Mondonico, nouveau banc pour une nouvelle vie

A 64 ans, Emiliano Mondonico est revenu sur un banc de touche de Serie A, sept ans après sa dernière expérience, avec pour objectif de sauver le club de Novara. En même temps, le moustachu en a vu d’autres : l’an dernier, il a vaincu une tumeur et a maintenu le club d’Albinoleffe en Serie B.

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Emiliano Mondonico a une gueule. Une gueule touchante, de vieil italien, à l’ancienne. Cheveux frisés, moustache. Emiliano pourrait être n’importe quel grand-père qui flâne sur une piazzetta en Italie. Le grand-père qui s’assoie en bout de table aux repas de famille, et qui impose le respect par sa seule présence. À Rivolta d’Adda, son petit village de Lombardie, les habitants ont souvent vu Mondonico papoter vin, saucissons, et football dans les bars de la place de l’Eglise. A 64 ans, le deuxième plus vieil entraîneur du Calcio, après Edy Reja, vient de faire son retour parmi l’élite. Un retour marquant, presque émouvant. Pour plusieurs raisons. D’une, parce que cela faisait longtemps que Mondonico, figure emblématique des entraîneurs italiens, n’avait pas posé son derrière sur un banc de touche de Serie A. La dernière fois, c’était en 2004, avec une Fiorentina qu’il venait de faire remonter en première division.

De deux, parce que l’an dernier, le technicien a vécu l’enfer. A la tête du club d’Albinoleffe, en Serie B, il doit mettre sa carrière entre parenthèses, à cause de la découverte d’une tumeur dans son abdomen. De retour un mois plus tard, il reprend ses activités, mais ne semble pas guéri pour autant. En juin, après avoir sauvé le club de justesse, il annonce à nouveau qu’il quitte le devant de la scène, car la maladie l’a rattrapé. Débutent alors quatre mois de soins intensifs, qui se terminent de façon heureuse le 14 novembre 2011. Ce jour là, Mondonico annonce officiellement qu’il a vaincu le mal qui le rongeait. Mais entre temps, son équipe d’Albinoleffe a dû engager un autre coach. Lui se retrouve donc en parfaite santé, mais sans projet. C’est presque en toute logique que Novara, dernier du classement de Serie A, pense à lui après avoir viré Attilio Tesser. « Je remercie Novara qui m’a fait revivre. Après tout ce qui m’est arrivé, il y avait un risque que je me laisse aller. Mais ce coup de fil m’a redonné de l’enthousiasme et une envie de vivre » affirme-t-il le jour de son arrivée. Une larme à l’œil.

Chaise et match

Emiliano Mondonico n’a pas un palmarès à faire pâlir les plus grands entraîneurs de la Botte. Son seul titre est une coupe d’Italie, remportée avec le Torino en 199, lors d’une finale contre la Roma, où son équipe parvient à s’imposer malgré trois pénaltys sifflés contre elle dans le même match. Il y a bien 5 championnats de Serie B, un record en la matière, mais rien d’autre. La vérité, c’est que Mondonico, c’est un peu plus que des titres. Joueur, il était passé de la Cremonese au Torino pour remplacer l’immense Meroni, mort renversé par une voiture. À l’époque, l’ailier fut même suspendu pour avoir manqué un entraînement : il était allé en vespa à Gênes à un concert des Beatles. Une image forte de sa carrière reste cette finale de Coupe UEFA disputée en 1995 avec le Torino, contre l’Ajax. Lors de cette rencontre, son Toro est largement défavorisé par l’arbitrage, ce qui a le don de rendre fou de rage Mondonico. L’entraîneur à la moustache saisit alors une chaise et l’agite au-dessus de sa tête dans tous les sens, en signe de protestation. Une scène sortie d’un film de Fellini ou de Franco Brusati…



Cette image de la chaise est un peu la photographie de ce qu’est Emiliano Mondonico. À l’annonce de sa maladie, des supporters du Torino s’étaient réunis en ville pour brandir, eux aussi, une chaise. « Je ne m’attendais pas à tant d’affection. C’est important car on ne se nourrit pas seulement de pain » , avait alors répondu le Mister. Après avoir lutté contre les vicissitudes de la vie, c’est peu dire que l’homme n’a pas peur de revenir dans le monde du football. La preuve, il y a tout juste quatre jours. Alors que tous les entraîneurs de Serie A se plaignent tout à tour de la neige, des terrains glissants et des températures glaciales, lui n’y va pas par quatre chemins. « On a joué par -10 degrés ? Et alors ? Le football est un sport de la rue, et ça, la rue te le donne, ne le faisons pas devenir un sport qu’il faut disputer par 30 degrés dans des salles…  » assure-t-il a la fin de la rencontre contre Cagliari, terminée 0-0.

Un nouveau miracle à Novara?

Néanmoins, le nouveau défi de Mondonico n’est pas simple. Novara, débarqué cet été de Serie B, a du mal à s’adapter à l’élite. Dernier du classement, avec seulement deux victoires au compteur en 22 journées (contre l’Inter et Parme), la formation piémontaise se débat pour ne pas battre un record de nullité. Son dernier succès remonte au 26 novembre dernier, et Mondonico va avoir fort à faire pour la remettre sur les bons rails. Surtout que cet après-midi, c’est à San Siro que Novara se déplace. Peur de l’Inter, Mondonico ? Tu parles. « Si Adriano Celentano va au festival de Sanremo, alors moi je vais à San Siro en tant que compétiteur, et on va voir… C’est aussi dur pour nous de gagner à San Siro que pour n’importe qui de gagner le festival » avance-t-il, en faisant référence à la récente annonce du mythique chanteur italien de revenir au festival annuel de Sanremo.

S’il a pris un point en deux matches depuis son arrivée sur le banc novarese, monsieur moustache se félicite déjà de ne pas avoir encaissé de but lors du dernier match, face à Cagliari. « C’est la première fois qu’un match de Novara se solde par un 0-0. L’équipe avait toujours encaissé au moins un but. Les tifosi du club ont beaucoup d’affection pour cette équipe et ils le prouvent à chaque match. Je leur ai demandé de s’unir autour de l’équipe. Qui dit que c’est l’équipe qui doit transcender les tifosi ? Moi je dis que ce sont les tifosi qui doivent transcender l’équipe » déclare-t-il. Des supporters qui goûtent à la Serie A pour la première fois depuis 55 ans, et qui n’ont aucun envie de redescendre à l’étage inférieur. Pour ce, ils remettent leur destin entre les mains d’un vieux sage qui en connaît un rayon en matière de miracles. Après tout, un type qui arbore de si belles bacchantes ne peut qu’avoir la grâce de Dieu.

Eric Maggiori, avec Lucas Duvernet-Coppola, à Rome
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Belle histoire, ça c'est de l'article "made in So Foot" comme on les aime.
6 points sur 6 contre l'inter !
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