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Mokless : « Je joue au Loto Foot »

"Le poids des mots". C'est le titre du dernier album de Mokless Masmodi, mythique rappeur de la Scred Connexion. Mais l'enfant de Barbes est aussi un footeux. Des sandwichs à la catalane au plan Leproux en passant par les bastons contre le club de Montfermeil, il évoque son autre passion.

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Qu'est-ce qui te passionne dans le foot ?


J'aime certains joueurs pour leur mentalité. Mbia par exemple, c'est un mec respectueux. Il sait qu'il est un modèle et il se donne. Giuly aussi, il déconne souvent, il ne se la raconte pas. Sinon, j'aime des joueurs plus spéciaux comme Ben Arfa. Je me reconnais dans son parcours semé d'embûches. Il était le plus grand espoir de Clairefontaine et il n'a jamais explosé. Avant la Coupe du Monde, j'y croyais. Mais il n'a pas été pris. Niang aussi c'est un mec que j'apprécie même si mon club, c'est Paris. Avec mes potes à Barbès, on se charrie entre Parisiens et Marseillais. Le foot, c'est comme la musique, on ne prend pas ça au sérieux. Même si les enjeux sont parfois importants.

C'est quoi ton palmarès footballistique ?


J'ai joué pour les enfants de la Goutte d'or (Club de foot de Barbès ndlr), de 1990 à 2001. On était dans une sale division mais on s'est quand même retrouvés à jouer une finale de Coupe de la Ville de Paris. J'étais stoppeur, je me chargeais des mecs techniques. J'étais grand et bien présent dans le jeu aérien. Un style simple, sans trop de dribbles. Dans mon équipe, il y avait un mec qui s'appelait Pitchou. On était en minimes mais il devait avoir trente ans et courait très vite. On avait pour consigne de lui balancer les ballons en attaque et il plantait but sur but. Il est devenu chanteur de zouk.

Ça représente quoi le foot à Barbès ?


Dans mon quartier, le foot, c'est une religion. On a sorti Ibrahim Ba, Khalilou Fadiga aussi c'est un mec de chez nous et quelques mecs dans des clubs plus modestes. Avant de faire du rap, j'étais à fond dans le foot. C'était bien, on faisait nos petits sandwichs à la catalane, avec du thon. On se retrouvait deux à trois fois par semaine. Bonne ambiance. D'ailleurs, c'est dans le foot que j'ai rencontré les mecs du quartier. Tous milieux, tous âges. C'était plus facile qu'à l'école. J'espère qu'un jour avec la Scred (Connexion), on va faire un lot de maillots pour sponsoriser le club.

C'est quoi ton pire souvenir avec ton club ?


On a eu des problèmes contre Montfermeil. Il y avait eu des débordements au match aller chez nous. Ils en avaient après un mec de notre équipe. Au match retour chez eux, ils ont détruit notre vestiaire et caillassé notre bus. Je suis rentré chez moi en caleçon. Ma mère n'a pas compris. Certains mecs ont fini à l'hôpital. Le lendemain, ça a fait la une du Parisien. Y a eu des moments dangereux mais ça reste une exception. On était tous réunis par l‘amour du foot.

Tu vas souvent au Parc des Princes ?


La dernière fois que je suis parti au Parc, on s'est pris 4-0 contre Marseille. Je n'y vais pas tous les week-ends. Je suis plutôt le genre de supporter qui suit régulièrement le classement, mais qui ne regarde pas tous les matchs. Mais quand j'y vais, je vais n'importe où (ni à Auteuil ni à Boulogne). Au Parc, je me sens bien partout.

Tu penses quoi du plan Leproux qui a conduit à la dissolution des associations de supporters ?


Je suis contre le fait de virer tout le monde comme ça, c'est relou. Je suis plus pour le cas par cas. Il aurait fallu classifier les supporters qui dérangent. Ils sont une petite poignée, quatre ou cinq à foutre la merde. Il ne faut pas discriminer les gens.


Dans ton dernier album, tu déplores l'absence de fair-play dans le sport. Tu t'inspires souvent du foot dans tes textes ?


J'ai toujours glissé des phases de ballon dans mes textes. Dans le titre “Ça tourne pas rond” (sur son dernier album ndlr), je me suis dit qu'il fallait forcément que j'en case deux ou trois. Mais quand je parle du foot qui se joue avec les mains, je fais autant allusion à la main de dieu de Maradona qu'à la manière dont l'équipe de France s'est qualifiée pour la dernière Coupe du Monde. Dans le titre “Ça ou rien”, je dis que c'est difficile de s'en sortir quand on a l'appétit de Bernard Tapie et le caractère de Cantona.

Sinon, t'as définitivement fait une croix sur ta carrière de joueur ?


J'ai dû arrêter à cause de problèmes à la cheville. Mais en attendant, je joue au Loto foot. Tous les week-ends, on se fait des grilles avec Koma (autre membre de la Scred connexion ndlr). Je regarde L“'Équipe du dimanche aussi”. Le foot, c'est un truc que je kiffe. J'espère un jour que je vais refouler les terrains.


Hugo Domenach

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