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Milito, l'anti-Maradona

Même prénom, mêmes initiales mais deux mondes aux antipodes. Diego Milito est aussi laborieux que Diego Maradona était surdoué, aussi discret que le Pibe était flamboyant, aussi sage que son sélectionneur est fou. Pourtant, ce Diego M. là gagne à être connu. Samedi, c'est peut-être lui qui remettra définitivement l'Inter Milan sur la carte de l'Europe.

Parce qu'on est très culottés, on se permettra un conseil à Diego Maradona : cesse de faire l'impasse sur l'Inter Milan ! Car après avoir “oublié” Cambiasso et Zanetti, dans une manière de non-sens absolu, il faut prier pour que le Pibe évite un sombre coup du chapeau en laissant sur la touche le troisième intériste argentin, Diego Milito. Franchement, sur ce que montre le buteur nerazzurro, c'est très peu probable. Mais au regard de la ligne d'attaque pléthorique de l'équipe d'Argentine et des idées parfois déroutantes de son sélectionneur, tout reste possible, même le pire. Pourtant tous ceux qui observent de près les désormais quintuples champions d'Italie savent bien que Milito est probablement le buteur le plus sous-coté du football mondial. Et si l'Inter, si moribonde jusqu'à la fin de l'année dernière, est en position de coiffer sa première Ligue des Champions, en réalité sa troisième C1 quarante-cinq ans après la dernière, elle le doit pour beaucoup à son goleador argentin.

Quelque part entre Batistuta et Tevez

Mais à bien y réfléchir, on ne s'est pas réveillé avant-hier pour convenir de l'immense valeur de ce Diego-là. Quand un type vous facture une vingtaine de pions par saison dans des équipes aussi diverses qu'improbables, ça vous pose une valeur sûre. D'autant que le bonhomme de bientôt 31 ans (le 12 juin prochain) n'est pas gaulé comme un monstre, ni très grand (1,79 m), ni très puissant (78 kgs), ni très rapide, pas une immense détente et franchement pas superlatif sur le plan technique. Ok, c'est entendu : Milito n'est ni le grand Ronaldo, ni même Cristiano Ronaldo, tous deux archétypes de l'attaquant futuriste quand le natif de Bernal figure davantage l'avant-centre à l'ancienne, quelque part entre Gabriel Batistuta pour l'adresse et Carlos Tevez pour l'abattage. Pourtant, en se penchant un peu plus sur la bête, on s'aperçoit que Milito est sans doute bien davantage que cette image réductrice en forme de caricature. Un sens de l'appel rare déjà.

Contrairement à un David Trezeguet statufié dans la surface de réparation, Milito sait partir dans la profondeur avec un timing malin quand il ne propose pas carrément des départs sur les ailes pour faire dézoner la charnière centrale adverse. Ensuite un jeu de corps aussi costaud qu'intelligent quand Milito rend quasi impossible le chapardage du cuir, souvent dans une zone où tout contact trop vigoureux est proscrit. Enfin, un don de soi qui tend vers un charmant paradoxe : malgré des chiffres à faire baver la plupart des attaquants du Vieux Continent, ce gars ne semble pas se soucier plus que ça de ses stats persos, capable de filer la balle à un partenaire mieux placé quand lui-même pourrait tenter sa chance ; capable d'aller se bousiller la santé dans des pressings assez dingues pour pourrir la relance adverse ; capable même de prendre le poste de latéral droit pour pallier une infériorité numérique. Le joueur quasi parfait d'une certaine manière. Alors pourquoi autant d'indifférence ?

Direct à la maison sans passer par la case Zaman


Faut bien le dire : l'époque n'aime pas les laborieux. Quand on n'est pas une superstar à vingt piges, il y a comme un doute permanent qui escorte une carrière de footballeur. Une sorte de réplique automatique, presque instinctive, quand on allonge les chiffres du gus : « Oui, vingt pions par saison, ok j'dis pas le contraire mais bon... » Ou quand le doute persiste sans réel argument. Mais pour tout dire, Milito n'y met pas non plus du sien. Car avant son arrivée à l'Inter cette saison, l'Albiceleste s'était un peu spécialisé dans les clubs à la con : Avellaneda au pays (pouvait pas aller ambiancer River, Boca ou même l'Independiente ?), le Genoa (deux ans), Saragosse (trois saisons) avant une dernière pige au Genoa. Une trajectoire pas bien bandante donc, il faut l'avouer. Et on ne parle pas du modus operandi : il vient, marque et repart. Direct à la maison, sans passer par la case Zaman.

Jamais une grave blessure, jamais d'embrouille avec l'entraîneur. Ajoutez à cela un physique avec “la gueule de”, comprenez une ressemblance assez saisissante avec Enzo Francescoli ainsi qu'une fratrie (Gabriel au Barça) qui sèment les fausses pistes en achevant de vider Diego de son identité et chacun comprendra que le garçon, malgré un surnom "El Principe" (Le Prince) qui en jette, n'est quand même pas simple à starifier. D'ailleurs, il n'en a pas besoin. Et c'est en cela, finalement, qu'il est peut-être le meilleur atout de Mourinho, quand il s'agit d'aller au turbin, et qui sait de Diego Maradona en juin. Car dans une équipe d'Argentine où la plupart des stars sont écrasées par l'icône, soit par timidité soit par excès de zèle, Milito, lui, n'en a rien à cirer. Seulement là pour faire le taf. D'abord en finale de Ligue des Champions. Ensuite, si Dieu le veut, à la Coupe du Monde.

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