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Miguel Gomes : « Le Portugal, la meilleure équipe de cet Euro de la débrouille »

Réalisateur de l’ample trilogie Les Mille et Une Nuits et du fascinant Tabou, le réalisateur portugais et benfiquiste patenté Miguel Gomes s'est envolé au Brésil, d’où il regardera la finale. « J’aurais aimé que ce soit l’Allemagne, juste pour voir la réaction des Brésiliens… »

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Cette finale s’annonce-t-elle bien pour vous ?
Je crois. Ma théorie, c’est qu’on va gagner, aucun doute là-dessus, et ce, pour une bonne raison : nous restons fidèles à l’ADN de cet Euro, qui est celui de la débrouille. Notre ennemi, c’est nous-mêmes. J’ai raté la demi-finale des Français, mais avec 35% de possession de balle, la France a gagné comme le Portugal, quoi… Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi il n’y a pas eu d’autres équipes que l’Italie à faire ce dont on aurait eu besoin pendant cet Euro : défendre bien et prendre vraiment l’avantage devant, en équipe. Il n’y a eu que les Italiens Éder et Pellé qui ont fait cela.

Ronaldo sort-il du lot ?
En 2000, on avait Rui Costa et Déco, les 2e et 3e meilleurs milieux de terrain au monde après Zidane. C’était un luxe. Ronaldo n’est pas ce type de joueur, c’est désormais le capitaine qui écoute l’entraîneur qui lui demande de ne pas jouer sur l’aile, mais au centre. Il ne joue pas perso et obéit à la tactique retenue par l’entraîneur. C’est nouveau de le voir comme cela, d’une certaine manière, prisonnier du système, dans le compromis total. Il devient même mignon, il rigole aussi, il devient sage, moins sexy, comme un joueur âgé en somme. C’est dommage pour le jeu, évidemment, mais on va gagner aussi grâce à cela. C’est un Euro où il n’arrive pas à profiter de ses caractéristiques, la vitesse, la percussion. Reste la détente, où là, il reste hors du commun. Je suis aussi très heureux que l’entraîneur ait fait confiance à Renato Sanches pour le remplacer. C’est un joueur complètement sauvage, parfois, il ne sait pas trop quoi faire. Il n’a pas peur de perdre le ballon et de jouer contre le défenseur. Il n’est pas dans l’évitement, il fonce. Et c’est bien aussi.

Et Pepe ?
Ah, là, pour le coup, cette année, le grand joueur de la sélection, c’est lui, pas Ronaldo. Je sais qu’on le qualifie de « boucher » ou d’ « asssassin » , mais à côté des défenseurs italiens, le plus efficace, c’est lui. Personne n’est à son niveau dans cet Euro. Après, on a un peu perdu la sauvagerie, la prise de risques. Nani est plus discret, il profite que les regards soient braqués sur Ronaldo pour faire son travail, ni plus ni moins. Quaresma raconte quelque chose aussi. Il était au centre de formation du Sporting, comme Ronaldo. C’est bien simple : Ronaldo, c’est Tom Sawyer, qui travaille pour aller plus loin, quand Quaresma est plus Huckleberry Finn, absolument non domesticable. C’était d’ailleurs une erreur de partir en Italie pour cette raison. Le mec est un mustang, un cheval sauvage. Rejoindre une prison tactique en a fait le pire joueur de l’Inter de cette époque, alors que ce n’est pas le cas.

L’équipe du Portugal est-elle fidèle à l’esprit du moment dans le pays ?
Un peu. C’est une équipe post-crise. Il y a des gens brillants qui ne le sont pas toujours, des joueurs qui doivent désormais être humbles pour briller collectivement. C’est un Portugal pratique qui se débrouille mieux avec la réalité. Il n’y a pas le choix. Avant, cette équipe pouvait tenter d’imposer son football. Aujourd’hui, non. Le Portugal de 1984 de Chalana ou de 2000 d’Abel Xavier avait perdu en jouant plutôt bien. Là, ce sera le contraire.

Quid des autres équipes ?
Globalement, tous les grands joueurs sont fatigués. Avec l’Italie, il restait bien l’Allemagne. La dernière grande équipe, c’était l’Espagne, mais il n’y a pas eu de miracle. Il n’y aura au final pas eu de grand match dans cet Euro, ni de grande équipe, quelle que soit l’issue de la finale. Dans ce championnat d’Europe un peu merdique, le Portugal va gagner, car c’est une équipe qui suit cette logique de la débrouille jusqu’à la fin. La débrouille réussit à toutes les équipes : à la France contre l’Allemagne, à l’Islande contre l’Angleterre, au pays de Galles contre la Belgique… Après, ce n’est pas non plus une tragédie à ce que ce soit la domestication de la sauvagerie. La faiblesse des défenseurs suffit pour qu’une brèche se crée. Il faut avoir une grande force défensive, et faire que trois joueurs empêchent l’autre équipe de jouer. La France était plus forte sous Zidane. L’est-elle toujours aujourd’hui pour annihiler une équipe ? Sûrement. Le monde du football est différent désormais, il y a moins de certitudes, et le Portugal est l’équipe qui s’en sort le mieux.

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Propos recueillis par Brieux Férot
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Dans cet article

"Euro de la débrouille", "merdique".. Il a le sens du résumé, pas mal..
Très bonne entrevue.
Il relève simplement et justement l' essence de cet Euro.
Sur la Selecção,on sent le connaisseur.
Deco,il jouait déjà en 2000?
Non,il débute sa carrière en Selecção en 2003.

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