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Milan-Genoa, en 1901 déjà

Match sans grande référence historique en apparence, Genoa-Milan est pourtant la plus vieille affiche du football italien. Les deux équipes se sont affrontées pour la première fois en finale du championnat en 1901.

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Pour ce Genoa-Milan, « affiche » de la 14e journée de Serie A, il y aurait eu de nombreux points à aborder. Le retour d'El Shaarawy face au club qui l'a formé, la tragique mort du tifoso genaono lors des incidents de 1995, voire l'amitié qui lie les dirigeants de chaque club, les amenant à mener conjointement des opérations de mercato. Mais ce serait négliger une fois de plus la dimension historique de cette affiche. Certes, un Genoa-Milan vit aujourd'hui dans un relatif anonymat et n'a aucune réelle valeur sentimentalo-sportive dans l'histoire récente du football. Il y a plus d'un siècle, c'était pourtant le premier classique d'un football italien embryonnaire. Voyage à l'époque des pionniers, celle des chemises boutonnées à manches longues, des shorts aux allures de pantacourts, des moustaches imposantes et des chapeaux melons.

Juventus-Milan, à l'ancienne


Nous sommes en 1901 et le Genoa domine les premières éditions du championnat fédéral de football. Le Griffon battait en finale des clubs qui n'existent plus aujourd'hui, le FC Torinese et l'Internazionale Torino par deux fois. Trois titres d'affilée pour le doyen d'Italie : 1898, 1899 et 1900. Lors de cette dernière édition, la Juventus et le Milan font leurs débuts et commencent à pointer le bout de leur nez. Ces deux formations se présentent plus aguerries à l'édition de 1901. Surtout les Rossoneri, qui se sont emparés à deux reprises de la « Medaglia del Re  » , une compétition instaurée en l'honneur du roi d'Italie Umberto I assassiné à Monza l'année précédente. Un genre d'ancêtre de la Coupe d'Italie. Le 17 mars 1901, le Milan et le Genoa se retrouvent donc une première fois au Campo Trotter (où se dresse de nos jours l'imposante Stazione Centrale de Milan). Le score est de 1-1 après prolongation et la victoire revient finalement aux Milanais suite à l'impossibilité de disputer un replay de la part du Genoa.

C'est donc une équipe consciente de ses forces qui affronte son deuxième championnat personnel. Le Genoa est, lui, directement qualifié pour la finale, mais le Milan doit passer par deux tours préliminaires. D'abord les éliminatoires de la Lombardie, qui est en réalité un barrage contre l'autre équipe de la ville, la Mediolanum. À l'époque, l'Inter n'existe pas. Elle ne sera fondée que sept ans plus tard par un groupe de dissidents du Milan AC. Pour les Rossoneri, c'est un succès 2-0 et un billet pour les demies. Voici alors la Juventus et la première édition en match officiel entre les deux futures plus titrées de la Botte. La Vieille Dame, alors Jeune Damoiselle, a elle aussi disposé d'un adversaire de sa ville, 5-0 contre la Ginnastica Torino. La rencontre a lieu sur le Campo Piazza d'Armi. Le Milan est mené par deux fois, mais réussit à s'imposer 3-2 grâce à un doublé du jeune Negretti (18 ans) et un but de Kilpin. Le tout devant un « public nombreux » selon La Stampa de l'époque.

Avant le soldat inconnu, le buteur inconnu


Arrive enfin l'épisode final de cette quatrième édition du championnat d'Italie. Le Corriere dello Sport l'appelle « la grande manifestation des jeux sur terrain ouvert  » et parle d'un sport « de plus en plus populaire comme c'est le cas en Angleterre, en France et dans l'Amérique lointaine » . Opposé aux triples champions en titre, le Milan a tout de même ses chances selon le journal bolognais : « L'équipe milanaise se présente très bien cette année et les matchs des derniers jours ont permis au capitaine du team d'avoir un compte-rendu précis de la force de ses joueurs dans un match public. Il est certain que le team de dimanche prochain sera digne de ses adversaires et ne laissera pas victoire facile aux Génois. D'ailleurs, si on devait s'avancer dans quelques prévisions, ce serait en faveur des chemises rouge et noir. »

Le match a lieu sur le terrain du Ponte Carrega, et, bien qu'il n'existe aucun chiffre précis sur l'affluence, les rencontres commençaient à être de plus en plus suivies. « L'aspect du terrain était très beau, verdoyant et peuplé d'un élégant public, qui se passionnait pour ce jeu, excitant les joueurs avec leurs voix et leurs gestes et soulignant les meilleurs rushs » raconte La Gazzetta dello Sport de l'époque. S'affrontent évidemment deux équipes à forte consonance britannique, puisque ce sont eux qui ont importé ce nouveau sport. Spensley d'un côté et surtout Kilpin de l'autre, entraîneur, joueur, fondateur et idéalisateur du Milan AC. Le 2-3-5 est de mise de chaque côté, mais le Genoa se présente avec quelques indisponibles tels De Galleani, Henman et Strina. Des absences qui pénaliseront les Rossoblù : « Tous les autres joueurs firent tout leur possible pour tenir tête au brillant jeu de leurs adversaires, lesquels firent preuve de supériorité et ramenèrent la plus complète des victoires sans encaisser de buts. » En effet, le Milan AC s'impose 3-0. Un CSC en guise d'ouverture du score, un deuxième but de Kilpin. Et le troisième ? On ne connaîtra jamais son nom.

Le Milan peut prendre la pose avec la Coupe Fawcus et la Médaille du titre national avant de fêter ça dignement : « Le retour en ville fut effectué brillamment vers 18h, entre les va-et-vient de carrosses, bicyclettes et automobiles. Un succulent repas au Concordia clôtura la journée, il fut offert par les Génois à leurs collègues de Milan et se termina tard entre les hourras interminables. » La troisième mi-temps, déjà.

Par Valentin Pauluzzi
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Forza Vecchio Cuore Rossoblu
papaboubadiop Niveau : CFA2
chouette article, ce serait sympa d'en avoir un similaire pour chaque grand championnat européen!
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