver tout en ouvrant les portes de l’équipe première aux jeunes. Ce qui correspond à ma philosophie de projet sportif puisque j’ai toujours essayé de faire jouer des jeunes joueurs. L’an dernier, j’ai commencé dès le premier match, où j’avais titularisé trois jeunes, dont un qui ne s’était jamais entraîné avec les professionnels. Cette saison, on continue dans le même sens, car on est l’équipe la plus jeune de la Liga. Mais, seule, la jeunesse ne suffit pas, ce sont des joueurs également talentueux. Parmi ces jeunes, il y a Antoine Griezmann. Comment se déroule son début de saison ?
Il a été vraiment excellent, tonitruant depuis août. Malheureusement, lors du nul à Valladolid où il a inscrit les deux buts, il s’est blessé. Il a eu un arrêt de trois semaines qui lui a coupé son brillant début de saison. Là, il commence à revenir et retrouve peu à peu ses sensations. Ce petit passage à vide coïncide avec la fameuse affaire de la boîte de nuit…
(Il coupe). Ça ne l’a pas trop perturbé. Au club, ça nous a extrêmement surpris. Sur et en dehors du terrain, il a un comportement irréprochable. Il est au club depuis l’âge de 14 ans et n’a jamais eu de problème extra-sportif. Il a eu une bonne réaction après : bien sûr, il a admis et assumé son erreur, et a mis les bouchées doubles à l’entraînement pour donner la réponse sur le terrain. Le traitement également accordé par le club n’a pas du tout était le même qu’en France. Pourquoi ?
En France, il y a une certaine psychose depuis l’Afrique du Sud qui n’existe pas en Espagne. Nous sommes donc très polarisés, et à juste titre, sur les comportements extra-sportifs des joueurs. Quand vous regardez la Roja, il n’y a jamais de problème. Et Antoine n’a jamais eu de problème depuis ses 14 ans. On a donc admis que c’était une grave erreur de sa part, mais ponctuelle et pas récurrente. Forcément, au niveau interne, ça n’a pas plu aux dirigeants car, sous le maillot des Espoirs, Antoine représente la Real, mais on a préféré dire : « Tu as fais une connerie, ok, mais on va t’aider à condition que ça ne se reproduise plus. » Antoine a donc eu un comportement exemplaire, celui qu’il a toujours eu ici. « Si demain, nous jouons l’Altético, on peut très bien en prendre cinq » Pour en revenir à la Liga, quelles sont les grandes différences avec la Ligue 1, que vous avez côtoyée assez longuement ?
La première concerne la qualité des joueurs. En Espagne, il y a d’une part les meilleurs joueurs espagnols, et donc du monde, et les meilleurs étrangers en passant de Messi à Ronaldo par Falcao. Tout ça fait que le niveau est très relevé. Parce que l’on parle souvent du Barça, du Real ou de l’Atlético, mais des clubs comme Málaga en Ligue des champions se distinguent aussi en Europe. Ce qui est paradoxal à côté des problèmes économiques que rencontre l’Espagne… La Liga serait donc le meilleur championnat du monde ?
Je le pense. Mis à part les monstres, si l’on se concentre sur les équipes plus modestes, on se rend compte qu’il y a beaucoup de qualités et que toutes les équipes jouent. Si vous regardez un Celta Vigo-Rayo Vallecano, vous ne vous ennuierez pas. Alors qu’en Angleterre, si vous regardez le douzième contre le quinzième, je ne suis pas sûr que vous y preniez autant de plaisir. Avec le Barça et le Real qui écrasent tout, l’intérêt de la Liga n’est-il pourtant pas moindre ?
Cette année, l’Atlético Madrid vient également s’en mêler. Mais il demeure évident qu’il n’y a que peu d’incertitudes sur le titre. Mais en dessous, ça se bagarre pour la Champions League avec des matchs de très haute qualité. Un Séville-Betis va par exemple attirer les foules et des millions de téléspectateurs dans le monde. Toujours concernant le Barça et le Real, quelle équipe est la plus difficile à jouer ?
Tout dépend des circonstances. L’année dernière, par exemple, nous avions fait nul contre le Barça chez nous et perdu seulement 2-1 chez eux avec des circonstances favorables. Favorables à l’aller puisque Messi était sur le banc, et c’est toujours mieux lorsqu’il est sur le banc, et leur effectif sortait d’une semaine FIFA. Un Barça à 100 % est de toute façon injouable. L’an dernier, nous avions eu plus de mal avec le Real : c’était une véritable machine à gagner, de puissance, de vitesse. Cette année, le contraire a l’air de se produire. Barcelone est intraitable alors que Madrid connaît plus de difficultés. Et concernant l’Atlético que vous avez joué il y a un mois ?
Normalement, on aurait dû gagner cette rencontre. On perd à la dernière minute sur un coup franc de Falcao, qui a dit juste après la rencontre que c’était la première fois de sa vie qu’il mettait un coup franc, forcément ça tombe contre nous… L’Atlético est une équipe difficile à bouger. Tant au niveau offensif que défensif, ils sont intensifs dans tous leurs efforts, mais restent plus prenables, alors que le Barça au Nou Camp (défaite 5-1, ndlr) nous a paru intouchable. Mais tout cela reste une situation ponctuelle. Si demain, nous jouons l’Altético, on peut très bien en prendre cinq.« Contrairement à ce que l’on peut dire, Mourinho est très sympa » Plus personnellement, on commence à vous comparer à Arsène Wenger, puisque vous êtes le seul entraîneur français à exercer dans un grand championnat. Vous aimeriez une carrière comme la sienne ?Je suis flatté par la comparaison, mais je pense en être très loin quand on voit le parcours admirable et surtout très long de Wenger. Je reste persuadé que la qualité d’un entraîneur se voit à travers les trophées et le jeu, mais également avec sa longévité. Pour le moment, je ne suis donc qu’à la cheville de Wenger. Et niveau espagnol, êtes-vous plus proche du style Vilanova ou Mourinho ?
Ni l’un ni l’autre car, dans le milieu d’entraîneur, il est très difficile de copier. Et surtout, ce sont deux profils très différents. La dernière fois que j’ai rencontré Mourinho, qui est contrairement à ce que l’on peut dire très sympa et très ouvert, nous avons discuté un quart d’heure ensemble. C’est quelqu’un qui est capable de tout gagner partout. Vilanova, et je dirais même Guardiola, sont plus dans une philosophie de club qu’ils inculquent à leurs joueurs.

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  • Message posté par El Xeneize le 15/12/2012 à 11:06
      

    A la base il serait pas de l'école Nantaise lui ?
    trou de mémoire .
    J'ai apprécier ce qu'il a dit , c'est quelqu’un de posé quand tu l'écoutes lorsqu'il est interrogé ( tv )
    La Real fait avec ses moyens qui ne sont pas faramineux , dont parler du Barça , Real , Atleti , Malaga , c'est un autre monde niveau joueurs et salaires .
    Mis a part Claudio Bravo et Carlos Vela y'a pas de joueurs connut internationalement .
    Griezmann c'est le joyau de l'équipe , la saison dernière la presse Madrilène et Catalane a commencer a le médiatiser , d'ailleurs en début de saison la rumeur évoquer un interet de El Atleti !

    Seul bémol , il a raison sur l'Angleterre , mais cette notion de meilleur championnat au monde reste assez flou niveau opinion , c'est limite une histoire de gout entre Liga , Premiership et Bundesliga !



  • Message posté par leopold-saroyan le 15/12/2012 à 11:09
      Note : 1 

    Et rien sur les droits tv ? Purée 50 pour cent des droits tv pour les 2 clubs phares.
    Et rien de neuf depuis le début de mutinerie des autres clubs ? De quoi ont-ils peur ? ...ben c'est pas près de s'arranger dans ce championnat.
    Même avec la crise pas le moindre geste de solidarité des 2 poids lourds...quelle honte.

  • Message posté par strover le 15/12/2012 à 13:42
      

    Malgrès cette serie sans défaite, les supporters de la Real ne veulent plus de Montanier. D'après eux les derniers résultats n'ont rien à voir avec le coach, et ils attendent plus. La ligne d'attaque, derriere le numero 9 n'est autre que Griezman, Chori Castro et Vela. Si avec ça tu joues le maintien, t'es pas ambitieux.

  • Message posté par saucissonbière le 15/12/2012 à 17:02
      

    Je n'ai rien contre Montanier, mais Deinouex avait terminé second du championnat (à deux points du real) après avoir longtemps fait la course en tête lors de la saison 2002-2003. C'est autre chose.


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