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Milan et Sassuolo, l'amour du terroir

Dans une Serie A où les écuries du haut de tableau se plient de plus en plus à la logique d'un football mondialisé et globalisé, Milan et Sassuolo font de la résistance, en alignant une majorité de joueurs italiens. Un choix qui mêle idéologie et pragmatismes sportif et financier.

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Sept contre un. Le 25 septembre dernier, le Milan aligne pas moins de sept joueurs italiens dans son onze type pour tenir en échec la Fiorentina, qui ne titularise qu'un seul joueur national, en la personne de Federico Bernardeschi. En ce week-end de Serie A, la Juve et le Napoli débutent pour leur part avec quatre joueurs italiens sur la pelouse, l'Inter trois. Au Milan, la volonté de donner une possibilité aux talents venus de la Botte de s'exprimer serait le fruit d'une politique sportive mûrement réfléchie, axée sur la valorisation des talents nationaux, si l'on en croit Silvio Berlusconi, qui déclarait en février dernier à la télévision italienne : «   J’espère que notre cycle de victoires pourra reprendre bientôt. Nous reconstruisons un cycle avec des joueurs italiens surtout, mon rêve est de voir un Milan au drapeau tricolore... Je voudrais une équipe avec seulement des Italiens et nous sommes sur la bonne voie. Ça me fait mal de voir les grands joueurs de notre football jouer avec beaucoup d’étrangers, le niveau de la Nazionale s’en ressent aussi... »

Sassuolo, la méthode Squinzi


Berlusconi n'est cependant pas le seul à s'inscrire à contre-courant d'un championnat qui, avec 56% de joueurs étrangers, s'internationalise progressivement. Ce dimanche, les Rossoneri affrontent en effet Sassuolo, dont le propriétaire, Giorgio Squinzi, revendique également de favoriser le recrutement et la responsabilisation de joueurs italiens : « Nous voulons limiter le nombre de joueurs étrangers pour jouer un football plus proche de l'image de notre pays... Nous voulons symboliser un modèle de réussite à l'italienne, intégré au territoire, qui inclut de nombreux joueurs italiens. »

De fait, Sassuolo commence régulièrement ses matchs avec neuf à dix joueurs italiens. Une volonté qui ne date pas d'hier. Pour sa première saison dans l'élite du football national en 2013-2014, les Noir et Vert misaient sur un effectif de vingt-huit joueurs dont vingt étaient italiens. Le club d'Émilie-Romagne frôle la descente en Serie B, mais persiste dans sa politique sportive. Douzième en 2014-2015, sixième la saison dernière, Sassuolo pointe actuellement à la neuvième place de la Serie A avec vingt-trois joueurs de nationalité italienne dans son effectif. Le club n'hésite pas à vendre certains de ses joueurs à la valeur marchande élevée pour les remplacer par des jeunes talents locaux en devenir. Le défenseur croate Šime Vrsaljko a ainsi été vendu 17 millions d'euros cet été à l'Atlético de Madrid, une somme réinvestie pour valider l'option d'achat de Matteo Politano, jeune ailier de vingt-trois ans formé à la Roma, ou encore pour l'acquisition de l'arrière central Gian Marco Ferrari, que le club de la province de Modène a cependant préféré laisser s'aguerrir à Crotone le temps d'un prêt d'un an. À Sassuolo, la volonté de miser sur les talents du coin a donc indéniablement fait ses preuves, en épousant les ambitions d'un club qui est parvenu à développer un modèle stable, économiquement et sportivement : « Je n'ai aucun problème avec les joueurs étrangers, mais c'est un avantage indéniable d'avoir un groupe homogène, sans barrière de langue, qui comprend précisément les consignes de l’entraîneur. Les résultats démontrent que notre méthode fonctionne » , déclarait ainsi Squinzi en mars dernier.

Milan ou l'échec de la filière italienne


A contrario, le maintien d'un fort contingent italien à l'AC Milan n'a pas produit de résultats probants. Le club lombard n'a ainsi plus fini dans le top quatre de la Serie A depuis 2013. Des résultats très en deçà des ambitions des dirigeants et des supporters. La volonté du club milanais d'aligner un maximum de joueurs italiens semble ainsi tenir autant, sinon plus, de la contrainte économique que du choix idéologique et patriotique. Contraint de composer avec un budget beaucoup plus resserré dans les dernières années de la présidence Berlusconi, Milan, dont l'équipe type regorgeait de joueurs cadres du football italien dans les années 2000, doit désormais faire confiance à des seconds couteaux (Paletta, Bonaventura...), ou alors à des joueurs prometteurs, mais encore relativement inexpérimentés (Romagnoli, Calabria...). Un changement de dimension que concède à demi-mots le vice-président de l'AC Milan, Adriano Galliani : « Nous avons décidé de changer de peau en nous concentrant sur les jeunes talents... Nous suivons le fair-play financier établi par l'UEFA, le budget est équilibré. » Avec un succès pour le moins mesuré, qui a même valu au club d'opérer un premier tournant dans sa politique sportive cet été, en misant sur un mercato très tourné vers l'étranger avec les recrutements du Paraguayen Gustavo Gómez, de l'Argentin Sosa et les prêts de Mario Pašalić et Matías Fernández. Le rachat du club lombard par un groupe d'investisseurs chinois jette par ailleurs le flou sur le futur maintien d'un recrutement et d'une gestion mettant en valeur les talents issus de la Botte. Le Milan, et avec lui son rapport aux joueurs italiens, n'a donc pas fini de muter. Sassuolo, immuable, pourrait ainsi bientôt s'affirmer comme l'un des derniers tenants d'un football national centré sur ses produits locaux. Ce qui ne l'empêche pas d'être porté par son attaquant français Grégoire Defrel, auteur d'un début de saison canon (4 buts en 5 matchs de Serie A).

Par Adrien Candau
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