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Mike Ashley et la fureur du peuple

À Newcastle, les supporters sont en colère. Entre une équipe qui ne met plus un pied devant l'autre, un entraîneur par défaut, et un manque d'ambition générale, les fans n'ont pas tardé à désigner le coupable : Mike Ashley, président d'un club à la dérive.

Cette saison, l'éternel engouement populaire pour le Newcastle United FC a laissé place à la volonté de couper des têtes. Ce fut d'abord celle d'Alan Pardew, menacée en début de saison avant une belle remontée au classement, et une fuite réussie vers Crystal Palace. Aujourd'hui, une frange de supporters a décidé de s'attaquer au cœur du système, à celui qui cristallise la plupart des tensions depuis huit ans à St James' Park : le bien nommé Mike Ashley, président et actionnaire majoritaire des Magpies. Il suffit généralement d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Dans le cas de Newcastle, il y en a eu deux. D'abord celle provoquée par un relevé de comptes rendu public le 13 avril dernier, et qui faisait état d'un flux de trésorerie de 34,1 millions de livres (47,6 millions d'euros). Ensuite, par une série de photos retrouvées dans les poubelles du club par les fins limiers du journal The Chronicle, dont les journalistes ont été bannis du stade par le président honni la saison passée. Problème, ces photos, exposées dans les couloirs du siège à St James' Park, immortalisaient les équipes entraînées par Sir Bobby Robson entre 1999 et 2004. Le tout après une série de cinq défaites d'affilée en championnat, dont une rouste, 3-0, face à Everton à Goodison Park, et surtout une défaite dans le derby face à Sunderland, 1-0.

Errance sans but


Depuis, le peuple s'est mis à gronder, fort, face à ce roi omnipotent mais si discret, qui aurait caché ses coffres pleins en période de famine. C'est donc le recrutement, ou plutôt le manque d'ambition dans le recrutement qui est pointé en premier par les révolutionnaires. En effet, ces dernières saisons, le club a vu passer des joueurs parfois prometteurs, mais souvent décevants, voyant eux-mêmes leur séjour dans le Nord de l'Angleterre comme un tremplin médiatique vers un avenir plus radieux en Premier League. Et lorsque les fidèles supporters tombent amoureux de l'un des leurs, comme ce fut le cas avec Demba Ba, Yohan Cabaye ou Mathieu Debuchy, celui-ci est rapidement cédé au plus offrant, sans véritable garantie sportive derrière. Autre question sensible, celle de l'entraîneur, l'ancien adjoint de Pardew, John Carver, n'ayant toujours pas montré des qualités suffisantes pour enfiler le costume de manager. Bref, la question générale est de savoir quelle direction prend le club, qui, depuis la reprise d'Ashley, n'a connu qu'une seule fois les joies d'une place dans le top 5, en 2011-2012, pour une relégation, et surtout une tripotée de saisons mornes, sans trophées, sans frissons.

Idéalistes contre réalistes


Pour les détracteurs d'Ashley, la réponse est toute trouvée. Le président se servirait du club comme d'un vulgaire panneau de publicité pour sa société, Sports Direct, et aurait comme seul objectif de maintenir le club en Premier League, pour profiter des immenses retombées économiques liées aux droits TV. Ainsi, il n'a pas fallu longtemps pour qu'un réel mouvement de contestation, logiquement baptisé « Ashley Out » , s'organise autour de cette cause. Premier objectif, le boycott du match face à Tottenham, le week-end dernier, à Saint-James' Park. Devant l'enceinte, ce sont 2 000 fans qui se sont réunis, au son des « Dégage de notre club » , ou du vindicatif « We're rich, but we're shit » , comme le rapportait alors le Telegraph. Relayé par la presse locale puis nationale, le mouvement a rapidement pris une certaine ampleur médiatique, sans pour autant convaincre la totalité des fans des Magpies. Car comme dans toute bonne révolution, deux courants idéologiques s'affrontent. Le premier, mené par le mouvement « Ashley Out » , prône le boycott pur et simple des matchs ainsi que des magasins et produits distribués par l'enseigne Sports Direct, en plus de manifestations pacifiques. Le second, plus défaitiste, refuse de ne pas se rendre aux matchs, mais accepte d'y rester silencieux. Pour remédier à ce problème, les membres du premier groupe ont passé des accords avec des pubs pour obtenir des réductions sur le prix des pintes les jours de matchs. Malgré l'engouement révolutionnaire, les traditions perdurent. À Newcastle encore plus qu'ailleurs.



Par Paul Piquard
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