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Mister T.

Réacteur décisif du Monaco de Jardim cette saison, Tiémoué Bakayoko a débarqué cette semaine pour la première fois de sa vie à Clairefontaine et alors que la Côte d’Ivoire continuait à lui faire des appels du pied. Récit d'un caractère enfin contrôlé et d'un poumon qu'il faut savoir écouter.

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Une exécution parfaite. En zone mixte, le colosse pimpé en Dennis Rodman depuis quelques jours raconte la scène. Sans trembler, froidement. « Je me place à la limite du hors-jeu, plus ou moins. On connaît tous la qualité du pied de Thomas, donc j'essaie de me mettre un peu derrière le défenseur. Le ballon passe au-dessus du défenseur et j'arrive à bien la prendre. Je ne vois vraiment pas où je vais la mettre, mais je sais que je la prends. Elle va sur le côté et se loge dans le petit filet. » L'homme relève la tête, les yeux encore humides, et lâche un sourire intense. Il souffle. « Celui-là, il en vaut un tas, franchement. Marquer en Ligue des champions, c'est un rêve. » Le faire pour donner la qualification face au Manchester City de Pep Guardiola était probablement un fantasme. Il y a quelques années, l'ancien directeur du centre de formation du Stade rennais, Patrick Rampillon, avait visé « 23, 24 ou 25 ans pour voir Baka sur la scène européenne » . Trop pressé, Tiémoué Bakayoko a tapé l'Europe à 22 piges et l'a même couchée à ses pieds en quelques mois. Fini les doutes sur sa capacité à exploser, à enchaîner les bonnes performances, le volcan a trouvé son rythme et le voilà même à Clairefontaine pour pallier le forfait de Paul Pogba. Au programme, une semaine avec les grands entre un déplacement au Luxembourg et la réception de l'Espagne en amical au Stade de France. Comme un nouveau repère sur une courbe qui a décidé de s'accélérer après les doutes et les critiques de ses premières années monégasques.

« Je ressens une vraie tristesse »


Ulm, le Sud de l'Allemagne, un jour de juillet, en 2014. Tiémoué Bakayoko est seul dans le hall d'un hôtel. Ses coéquipiers, eux, écoutent sagement la causerie de Philippe Montanier, arrivé sur le banc du Stade rennais un peu plus d'un an plus tôt. Le groupe doit filer un peu plus tard dans la journée à Nördlingen pour jouer Augsbourg en amical, mais Bakayoko ne bouge pas. Son programme ? Un taxi pour Stuttgart, le premier vol pour Nice et Monaco, ensuite, pour passer une visite médicale. Clap de fin. « Je vais dire au revoir à des gars avec qui je vis depuis cinq ans. Au niveau émotionnel, c'est compliqué. Je ressens une vraie tristesse » , explique-t-il aux journalistes de Ouest-France présents sur place. Ces gars, c'est avant tout Steven Moreira et Cédric Hountondji, des mecs avec qui il a effectué son parcours de formation. « Avec Tiémoué, on se connaît depuis gamin, on avait fait les tests pour plusieurs clubs ensemble, rembobine le second, aujourd'hui au Gazélec Ajaccio. Faut savoir que quand on avait onze-douze ans, c'était un mec tout petit, qui ne parlait pas trop, mais, une fois que tu le connais, tu découvres un mec joyeux, qui aime déconner. » La fin d'une histoire ou plutôt d'un premier chapitre. Rennes, Bakayoko y a posé son sac à l'âge de treize ans. Sa trajectoire, elle, est plutôt classique. Fils du 14e arrondissement de Paris, grande famille, des parents originaires de Côte d’Ivoire, le foot comme une évidence entre l'Olympique de Paris, le CA Paris et Montrouge. Et il y a cet échec aux tests pour l'INF Clairefontaine. Son niveau sur le terrain n'est pas vraiment mis en cause, ce que l'on reproche plus au jeune Parisien, c'est ses problèmes à l'école, avec quelques profs notamment. Car avant tout, Tiémoué Bakayoko, c'est ça : un caractère à apprivoiser.


Son arrivée à Rennes est surtout un double choc. Premier impact. « On l'avait repéré quand il jouait à Montrouge, puis on l'avait fait venir trois ou quatre jours en stage chez nous, pose Yannick Menu, ancien directeur du centre de formation du Stade rennais, encore aujourd'hui très proche du milieu monégasque. Pendant son parcours de recrutement, il s'est cassé la jambe. Cette blessure ne remettait pas en cause son avenir sportif, surtout à son âge. Il y avait beaucoup de clubs qui le suivaient à ce moment-là mais, après son accident, il y en avait un petit peu moins. » Second impact, plus logique. Une quête de repères, le passage d'un collège parisien à un collège breton. Les premières semaines, les premiers mois sont difficiles et les éducateurs rennais serrent le jeune milieu. « On a agi en tant qu'éducateurs, en tant que parents aussi certaines fois, donc a dû prendre quelques mesures. Mais il a toujours eu un entourage très serein, son frère l'accompagne encore beaucoup aujourd'hui, il était toujours là et était un relais parfait » , complète Menu. Faut-il parler d'un problème de caractère ? Oui et non, car dans le cas de Tiémoué Bakayoko, l'histoire est plus complexe. Yannick Menu : « C'est quelqu'un qui marche surtout à la confiance. Sur le terrain, c'était surtout de la personnalité, il prenait beaucoup d'initiatives. Il n'avait pas peur. Le truc, c'est que quand il est dans une zone de confort, ça peut être préjudiciable. Là, il a besoin qu'on lui dise qu'il ne faut pas se contenter de cette zone pour qu'il aille chercher un peu plus loin, mais dans sa réflexion, il est pertinent. »

Le monstre et le suffisant


Retour à Ulm. Avant de prendre le taxi lors de l'été 2014 et de partir à Monaco, Tiémoué Bakayoko tombe dans les bras de Philippe Montanier. L'homme reste aujourd'hui celui qui a réussi à mettre le jeune poumon sur la route. Là aussi, un décollage en deux temps. En arrivant à Rennes un an plus tôt, Montanier décide de se tourner vers la jeunesse du club. Il raconte la suite : « Dès la première semaine, j'avais intégré beaucoup de joueurs du centre, mais je n'avais pas trop apprécié ses attitudes, donc je suis parti en stage sans lui. Il était resté avec la réserve. J'avais quotidiennement Laurent Huard au téléphone pour savoir comment il réagissait et il réagissait super bien, il travaillait dur. En revenant de stage, je l'ai appelé pour un match amical contre Lorient et j'ai vu le bon Tiémoué. Beaucoup de joueurs auraient ronchonné, mis la faute sur l'entraîneur, mais lui a bossé et n'a plus jamais quitté le groupe ensuite. » Dix-neuf titularisations en Ligue 1 lors de sa première saison chez les grands, mais une constante. « On lui fixait des objectifs à l'entraînement. Je trouvais qu'il ne courait pas assez, il se contentait du minimum, jouait souvent à 60-70% de son potentiel au niveau technique et physique. C'est simple, quand il est dedans, c'est un monstre et, des fois, il roupille. Je lui ai plusieurs fois dit que c'était insuffisant, il y avait un recul sur la manière dont il était et dont il se voyait » , détaille Philippe Montanier. Résultat, l'entraîneur breton et son staff bossent avec lui, l'entourent et voient également venir les premiers courtisans. Dès la fin de la première saison, Monaco débarque avec un chèque de huit millions d'euros. Une discussion a lieu. Que faut-il faire ? Montanier raconte : « Personne n'avait envie de le voir partir, mais on a voulu voir ce qui allait être le mieux. Si on l'empêchait de le faire, il y avait une possibilité qu'il ne joue pas beaucoup avec nous et que son état d'esprit soit touché. S'il partait, c'était une belle opportunité, une vraie progression et la possibilité de rejoindre un projet, celui de Jardim, qui voulait donner une belle part à la jeunesse. »

La bascule des 32 minutes


Bakayoko a donc quitté Ulm et découvert Monaco, ce qu'il n'avait pas forcément envie de faire au départ. La suite est désormais connue : un premier match contre Lorient qui se termine au bout de trente-deux minutes, le silence, les blessures, un groupe qui explose Arsenal sans lui et Jardim qui n'hésite pas à enlever les gants pour critiquer la volonté de son milieu. Sauf qu'il fonctionne à la confiance et l'entraîneur portugais ne lui parle pas. Au moment d'en reparler il y a quelques mois dans les colonnes de L'Équipe, Bakayoko a été clair : « À ce moment, un truc s'est un peu cassé avec lui. Un coach, ça ne change pas. J'ai mis de l'eau dans mon vin et je suis allé chercher ce que j'ai aujourd'hui : du temps de jeu, la possibilité d'exprimer mon foot. Et je m'entends très bien avec lui, désormais. » Une mise au point a eu lieu l'été dernier pour voir ce que Jardim comptait faire et Tiémoué Bakayoko est devenu le ventricule puissant du cœur monégasque aux côtés de Fabinho. Le revers sur deux premières saisons de doutes où Claude Makelele et Luis Campos se sont imposés comme des confidents avant de partir. Bakoyoko a aussi boxé pour se vider la tête et est revenu à un cadre calme. Le décor a changé. L'hôtel est devenu un château et le hall est celui de Clairefontaine. Majuscule et décisif pour un joueur qui a longtemps hésité à défendre les couleurs de la Côte d’Ivoire. Mister T. s'est imposé, au caractère et aux épaules.



Par Maxime Brigand Tous propos recueillis par MB, sauf mentions.
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